Tweetoizo n°1 : le Martinet noir

Retrouvez aussi le premier Tweetoizo posté sur @Taigasangare consacré au Martinet noir !
Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, le Tweetoizo est tout simplement une Tweetstory où, au lieu de raconter une histoire, on décrit une espèce, tweet après tweet.

Allons donc découvrir le Martinet noir qui en ce moment fait ses dernières cabrioles de l’année dans le ciel de nos villes…

Ce soir, on va parler du petit arc noir qui écume le ciel de nos villes en poussant des Sriiiiiii ! Sriii ! stridents.
Non, pas l’hirondelle. #évidemmentyavaitunpiège

En fait, il s’appelle le Martinet noir.
Ils se ressemblent, c’est vrai. Mais ils ne sont même pas cousins. Simplement, ils sont adaptés à la même existence.

Ils chassent les insectes en plein ciel. Après, il y a les amateurs, et les professionnels.

Les hirondelles sont des Passériformes (passereaux), comme plus de la moitié des oiseaux actuels. Elles peuvent se percher, marcher.
Le Martinet noir, c’est ordre des Apodiformes, famille des Apodidés, et en latin, c’est Apus apus. #confiture

Ce qui veut dire non pas « plein de tiques » mais « sans pattes ». En fait, il en a, mais c’est tout comme. Il ne peut que ramper.
Tout, chez lui, est conçu pour le vol. C’est lui, le professionnel. Plus grand, plus puissant, plus robuste que l’hirondelle.

A force de les voir d’en bas, on les croit petits .Un Martinet noir âgé, c’est 50 cm d’envergure. Prenez une règle et voyez.
Ses orbites sont carénées, son bec s’ouvre en large gueule à engloutir les insectes, en croisant à 50-70 à l’heure.

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir le temps de distinguer les guêpes, des insectes comestibles qui leur ressemblent (les syrphes). #slurp
En contrepartie, ses pattes ne le soutiennent pas. Elles lui servent surtout à s’agripper aux parois. Il ne se perche jamais.

Alors il vole. Jour et nuit. Oui, j’ai bien dit nuit. Le soir, il prend une poche d’air chaud ascendante et va y dormir en vol.
Il se nourrit en vol, boit en rase-flotte, dort en vol. Entre la fin de la saison des nids et le début de la suivante, il ne se pose PAS.

Il quadrille l’Afrique subsaharienne pendant neuf mois. Et dans le courant d’avril, le voilà qui débarque chez nous. #sriii
Les premières arrivées sont très échelonnées. Il doit faire assez beau et chaud pour qu’il trouve des insectes volants à bouffer.

C’est le moment où il faut retrouver son territoire et surtout un endroit où nicher. #pasdamidanslimmobilier
Il faut trouver un trou dans une façade (une falaise comme une autre) qui donne accès à une petite cavité. #studioàlouerpascher

Un trou dans un avant-toit forme un site de nidification très classique. Hop, on rentre, on jauge, et maintenant on défend son bien.

Pour défendre son territoire, et le vanter aux demoiselles des environs, un oiseau normal se perche et chante. #etlàcestpasgagné
Le Martinet ne peut pas se percher. Juste voler. Alors il vole. Il tourbillonne sans fin autour de son territoire, en criant.

Comme les Martinets forment des colonies dans les immeubles du voisinage, ils volent ensemble, se poursuivent.
Ça donne ces grandes poursuites stridentes en bande sans lesquelles les ciels de nos villes au printemps seraient bien vides.

En pleine journée, on les voit moins. Ils partent chasser les insectes à la campagne. #mangerbiocestbonpourlasanté
Et le soir, re-poursuites #mangerbouger.fr et puis toute la bande monte, monte, monte… et file dormir en plein ciel, donc.

Nous voilà mi-mai. Le Martinet tricote un vague nid de fétus pris en vol avec sa salive et pond 2 ou 3 œufs.
Il les couve une vingtaine de jours. C’est le seul truc qu’il fait à peu près comme tout le monde. Mais avant, j’ai oublié.

L’accouplement. Et bien, il a lieu en vol, bien entendu. On est Martinet ou on ne l’est pas. #commentilfait
Pas compliqué. Les deux oiseaux se rapprochent, se posent l’un sur l’autre… et voilà. Ils perdent un peu d’altitude, c’est tout.
Bon, le plus souvent, ils font quand même « ça » à l’abri des regards dans la cavité du nid. Mais l’accouplement en vol n’est pas rare.

20 jours d’incubation. 40 jours de nourrissage des jeunes. Ça, c’est si tout va bien. #météofranceavecjoelcollado
S’il pleut, s’il fait froid, c’est la catastrophe. Plus de proies. Les adultes partent au diable vauvert se nourrir. Et les nichées ?
Les poussins ont un dispositif SOS, une sorte de vie ralentie pour tenir quelques jours. Sinon, c’est la mort.

20 jours + 40 jours. Nous voilà quasi mi- juillet. Les premiers jeunes vont s’envoler. Pas facile. #jevoudraisvousyvoir
Les parents cessent de les nourrir. Brutal, mais efficace. Les jeunes, affamés, cherchent la sortie et s’y jettent. #adieumondecruel

Et là, miracle : en battant des ailes, on ne tombe pas. Les voilà partis pour un petit vol d’essai. Qui va durer dans les… deux ans.
Ben oui. Puisque le Martinet ne se pose qu’au nid, et qu’il n’est apte à se reproduire qu’à deux ans, en attendant… il vole. #putaindeuxans

Parfois, lors du grand départ, il se rate. Vlaf, par terre. Sa seule chance est que quelqu’un le trouve et le relance dans le ciel.
Un adulte sait repartir seul. Un jeune, non. Cherchez un espace dégagé (50 m) et propulsez-le vers l’avant et le haut.

ça marche. Je l’ai fait, le jeune a réussi à se lancer. Notez bien le truc car vous en trouverez peut-être dans la rue, de ces jeunes.

Les jeunes volent autour des adultes et de la colonie, la repèrent, observent l’emplacement des trous utilisés. #formationprofessionnelle
L’été prochain, ils feront la même chose : formation et repérage. En cas de pluie, évidemment, ils seront les premiers à décarrer.

Et si la saison est terrible et les morts nombreux, eux, qui auront filé à temps vers les réservoirs de proies, auront survécu.
Ils reviendront l’an prochain. Et lentement, ils refonderont et reconstitueront la colonie.

A condition qu’ils trouvent encore des trous qui n’ont pas été bouchés. Des immeubles pas remplacés par un cube de verre.
A condition aussi qu’ils trouvent encore des insectes à chasser. Qu’ils n’aient pas tous été liquidés par nos pesticides.

C’est ainsi : martinets, hirondelles etc… sont des insecticides gratuits, naturels, non toxiques et performants.
Mais nous préférons tuer leurs proies nous-mêmes, les tuer avec, et bien d’autres, et nous empoisonner nous-mêmes aussi. #wtf

Quant aux cavités, déjà, si on ne rénovait pas les façades pendant les cent jours de présence du Martinet, on respecterait la loi.
Car les Martinets sont des espèces protégées, les hirondelles aussi. On ne peut détruire ni les adultes ni les nids.

Il existe des nichoirs, à placer à 5m de haut, minimum. Il y a même des modèles à incorporer dans les façades des immeubles neufs.
En Suisse et en Allemagne, c’est désormais quelque chose de classique. En France, on continue à le prendre à la rigolade.

Enfin, pour être juste, disons que ça évolue, mais très lentement. Trop lentement.
Mais avec un peu de chance, et votre aide aussi, la #LPO parviendra à faire prendre en compte la biodiversité dans la norme #HQE.

Nous sommes fin juillet. Les Martinets ne sont chez nous que cent jours. Ils vont repartir très bientôt.

Le ciel va redevenir vide et silencieux. Ce sera un grand pas vers l’automne, mine de rien. #mélancolique

Mais pour le printemps prochain, vous savez ce qu’il vous reste à faire: guetter les premiers… pourquoi pas les accueillir !

C’est fini pour ce premier #tweetoizo … Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter les deux numéros de La Hulotte (n°78 et 79) qui vous apprendront encore bien des secrets sur cette espèce si commune et si incroyable, mais aussi comment lui construire et poser un nichoir, etc.
Et aussi vous inscrire sur le site Biolovision de l’association de protection de la nature de votre coin – il y en a presque partout maintenant – vous le trouverez en cherchant « Biolovision » + « Votre département ou région » pour saisir vos observations des derniers Martinets de la saison, consulter les bestioles qui ont été vues autour de chez vous, et bien plus encore !

Ah, oui ! Hier, on me demandait: comment le reconnaître ? Et bien, malheureusement, je n’ai pas de photo à moi: ces fichues sales bêtes volent beaucoup trop vite pour mes talents de photographe. Mais vous présentera tout ce qu’il faut. Remarquez cependant que la gorge pâle n’apparaît guère sur le terrain, sauf à voir l’oiseau de très près. Enfin, comment le distinguer des Hirondelles ? Et bien, déjà, puisqu’il niche dans un trou, il ne fait pas de nid visible, ni d’ailleurs de saletés sur les murs. Les Hirondelles construisent toujours un balconnet d’argile. Enfin, les plus répandues d’entre elles ont le ventre blanc ! (Mais, dans les Alpes, à Lyon, à Saint-Etienne on a aussi le Martinet à ventre blanc… Et il y a des Hirondelles toutes grises… Un bon petit guide et c’est parti ! Bonne découverte !)

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Pour une écologie du don, une écologie du recevoir…

C’est l’été. Dans « les médias », cela se traduit par une affluence agaçante de marronniers. Non pas l’arbre qui remplira, l’automne et la rentrée venus, la cour de récréation de projectiles dont je m’étonne d’ailleurs qu’aucun croquant bien intentionné n’ait encore exigé l’interdiction ; mais le sujet saisonnier, creux et banal. Parmi les marronniers célèbres, citons l’ouverture de la pêche, la canicule-faites-boire-les-personnes-âgées, les journées rouges de Bison futé, ou encore la crise d’automne au PSG. (Note : La couverture « Francs-maçons/ cathos/ végétariens/ sectateurs du fromage râpé dans le gratin dauphinois, qui sont-ils, que veulent-ils, quels sont leurs réseaux » ou encore le palmarès des grandes écoles ne peuvent, en revanche, prétendre au titre, en raison de leur caractère récurrent, mais irrégulomadaire.)

La presse chrétienne a son marronnier de l’été : « les vacances, un temps à vivre autrement ». Après tout, on ne peut lui en faire grief – ce serait plutôt à nous de nous remuer le coccyx pour prendre un peu de recul sur notre vie en d’autres circonstances que lorsque le repos légal nous a conduit à l’ombre de quelque cloître tapi dans l’ombre des Grands Causses ou du Géant de Provence.
La preuve, je vais me risquer à mon tour à l’exercice.

Comme ça.
Sans prétendre faire le tour de la question. Même pas un arc de quelques degrés.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais notre monde libéral-libertaire, alias règne de la cupidité décomplexée, adore prendre (et conserver), pas du tout donner, ni partager, mais il n’aime pas non plus recevoir.

Hé, non. Si l’on entend recevoir par être destinataire d’un don, gratuit, non maîtrisé, voire imprévu, alors nous n’aimons pas du tout.
Déjà, parce qu’un don gratuit, c’est suspect : notre société exclusivement marchande préfère théoriser le fait qu’un don appelle toujours un contre-don, que derrière la générosité on doit toujours aller suspecter un calcul pervers ou cynique. Notre refus de croire à la gratuité d’un don reçu devrait être un signal d’alarme : à force de ne plus savoir donner, nous ne voulons plus voir le don, même quand nous en bénéficions.
Ensuite, parce que le don, le vrai, on ne le maîtrise pas. Ni sa nature, ni sa quantité, ni le moment où il survient. Il est mouvement vers nous qui parfois, nous dé-range – bien loin des cadeaux très convenus, éventuellement fixés d’avance, du calendrier officiel des fêtes marchandes. A l’image de l’un des plus beaux, le don de l’Esprit, il souffle où il veut, comme il veut – il échappe à nos prévisions, à notre contrôle, à notre désir de puissance, à notre logique de possession. Venu de l’autre, il est fondamentalement autre. Il nous emplit d’altérité. Le don est acte d’Amour. Il ne calcule pas, n’enferme pas mais ne se plie pas non plus. Il bouscule nos petites boîtes.
Au point, parfois, de nous vexer, nous troubler, susciter un rejet ou alors, une projection de nos pinces en avant – pour, quelques secondes avant le geste, transformer le fait de recevoir en acte de prise de possession.

Cette histoire de pinces me rappelle une homélie, entendue dans mon enfance, et peut-être bien pendant quelques vacances. Le prêtre faisait remarquer, justement, qu’au moment de la communion, trop d’entre nous lançaient en avant « les pinces de la main droite » – celle qui prend, qui s’empare, qui exerce le pouvoir – et il nous enjoignait de prendre garde à notre geste : non seulement présenter nos paumes ouvertes, mais placer sur le dessus notre main gauche. La main qui se sait la plus malhabile pour prendre et manipuler – et qui s’abandonne à recevoir.

A recevoir le don le plus fou, le plus imprévu, le plus infini. A recevoir non pas à notre mesure, selon nos goûts et caprices, mais à celle de notre accueil, de notre abandon à cette folie.

Cela vous paraîtra enfantin, mais je n’ai plus jamais communié sans me rappeler ce conseil. Que peut-être, d’ailleurs, vous avez eu l’occasion d’entendre ailleurs.

Réapprendre à recevoir ! Voilà une drôle d’idée. Ne faut-il pas plutôt apprendre à donner, comme le répèteraient sans doute les dames caté très catho-humanitaires de mon enfance ? Certes – mais j’ai tâché de glisser, il y a quelques lignes, que les deux étaient liés. Et puis, profiter de l’été pour apprendre à donner et à partager, ça, pour le coup, c’est le marronnier des marronniers : vous trouverez de très nombreux articles expliquant la chose bien mieux que je ne pourrai jamais le faire.

Pour ceux d’entre nous qui ont la chance de partir, les vacances, ce sera aussi l’occasion de s’immerger dans le Beau, et peut-être dans la Nature. Voilà un don très goûtu à reconnaître comme tel. Le Beau et les merveilles de la Nature – toujours donnés gratuitement, sans fin – tant que nous ne les détruisons pas avec nos grosses pinces ; déroutants, imprévus, ils le sont aussi. Ils sont toute cette folie du don, la même que le don de la Parole, de la Résurrection, de l’Esprit.1

Que d’écologie plénière dans la démarche ! Abandon de la toute-puissance et de la toute-jouissance, de l’immédiat, du tout-tout-de-suite ; contemplation, accueil, émerveillement, respect.

Oui, ce sont de bons candidats à l’exercice.
Allons les rencontrer.
N’oubliez pas : les paumes ouvertes et la main gauche en premier.

1. Il y a quelques mois, alors que je parlais, à l’occasion d’une soirée publique consacrée à l’engagement du chrétien dans la cité, de la part du travail du naturaliste de terrain qui consiste, avant d’analyser et de calculer, à se rendre disponible pour recevoir ce que la Nature lui dévoilait ici-maintenant, l’évêque auxiliaire qui intervenait lui aussi ce soir-là avait remarqué que cette attitude de disponibilité au simplement Donné, pour lui, s’appelait tout simplement prière.

Lac Long

« Alors qui sont-ils ?… »

Quelques-uns des commentaires relatifs à ma dernière note m’ont amené à penser qu’il me fallait ajouter quelques précisions.
Pour une fois, ça ne sera pas très long, ne vous inquiétez pas…. quoique !

A l’origine, cette note – la précédente, donc – avait pour but de contribuer à laisser de côté l’épouvantail de la Deep ecology, trop souvent associé à l’écologie, et notamment aux défenseurs de la biodiversité. Il s’agissait juste de dire : non, les écologistes ne sont pas des fanatiques siphonnés qui cherchent à sacrifier l’homme pour restaurer la Nature vierge ; ou s’il en existe, ils ne sont qu’une poignée qui, à tous égards, ne compte pas. Inutile, donc, de crier au loup.
(Il s’avère, de surcroît, que la deep ecology elle-même ne serait pas aussi extrême dans ses positions que cela ; mais c’est encore une autre histoire. Une fois pour toutes, laissons-la de côté.)

Pour cela, j’avais choisi de décrire quelque peu le travail et la démarche des écologistes en question – pas la poignée de « deep » : les « normaux ».

Et puis, en lisant certaines réactions, j’ai réalisé que beaucoup de lecteurs ne voyaient pas du tout de quels écologistes je pouvais bien parler !

Procédons d’abord par élimination : peut-il s’agit du parti Europe Ecologie Les Verts ? Bien sûr que non (ceux qui me suivent sur Twitter s’en doutaient probablement déjà). Je ne me permettrais pas, bien évidemment, de jauger la cohérence écologique de chaque militant. Mais le parti, lui, n’a pas attendu 2013 pour me décevoir, et pis. Ne serait-ce que pour sa propension à classer la biodiversité encore plus loin dans ses priorités que les partis dits classiques. A la question du pourquoi – posée très poliment – à quelques militants et même deux élus locaux, j’ai reçu comme réponse : « excusez-moi, mais je ne vois pas en quoi cela concerne l’écologie », et la même chose, en version moins polie. Et depuis… rien.

Si l’on veut bien se rappeler que l’écologie, à la base, c’est tout de même la branche des sciences de la vie qui étudie les relations des êtres vivants entre eux et avec leurs milieux, on m’accordera que ça ne fait pas très sérieux. Pour le reste, entre la préférence soudainement accordée aux centrales à charbon (anti-nucléaire à tout prix oblige), et naturellement l’actualité récente et leur soutien à une loi en laquelle je suis de ceux qui voient un grand pas vers la marchandisation de l’humain – non, à mes yeux, il n’y a pas là de démarche écologique cohérente. Voilà donc pourquoi, sur ce blog, lorsque je parle « des écologistes », ce n’est pas à ce parti, à son programme, à sa démarche, que je fais référence. À moins qu’il n’évolue, naturellement.

À ce titre, le dernier article de Jean-Claude Guillebaud, « L’écologie en perdition » tombe à pic, en rappelant que l’entrée de l’écologie dans le jeu politique sera, à jamais, une impasse. « C’est l’opinion qu’il faut culturellement convaincre pour accélérer cette « révolution des consciences ». Elle est devenue urgente, pour ne pas dire vitale », conclut-il. Je ne peux qu’approuver. L’écologie, après tout, c’est la médecine de l’ensemble du vivant : imaginerait-on la santé cantonnée à un parti ?

Alors, qui ? Qui sont ceux qui œuvrent à cette révolution et se sentent souvent un peu seuls, et lâchés depuis longtemps par la politique politicienne ?

Ce sera vite fait : principalement les ONG, les associations, qu’elles soient locales ou nationales, et les hommes et les femmes qui en sont la moelle vivante !
Beaucoup sont fédérées sous la bannière de France Nature Environnement. Pour parler de mon domaine – la biodiversité – qui n’est qu’une branche de l’écologie – comprise comme « mouvement », il y aura bien évidemment la LPO. Soixante mille membres, et une notoriété quasi inexistante dans la sphère publique, ce qui est la source de pas mal de quiproquos. Une situation par ailleurs tout à fait franco-française : son homologue britannique se targue d’un million de membres. Aux Pays-Bas, une caméra braquée sur un nid de Busards cendrés s’affiche sur le site d’une chaîne de TV généraliste… « Les petits oiseaux, c’est un truc de rigolos », voilà encore un dogme sur lequel la France se drape dans le splendide isolement de celle qui croit avoir raison contre tous.

Aux côtés de la LPO et de ses associations locales, on trouvera toutes les associations qui œuvrent à la défense de la biodiversité sur leur territoire ; les Bretagne Vivante et les Picardie Nature, les Deux-Sèvres Nature Environnement et autres Centre Ornithologique du Gard, et des dizaines d’autres, qu’elles me pardonnent de ne pouvoir les citer toutes. Elles ont leurs adhérents, leurs bénévoles, leurs salariés (souvent, mais pas toujours) ; elles ont leurs naturalistes de terrain qui crapahutent sur le territoire et collectent de quoi alimenter les bases de données. Ces bases de données qui ensuite, sont utilisées à chaque fois qu’on a besoin, pour quoi que ce soit, de connaissances sur la biodiversité d’un territoire. Hé, non, elles ne sont pas, dans leur grande majorité, collectées par des fonctionnaires de l’Etat, mais par les ONG. Saisies, relues, validées, c’est-à-dire passées au crible de vérificateurs qui connaissent tant la faune que le territoire. Vous aurez un aperçu de ces connaissances en recherchant la base de données participative de votre région: souvent http://www.faune-Votredépartement.org ou http://www.faune-Votrerégion.org
Les associations ont aussi les « militants », ceux qui veillent aux enquêtes publiques, siègent aux commissions, et défendent notre patrimoine naturel face à la voracité du quotidien ; les éducateurs à l’environnement, et beaucoup d’autres – cumulant souvent plusieurs rôles.

Bien sûr, ce milieu n’est pas « tout beau tout rose » ni peuplé exclusivement de gens intègres et d’une parfaite cohérence. À l’instar de la sainteté (n’ayons pas peur des mots), celle-ci est un combat de chaque jour et le chemin de toute une vie. Il y aurait matière à critiquer, comme dans n’importe quel monde associatif… ou autre. Il serait absurde de le nier : on y trouvera aussi des conflits de personnes, des enjeux de pouvoir, des zones grises et des côtés obscurs, parce qu’on y trouve l’humanité.

Mais on y trouvera avant tout des hommes et des femmes conscients que l’Homme – et tant pis pour son orgueil – ne se sauvera pas s’il ne sait pas sauver « les petits oiseaux », les crapauds, les serpents, les insectes, et toute cette Création dont il peine à saisir l’utilité ; conscients que lorsqu’il croit se sauver « lui plutôt qu’eux », il se condamne plus sûrement que jamais à sécher dans un mortel désert. Des hommes et des femmes animés non par des fantasmes politicards mais par l’amour du Vivant et le désir de le défendre, avec passion et au prix de divers sacrifices, loin des caméras, loin des urnes, loin des querelles pro- et anti de ces derniers jours. Mais – j’espère, note après note, vous en convaincre – sûrement beaucoup plus proches de Celui qui a les paroles de Vie que certains le croient… et même, plus proches qu’ils ne le croient eux-mêmes.