Et si nous cessions d’être tous des dieux ?

L’homme moderne se dit très fier de vivre sans Dieu. Il en tire argument de modernité, de maturité, de liberté. Sans Dieu, paraît-il, l’homme ne peut plus être asservi, ni manipulé, ni endoctriné par quoi que ce soit : il serait bien trop intelligent pour ça.
A-t-il vraiment éliminé Dieu de sa sphère mentale, cet homme occidental moderne si fier de chasser un à un les obstacles qui l’empêchent de « faire ce qu’il veut » ?
J’ai plutôt le sentiment qu’il lui a trouvé une nouvelle place, et pas n’importe laquelle.

Regardons cela de près. Qu’il s’agisse de publicité ou de développement personnel, c’est un véritable pilonnage : « vous » êtes glorifié. Vous êtes unique, vous êtes formidable, vous êtes omnipotent. Et on vous doit tout : à quelqu’un d’aussi extraordinaire, on doit bien ça.
Que la flagornerie soit à la base de la réclame est inévitable (encore que…), mais à ce point d’autoglorification, on est tenté de dire « n’en jetez plus ». Autrefois, c’était l’achat de l’objet vanté qui était censé vous faire entrer dans une aristocratie. Aujourd’hui, c’est parce que vous en êtes, que le commercial est supposé vous rendre gloire et louange en vous offrant son produit. Regardez donc : même le vocabulaire a des relents d’office religieux.
Et Dieu, bien entendu…
C’est l’homme ? Ah non, surtout pas. Pourquoi pas l’humanité, tant qu’on y est. Pas n’importe quel homme, enfin !
Dieu, c’est Vous !

Du côté du développement personnel ou de la « spiritualité nouvelle », même combat. « Vous » êtes, c’est une certitude, au-dessus de la moyenne en tout : intelligence, sensibilité, capacité à devenir heureux, riche, épanoui. La preuve : vous avez acheté le livre. Et que vous répète-t-il, ce livre ? Que pour être tout cela – beau, jeune, riche et intelligent – le programme est simple : soyez vous-même !
J’exagère ? Je caricature ?
Et bien je n’en suis pas sûr.
Faites donc ce petit exercice : allez sur un site de vente en ligne de biens culturels et tapez « Développement personnel » dans la zone de recherche. Et regardez les titres et les sous-titres…
Voyons :
Rompez avec toute culpabilité (très bien), vous n’êtes coupable de rien (pardon ?)
Croyez en vous (certes !), vous pouvez réussir partout (vraiment ?)
Devenez vous-même : vous êtes donc à la fois votre commencement et votre fin. Et vous n’avez besoin de rien d’autre, de personne d’autre, ni de suivre les enseignements de qui que ce soit : vous contenez tout.
Enfin, la Vérité est en vous – puisque « personne n’a la vérité et tout le monde a un peu de vérité », alors vous avez la vérité et nul ne peut y redire. Mieux, vous êtes la vérité.
Je parlais de relents d’office religieux, voyez.
Vous êtes l’alpha et l’oméga.
Vous êtes tout-puissant : à vous, honneur et louange, en tout cas, on vous en inonde à pleins tonneaux.
Vous êtes, ainsi, le Chemin, votre propre chemin, le seul à suivre.
Vous êtes la Vérité,
Vous êtes la Vie.
Trouvez-vous le trône à votre convenance ?
Dans le cas contraire, vous trouverez des coussins Premium à 49,90 €. Parce que vous êtes unique.

Il n’est pas étonnant, en fin de compte, que cette société d’individus auto-divinisés rappelle les pages les plus trash des mythes grecs. C’est le même émoi de petits dieux jaloux, égoïstes et centrés sur leur seule gloriole, occupés à rivaliser, avec un résultat qu’on ne peut pas vraiment qualifier de constructif.

Cette leçon valant bien un fromage, il est facile de saisir l’intérêt de l’entourloupe. Nul n’étant plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être, le premier flatteur venu mènera où il veut ces cohortes d’individus s’enivrant eux-mêmes de vapeurs d’encens allumé à leur propre gloire. Aucun d’entre eux, du reste, n’admettra la moindre limite à ses désirs tant qu’il n’aura pas heurté quelque mur ou chu dans quelque ravin.
D’ici là, sur cette chaise à porteurs en or de farfadet – pour ceux qui n’ont pas lu Harry Potter, il s’agit d’or qui disparaît en quelques heures… – sommes-nous vraiment sur un chemin de dignité, de responsabilité, de vie ? En tout cas, chacun de nous, sur notre trône portatif, est seul. Seul, chaussé d’œillères ne lui laissant que lui-même comme horizon, éperdument occupé à s’auto-célébrer, autant qu’à maudire un monde indigne de lui, et saisi d’une sourde angoisse. Qu’y a-t-il donc derrière le mince rideau de nos courtisans-commerçants, de nos fournisseurs de louanges payantes, pourquoi l’univers, derrière eux, refuse-t-il de nous obéir ?

L’homme a déjà tenté de se diviniser, à de nombreuses reprises. Le mythe de la tour de Babel nous rappelle qu’il y a également bien des siècles que quelques-uns, plus avisés, ont mesuré la vanité de l’affaire.

Et si nous lâchions prise en Vérité ?
Et si nous lâchions prise de notre divinité fabriquée, et de tout son cortège de fantasmes ?
Et si nous nous construisions, non dans l’ivresse de l’ auto-glorification, mais dans l’humilité d’une vraie connaissance de nous-mêmes, de nos atouts comme de nos limites ?
Et si nous allions à la rencontre d’un monde qui n’est pas là pour nous servir, ni pour nous glorifier, mais pour être vécu, à la rencontre d’autres qui ne sont pas des dieux rivaux, mais des hommes ?
Et si nous trouvions pour cela une aide inattendue de la part du Dieu qui a fait le chemin inverse pour se faire Homme – non pour être servi, mais pour servir ; celui qui nous lave les pieds, pour nous montrer que nous devons nous les laver les uns aux autres ?
Nous nous sommes juchés nous-mêmes sur nos piédestaux. Nous y voilà changés en statues de pierre. Il nous invite à en descendre pour marcher à sa suite. Allons, dites, vous n’aviez pas des fourmis dans les jambes, vous ?

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Au nom du droit, mais de quel droit ?

Parmi les nombreuses questions que pose la bataille du « mariage pour tous », se trouve, il me semble, celle de la place et du sens du droit.
Les revendications qui ont amené ce projet de loi paraissent bien représentatives d’une conception étrange de ce qu’est un droit ; une conception qui s’est imposée, sans qu’on y prenne garde, au point de devenir dominante. L’épisode actuel n’est qu’un exemple : il en existe des milliers.

Le matraquage du dogme consumériste, ayant achevé de confondre l’être et l’avoir, aboutit également à confondre « droit » et « envie ». De même que la liberté n’est plus que la liberté de « faire ce qu’on veut » c’est-à-dire d’assouvir ses envies, son « bon plaisir » sans entrave, ni scrupule ni réflexion élargie, le droit est confondu avec le désir : Si je le veux, alors je le revendique comme mon droit. « Mieux » : « si je le veux, alors c’est mon droit. » Le désir d’un homme, en lui-même, et quel que soit son objet, suffit à fonder une légitimité pour un nouveau droit – le Droit, avec une majuscule, ne consistant plus qu’en une sorte de chambre d’enregistrement des envies des uns et des autres, qui aurait mission de les satisfaire, une à une.

Un contexte néolibéral qui ne reconnaît dans les faits comme droits naturels que la propriété, la liberté désormais réduite au sens de liberté d’augmenter sa propriété, et la sécurité dans son acception la plus restrictive (éviter de tuer son voisin) appuie du reste largement cette fusion. Etre, c’est avoir, désirer, c’est revendiquer comme un droit, comme une annexe du droit naturel de propriété, et l’échelle de lecture étant l’individu, la réflexion sur l’impact sociétal est exclue : la légitimité du droit, fondée, donc, sur l’envie, n’est plus guère jugée qu’à l’aune de la frustration exprimée par l’individu désirant et revendiquant.

Prenons deux exemples concrets aussi différents que possible :
Je désire un enfant = je revendique un droit à l’enfant, un droit à ce qu’on me fournisse un enfant ;
Je suis gêné par le bruit d’une grenouille d’une espèce protégée = je revendique le droit de les détruire.

L’un des symptômes est cette antienne « [on peut le leur autoriser] du moment qu’ils sont consentants ». Les conséquences collectives ne sont plus envisagées : la grille de lecture qui le permettrait n’existe plus. La collectivité, masse anonyme génératrice de cadres et de contraintes, étant rejetée dans les ténèbres du passé, des « idéologies liberticides », ce désir n’est plus examiné que comme désir individuel – ou d’un petit groupe très délimité, fonctionnant comme un individu unique – que l’on confrontera aux autres désirs individuels. Tous les individus se valant, il ne reste que des points de vue qui « se valent tous » : le bien commun, qui pourrait, dans l’intérêt général, l’emporter sur les intérêts individuels, qu’il transcende, n’existe plus, ce qui empêche d’analyser la légitimité des revendications avec un tant soit peu de recul. A tout changement de perspective, est objecté le sacro-saint : « Oui, mais MOI, je. Et à ma place, TOI tu. » Et si le fait d’autoriser un comportement nouveau à des personnes « consentantes » bouleversait la sphère mentale et sociétale de tous, et notamment de ceux qui ne veulent pas ? Chut. Silence.

Comment s’arbitrent les conflits entre les « moi je veux » des individus qui se juxtaposent sur un même espace, ci-devant société, peuple, nation, cité ? L’actualité le prouve : force reste à celui qui réclame le plus fort pour lui-même. L’individu ou le lobby qui aura su le plus se victimiser, le plus déconsidérer l’autre, et crier sa frustration le plus fort l’emportera, c’est-à-dire emportera tout pour lui, et chantera un triomphe du droit, à la grande colère des autres.
Ainsi cultive-t-on soigneusement sa frustration, car c’est une munition, un gage de victoire ; et ce cycle prolonge le « Moi, je veux » par un « Tout, tout de suite ».
Quant à ceux qui demandent une réflexion plus large, ils ne sont pas compris. Comme s’ils parlaient une langue étrangère. On cherche quels peuvent bien être les intérêts particuliers soi-disant masqués par leur démarche. Généralement, qu’il s’agisse d’opposants au mariage pour tous, d’écologistes défenseurs des zones humides ou d’autres, on leur prêtera des ambitions de prise du pouvoir; on les qualifiera d’ayatollahs noirs, bruns, rouges, verts ou autres, effet garanti.

Et nous voilà infantilisés. Enivrés d’une société qui déclare être prête à satisfaire toutes nos envies, nous endossons avec délices le rôle de l’enfant capricieux…
Et nous voilà déresponsabilisés.
Les conséquences ? Le monde n’aura qu’à s’adapter à « moi ». C’est lui qui endossera la responsabilité de mes actes. « Moi », je n’y pense pas. Recourbé vers mon nombril, suis-je d’ailleurs encore capable de voir au-delà ?

Est-ce vraiment de ce droit-là, est-ce de cette arène de coqs, que l’on peut attendre un avenir de liberté ?

Et ils étaient comme des brebis sans berger (Marc 6, 34).

Et si le véritable droit, et la vraie liberté se trouvaient ailleurs ?
Dans un droit qui construit l’Homme, l’Humanité, au lieu de porter au pinacle l’individu, la foule des individus juxtaposés ?
Dans une liberté qui structure et édifie par des cadres garde-fous, plutôt que dans le chaos de la soumission perpétuelle à son propre caprice – ou à ceux des autres ?

Par exemple la liberté à laquelle nous appelle Celui dont la loi est délivrance. Une loi qui nous dépasse en nous relevant, qui nous appelle au-delà de nos petits ronds individuels, qui nous arrache à la mortifère course au tout plaisir pour nous offrir la Vie.
Celui qui ne pèse pas les revendications des uns et des autres, ne joue pas de l’un contre l’autre, ne se sert pas de la drogue « désir » pour nous manipuler.

Celui qui, seul, a des paroles de Vie – saisissant contraste avec l’écoeurante escalade verbale, pourrie de violence, de nos modernes « leaders d’opinion ».

Il suffit de faire un temps silence dans nos réclamations, et nous pouvons l’entendre.

Démocratie, citoyens: espèces en danger

Je m’étais promis de ne pas aborder le sujet « Voldemort » du moment – le projet qu’il ne faut pas dire, le « mariage pour tous ». Je vais néanmoins le faire.

Pas tellement sur le fond du projet car d’autres l’ont fait avec plus de profondeur que je ne pourrais le faire. Un simple résumé de mon point de vue suffira. Je suis de ceux qui considèrent que dans cette histoire, les droits d’une minorité ne sont guère plus qu’un camouflage, un cheval de Troie destiné à rendre décemment impossible à repousser une offensive d’une toute autre nature. Une offensive de marchandisation de l’être humain, par le biais de l’enfant : car ce projet amène – pour toute la société, et non les seuls couples homosexuels – la création d’un droit à l’enfant et d’un nouveau paradigme de parentalité, basé sur l’intentionnalité (sic). Hé, oui : l’enfant se retrouve réduit au statut d’objet, objet de désir, objet de propriété, objet de possession revendiquée. Charge à la société, et donc à l’Etat, de le satisfaire, à la manière du versement d’une alloc’. Au besoin, on en fabriquera. Et si les « parents intentionnels », au bout d’un temps, n’en veulent plus ? Que ça ne les amuse plus, quand le poupon a grandi, par exemple ?
Cette vision-là de l’enfant, je n’appelle pas ça un progrès. J’appelle même ça un très grave pas en avant dans la déchéance de la dignité de l’homme, ce dernier progressivement réduit à son tour à un objet – d’envie, d’appropriation, d’échange, de possession ; un objet marchand.
Qu’on veuille bien se gratter le cortex avant de me gratifier des anathèmes du moment, et de toute façon les commentaires sont modérés a priori.

Mais je ne me fais pas d’illusions : il est pratiquement interdit aux « anti » de faire comprendre que ce n’est PAS la question du droit des personnes « LGBT » qui les met en mouvement. On crie « homophobes, homophobes », au pire on ajoute « hypocrite », au mieux on évoque une homophobie « inconsciente, qui ne s’avoue pas », et l’affaire est entendue.

Ce qui m’amène à ce qui me préoccupe davantage, le constat d’une démocratie décidément bien malade. Il est piquant, quelque part, de voir tant d’opposants s’épouvanter de l’autisme, de la mauvaise foi, du dénigrement puéril, du déni dont fait preuve le gouvernement à l’égard de leur position – ne savent-ils donc pas qu’il y a encore deux ans, les rôles étaient renversés ? Que les revendications des citoyens insatisfaits du gouvernement précédent étaient traitées exactement de la même manière ? Que tout comme aujourd’hui, des éditorialistes appelaient d’un ton supérieur le gouvernement à « ne pas céder à la pression de la rue » forcément « manipulée par des extrémistes » ? Que l’abyssale impopularité du sarkozysme était, déjà, largement causée par une attitude de mépris systématique, que tant de Français ont perçu ce quinquennat comme un slogan « Notre politique est géniale, vous êtes stupides, c’est pour cela que vous êtes contre » indéfiniment répété ?

Aujourd’hui, au lieu d’être appelé ennemi de la France, l’opposant reçoit l’estampille ennemi du Progrès et du droit, mais la substance est la même : deux mondes et un fossé de mépris. Par ailleurs, je n’imagine pas un instant que les partis extrêmes, malgré leurs gesticulations plébéiardes, procèderaient autrement. Mieux vaut, en tout cas, ne pas essayer. Notre droit de rétractation ne serait pas forcément garanti.

Voici donc un « pouvoir » définitivement convaincu qu’il n’a plus à se préoccuper de l’insatisfaction d’un peuple qu’il juge irrémédiablement stupide, manipulable et manipulé, conservateur et borné ; incapable, en tout cas, de discerner quoi que ce soit au sujet du bien commun, du projet de société, du contrat social. A une telle masse abrutie, certains, en cohérence, suggèrent carrément de retirer le droit de vote. Voilà qui a le mérite de la franchise et aurait dû nous alerter depuis longtemps.

En même temps, ce peuple, qu’est-il ?
N’est-ce pas « nous qui avons commencé » ? Sommes-nous sûrs de n’avoir pas alimenté nous-mêmes cette conviction moderne qu’un citoyen, un individu plutôt, se bat pour SES intérêts et jamais ceux des autres ou ceux d’une entité plus grande que lui ? Sommes-nous capables de combattre les injustices dont nous bénéficions ?

Je crois que nous sommes nombreux à répondre « oui ». Encore faut-il le faire entendre et c’est un tragique problème de nos sociétés éprises de droit de l’individu : lorsqu’on se bat pour autre chose que pour soi-même, on n’est généralement pas cru. Sincèrement pas cru par des interlocuteurs désormais incapables d’envisager que de tels raisonnements existent.
Il ne reste que la preuve par l’exemple, j’en ai peur.

Avons-nous réagi quand le discours médiatique et politique a remplacé le terme de minorité par celui de communauté ? Vous avez remarqué ? Tout le monde est une communauté. Les LGBT, les geeks, les Français issus de ceci ou originaires de cela, les musulmans, les israélites (pas les chrétiens, ni même les catholiques : on préférera parler de « l’Eglise » histoire d’en mettre une couche sur l’image d’une troupe organisée militairement, à la solde du « Vatican tentaculaire »), les hardcore gamers, les supporters de l’AS Saint-Etienne (« le peuple vert », qu’on dit souvent avoir été « offensé »), les fans de Justin Bieber, les amoureux de la boule de pétanque de Saint-Bonnet le Château.
Tous forment des communautés, qui revendiquent une identité, des droits, un statut visible et le droit de vivre sans rien concéder aux autres.
En revanche, l’ensemble des personnes de citoyenneté française…
Non.
Soit, vous appartenez à une de ces communautés et on attend de vous que vous vous comportiez selon ses règles, défendiez ses droits, portiez ses insignes. Soit, vous n’appartenez à aucune (ou refusez ce petit jeu) et vous n’appartenez à rien : vous êtes juste un individu, habilité à se comporter en communauté réduite à vous-même, vos droits, votre intérêt perso-personnel, votre refus de concéder quoi que ce fût au vivre-avec-les-autres. Mais pas question de former communauté – de projet, de destin, de lois, de vie en collectivité – avec vos pareils !
Pas besoin, donc, de « dissoudre le peuple » qui vote mal : il est déjà dissous. Dissous en une poignée de communautés et quelques dizaines de millions d’individus qui ferraillent les uns contre les autres.

Alors, on fait quoi ?
Comme ce texte commence à devenir long, je conclurai laconique. Quand on a perdu le contrôle, on remet déjà les mains sur les leviers qui sont à portée. On retrouve ses droits et ses devoirs, genre.
Par exemple, en matière d’exemplarité et de moralisation tous azimuts – cessons d’attendre qu’ILS commencent. Ils devraient ? Possible. Ils n’en font rien. Alors, faisons notre part, celle-là, au moins, on peut le décider, librement, tout de suite. Au moins ne pourra-t-on plus nous écraser d’un « on a les élus qu’on mérite ».
Devoir à la maison : commentaire de document : En 1789, une maison placardait fièrement sur la porte « Ici on s’honore du titre de citoyen ».
On ne relèvera pas les copies. Vous les gardez, nous les gardons et on en parle entre nous. Par contre, on n’attend pas trop.

Espérer : un acte dangereux, subversif, et chrétien

« En tout temps, et à toute époque », il a existé des populations désespérées. (Je savais que je ne pourrais pas y échapper, alors autant le faire d’entrée). Mais je n’ai guère en tête de cas où la désespérance ait été aussi ouvertement la complice, sinon l’instrument objectif d’un système.

« L’espoir, c’est mal, ça ne se fait pas. » Voici un dogme. Un dogme de cette idéologie qui réfute avec hauteur ce nom, pour mieux rejeter les autres dans les ténèbres des « heures les plus sombres de notre histoire ».

Espérer est déraisonnable. C’est la crise. C’est la crise depuis quarante ans, le chômage est massif, la dette ceci, le gouvernement cela. Vous allez en bouffer de l’austérité, de la précarité rebaptisée flexibilité. Vous vivez au-dessus de vos moyens (crie au smicard le titulaire d’un épais compte à l’étranger). Vous allez souffrir. Vos enfants vont souffrir. On nous promet des faillites, des effondrements, des guerres civiles ou autres. Les avertissements sur l’urgence écologique sont détournés : quand les scientifiques crient « Debout, agissons, vite, ou ce sera la catastrophe », les néolibéraux rétorquent : « N’écoutez pas les esprits chagrins : jouissez, jouissez d’autant plus vite qu’une catastrophe peut survenir. De toute façon, vous n’y pouvez rien – et laissez-nous faire. »

Espérer serait également du dernier imbécile. Jamais lucidité n’a été à ce point synonyme de pessimisme désabusé – ou plutôt démobilisé. Qui croit en la possibilité de lendemains meilleurs que l’apocalypse promise est regardé comme un fou. Qui croit en la possibilité de les construire est dénoncé comme un germe de totalitarisme.
Quand l’homme n’espère plus rien, l’orgie lui apparaît comme le dernier objectif tangible, réaliste, raisonnable.
Alors il s’y adonne. Amputé de l’espoir, l’homme n’est plus bon qu’à consommer jusqu’à se consumer, à jouir jusqu’à en mourir.
Et ça tombe bien, parce que c’est exactement la place que lui assigne le système néolibéral. Jamais l’individu ne sera plus rentable que dûment enfermé dans cette pulsion hystérique de goinfre jusqu’à la mort. L’espoir est le muscle qui nous fait relever la tête. Vers le soleil, vers la clairvoyance, l’action, vers Dieu aussi. Ejointés de ce muscle, notre tête retombe, nous n’avons plus sous le regard que notre ventre et l’étage du dessous, qui deviennent notre dernier horizon, notre but si raisonnable, notre dieu.
Mais après tout, nous rabâche-t-on avec cynisme, n’est-ce pas « la nature humaine » ?

Il y a pire crime : espérer en bande organisée. Non seulement croire en la possibilité d’un monde meilleur, mais y croire ensemble. C’est ainsi : « l’union fait la force » est devenu une devise honnie, symbole de dictature. Le bien commun ? Un projet collectif ? Construire ensemble ? Hola ! Discipline de masse ! Donnage de leçons (sic) ! Heures les plus sombres de notre histoire ! Anathème ! Anathème !
On ne dit plus « ensemble ». On dit « chacun ». « Chacun respecté », manière élégante de dire : chacun pour soi, ne s’occupant que de lui-même, agissant pour lui-même. Chemins soigneusement divergents, comme le bouquet d’un feu d’artifice – radiant, immobile, évaporé en un clin d’œil et un grand boum. Sitôt consommé, sitôt consumé.

Bon. Et maintenant on fait quoi ?
Et bien, comme c’est toujours le temps pascal, il y a une bonne nouvelle.
Il y a ce personnage, là – le Christ qui est venu pour tout le monde. Et même pour chacun. Chacun sur son petit chemin. « Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Dieu a fait retomber sur lui nos fautes à tous » (Is 53, 6) – et voilà qu’il est ressuscité. Qu’il nous précède en Galilée, c’est-à-dire dans le monde, là où nous vivons, nous – pas seulement dans quelque incertain ailleurs céleste.
Il continue à nous inonder de son Esprit. On va fêter cela dans quelques semaines.

Ici, logiquement, une partie des lecteurs hoche la tête d’un air triste et viendra me dire – cela m’est souvent arrivé : « Là, je suis déçu. Je n’aurais jamais cru ça de ta part. » Comme si je venais d’avouer un compte au pays des vaches violettes ou des alligators. Ben écoutez, c’est comme ça.
On peut, il est vrai, espérer sans Dieu et professer une foi en l’homme. Le néolibéralisme y a, bien évidemment, pensé. Il martèle l’idée qu’il existe une fameuse « nature humaine » réduite à l’avidité de biens et de pouvoir, sinon à la concupiscence, immuable, mais surtout incoercible. Voire, qu’il serait malsain et liberticide de contrecarrer. Quant à l’Histoire, elle ne serait qu’enchaînement infernal de cycles du même tonneau, de cercles dantesques, au pied de la lettre. Telle serait la réalité de l’homme : allez donc avoir foi en lui pour accomplir autre chose ! Laissez tomber, c’est plus sage, et venez bouffer.
Il y a eu, il est vrai, « de tout temps » une telle humanité dénoncée par la plume acide des La Boétie de tous les temps en question.
Mais, il y a eu, précisément, des La Boétie en tout temps aussi.

Hildegarde de Bingen (« encore sa vieille frédégonde là ? ») discernait en l’homme, le corps, l’âme et l’esprit. L’âme, livrée à elle-même, se laisserait tomber vers le corps ; mais l’esprit – l’intelligence – la tire vers le haut et lui fait accomplir les œuvres véritablement dignes de l’homme. Pour elle, bien sûr, cette intelligence est aussi conscience de Dieu. Si cet étage vous gêne, retirez-le : reste que l’intelligence est bien là pour dépasser cette « nature » moins humaine que bestiale (pas animale !).
Bon, le faire sans Dieu, c’est un peu comme vouloir monter à pied quand l’ascenseur est là. Surtout que cet ascenseur est grand. Il n’est jamais trop petit, jamais verrouillé, jamais opaque, jamais las de venir s’ouvrir là où nous l’appelons. Il faut juste se risquer à l’appeler, humblement.

Voilà de quoi nous donner du cœur au ventre ensemble.
Voilà de quoi nous lancer, à bras ouverts, dans cet acte hautement subversif, déraisonnable, anti-économique, et potentiellement totalitaire : espérer.
Espérer, comme le chantait Georges, non pas celui qui a mauvaise réputation, mais l’autre – à gueule de métèque, de Juif errant, de pâtre grec : « La certitude que tout peut changer un jour ».

Ecologie, les réseaux sociaux du vivant

Après tout, c’est vrai : un écosystème est un réseau social. Tout y est connecté, il y a du public et du privé, des groupes et des communautés.

Et il ne faut pas oublier de bien régler ses paramètres.


Merle noir says : « J’ai pondu mes œufs, j’ai pondu mes œufs ! »
Tout le monde peut voir ce statut.
Ecureuil roux likes this.
Ecureuil roux says : « Miam ! »

Mais à la différence de nos réseaux où la plupart de l’activité s’exerce, après tout, dans l’indifférence générale, les réseaux écologiques sont d’autre nature. Tout y influence tout et chaque action entraîne réaction, chaque déséquilibre se traduit par une tentative de rétablissement des équilibres. Tentative inconsciente et qui, d’ailleurs, si le déséquilibre initial persiste, se traduit par des réactions en cascade et des effondrements. Nous en sommes les grands spécialistes, aussi, ne faisons pas les étonnés.

C’est là qu’intervient l’écologie – la première, la discipline scientifique ; celle qui plonge au cœur de ces réseaux pour les comprendre ; et on n’a jamais fini de découvrir. La complexité est si grande, le vivant si déroutant, que les sceptiques ont beau jeu de clamer à ces scientifiques : « Vous z’y connaissez rien ! Vous avez aucune idée du pourquoi du comment ! » avant d’enfoncer le clou : « C’est la nature et puis c’est tout ! Vous avez une autre explication, vous ? »

Oui, cher monsieur – je pense, par exemple, à ce brave homme qui me défiait d’expliquer la disparition, en trente ans, des oiseaux nichant dans les prairies humides, vanneaux, chevaliers, barges ou bécassines. Vous savez, cher monsieur, 80% desdites prairies ayant disparu en trente ans, lesdits oiseaux ayant reculé dans les mêmes proportions, et les recherches de ces espèces dans les cultures drainées qui ont remplacé les prairies s’avérant implacablement négatives, on finira par croire qu’il y a un rapport.

A force de fréquenter ces réseaux, on y prend goût ; c’était l’objet de la note précédente. De là, le glissement de sens du mot écologie, qui rapidement, après l’étude, s’est mise à désigner l’amour et la défense de ce merveilleux ballet. Il est en revanche tragique que de nos jours – mais c’est franco-français – elle s’applique également à la démarche de personnes très soucieuses de pistes cyclables et de nourriture bio mais pour qui les écosystèmes ne sont que d’incompréhensibles et superflues calembredaines. C’est dire, d’ailleurs, qu’elles ne maîtrisent guère cette notion de réseau.

Il leur manque peut-être « un truc ». Un truc dont l’écologiste chrétien ne devrait, en bonne logique, pas trop manquer, d’instinct : après l’émerveillement, l’humilité devant la complexité. Bien sûr, il ne s’agit pas de se laisser choir dans la démission intellectuelle bien commode du monsieur-des-oiseaux-des-prairies : l’humilité, cela ne veut pas dire « on ne comprendra jamais rien, on ne pourra jamais rien faire, alors laissons tomber » : cela veut dire, en présence, en conscience d’un élan créateur et d’une force de vie qui nous dépassent, ne pas s’enivrer de toute-puissance au point de croire les dominer, les maîtriser, et pour finir, les remplacer.

Sainte Hildegarde de Bingen, Docteur de l’Eglise ès Création si j’ose dire, distinguait en l’homme trois parts : le corps, enracinement dans le monde, mais fini, imparfait, limité; l’âme – on dirait aujourd’hui le psychisme – fait d’émotions, de sensibilité; et l’esprit, intelligence, conscience de Dieu, tendue vers Dieu, appelée à la Louange.

Que l’homme fasse appel à son esprit, et son âme, à sa suite, se redresse vers Dieu et édifie l’homme de l’intérieur, humble, mais debout, et responsable.

Qu’il le délaisse, qu’il juge inutile la conscience de Dieu et l’humilité, et l’âme tombe, se recourbe, s’adonne à l’auto-louange, à l’ivresse de toute-puissance. Elle fait oublier au corps sa finitude et sa fragilité.

Elle finit, avec lui, par se prendre pour Dieu.

Hildegarde ne croyait pas si bien dire (de fait, elle était inspirée !) Elle n’a pas vu nos temps où l’homme, imbu de sa technique, s’imagine mettre fin à sa finitude, se fabriquer, « s’améliorer » – le transhumanisme, soi-disant, fera des hommes non transformés par la technologie « les chimpanzés de l’avenir… » – et remplacer, partout, par ses produits, consommés et jetés à son caprice, la Création donnée en responsabilité. La Création nous dépasse par sa complexité ? « Liquidons ! On fera mieux pour moins cher. On fera ce qu’on veut ! »

Et voilà l’utilisateur du réseau qui se prend pour tout le réseau à lui tout seul. Au point de couper allègrement les tuyaux vitaux qui l’y connectent. « Je m’en fiche, je suis immortel ! »

Hildegarde avait déjà pressenti les liens profonds, indestructibles – sous peine de mort – entre les composantes de l’homme, mais aussi entre l’homme et toute la Création, gouvernée par des schémas similaires ; déjà pressenti la chute de l’homme enivré de lui-même, n’ayant que lui-même comme alpha et oméga, bien qu’elle n’ait pas connu nos concitoyens hurlant « Moi, moi, moi ! Dieu, c’est moi ! »

Nous aurions bien besoin de l’entendre. Qu’elle nous redise que nous sommes là en train de nous arracher non seulement à Dieu et à son énergie de vie, mais aussi à notre intelligence – l’intelligence vraie : pas celle qui obsédée de calcul et pouvoir, mais celle qui rend humble et responsable.

Celle qui rend l’homme conscient de sa fragilité, de sa dépendance à ce qu’il ne maîtrise pas et qu’il a néanmoins besoin et mission de garder. Des réseaux sans fin qui permettent aux crapauds de dévorer les insectes, aux roseaux d’épurer nos rivières, aux bourdons de polliniser nos cultures, à l’homme de vivre, d’aimer et de donner la vie.

Et à l’enfant de s’émerveiller, avec le scientifique…

… devant les couleurs d’un triton.

Du scientifique militant à l’écologiste chrétien… l’émerveillement !

N’en déplaise à d’aucuns de leurs détracteurs, les associations de protection de la nature, en France, exercent avant tout une activité de scientifiques. Leurs études s’appuient sur des références bibliographiques, des méthodologies de chercheurs, des outils modernes, cartographie, SIG, statistiques au besoin.

Ce n’est pas l’expression d’un ressenti affectif qui conduit à écrire qu’une prairie permanente pâturée, un bocage de vieilles haies, une forêt feuillue au riche sous-bois, forment un écosystème plus riche qu’un champ de maïs ordinaire, un lotissement de banlieue, une plantation de résineux « cathédrale ». Ce sont là des données scientifiques, démontrées, et redémontrables par le premier qui voudra reproduire les inventaires en toute rigueur.

Ce n’est pas non plus un sentimentalisme vaguement réac, encore moins l’idolâtrie d’on ne sait quel « âge d’or » qui conduit à alerter sur la nécessité, pour l’homme, d’écosystèmes décemment fonctionnels pour sa pure et simple survie. C’est le simple constat, dûment objectivé, que s’ils tombent en panne, tout s’effondre, à commencer par son agriculture.

Et pourtant, ce n’est généralement pas non plus le « simple » constat de cette urgence qui conduit l’homme à s’engager. Ce serait un triste combat, s’il n’était motivé par davantage. Cette force qui met en mouvement est plus belle et plus simple, elle a nom émerveillement.

Elle est très ancienne. On peut la lire dans la Bible. Vous savez, ce petit bouquin très décrié où certains ont préféré voir un blanc-seing pour l’exploitation sans vergogne. Le Psaume 104 en est rempli. Le trente-huitième chapitre de Job aussi. Le quarante-troisième de Ben Sirac itou :

« Le soleil en se montrant proclame dès son lever :
Quelle merveille que l’œuvre du Très-Haut ! » (Si 43, 2)

« Vois l’arc-en-ciel et bénis son auteur !
Il est magnifique dans sa splendeur. » (Si 43, 11)

S’émerveiller, c’est quoi ? C’est s’ouvrir, se rendre présent, accueillir ce qui est, et voir que cela est bon.

Et plus la science lui dévoile le secret des liens tissés entre les êtres, plus l’écologue s’émerveille. Plus il admire la beauté discrète du merle, le génie du nid de la Mésange à longue queue, la virtuose Epeire tissant sa toile, plus il apprend la trame vertigineuse d’interactions qui les unit – plus il admire la splendeur de ce grandiose ballet.

Splendeur donnée. Gratuite.

Il fallait être Dieu pour inventer pareille folie.

Il fallait être Dieu pour avoir l’idée de nous la donner comme jardin.

Hildegarde de Bingen, la mystique rhénane du douzième, avec sa drôle de pensée par symboles, l’avait bien compris. « Dieu ne peut être contemplé. C’est la Création qui en donne connaissance. Mais c’est la foi qui permet de le reconnaître en elle » écrit-elle dans le Livre des œuvres divines.

L’harmonie géniale de la Création parle du Créateur. Elle en chante la louange – mieux, elle est louange.

C’est dire si l’homme, que Dieu appelle inlassablement à lui, à Sa conscience, à Sa louange, est appelé à la chérir, à la garder avec soin. Un soin jaloux ? Non : un soin gratuit. Par amour, par désir de partage, par émerveillement.

Un Père du Désert a dit : « Le pire moment pour un athée, c’est lorsqu’il se sent plein de reconnaissance et qu’il ne sait qui remercier. » Mes collègues m’en voudront peut-être. Mais j’ai bien envie de le paraphraser : le pire moment pour un écologiste athée, c’est lorsqu’il s’émerveille devant la Création et qu’il ne sait quel créateur admirer.

Un commencement gris

Ce blog ne va pas commencer dans l’optimisme. En effet, ce matin, une fois de plus, il fait gris, froid, et il pleut.

Quelque chose qui doit ressembler au cœur de ceux des disciples qui n’avaient pas encore appris la Résurrection.

Il est des pluies d’avril qui réjouissent. Tièdes, ruisselantes et joyeuses comme une rivière qui chante, elles inondent de vie. On voit, on entend les feuilles se dérouler avec volupté. Les verts déploient toute leur gamme qui change de jour en jour. Comme la Parole, cette pluie se mue en sève vivifiante avant de retourner vers le ciel.

Mais aujourd’hui, rien de tel. Le froid paralyse la végétation. Les collines n’arborent toujours que leurs haillons gris et roux et tendent aux nuages les doigts hagards des arbres encore nus. Les bourgeons attendent.

Cela ne serait pas très grave si, de plus, la ville n’apparaissait pas à travers un morne voile gris-bleu. La pluie, faute de mieux, lave l’espace et la lumière, l’air est transparent, le paysage se déploie dans toute sa netteté, proche à le toucher. Mais pas ici. Pas dans la métropole. L’église sur la colline n’apparaît qu’à travers une brume bleuâtre, une vitre poussiéreuse, suffocante. Comme il y a soixante ans que les brouillards lyonnais ne sont plus qu’un souvenir, je crains de connaître l’origine de cette crasse. Un coup d’œil sur le site internet idoine : pas de doute, malgré la pluie, l’alerte pollution aux particules est toujours en vigueur…

La ministre de l’environnement promet que le sujet est à l’ordre du jour : les particules fines, massivement déversés par les moteurs diesel, seraient responsables de quarante-deux mille morts prématurées par an. Deux jours de temps stable se traduisent invariablement, en ville, par une alerte pollution. Les particules souillent la lumière, étouffent le cœur autant que le corps : nos paysages urbains ne connaissent plus le ciel bleu.

Pendant des années, on nous a vendu le diesel comme le plus sûr ami de l’environnement. Alors chut. Personne ne bouge.

L’industrie, le développement, vous comprenez. Le savoir-faire français, toussa.

Nous n’avons même plus le courage de dénoncer la disparition du ciel bleu.