Ecologie, les réseaux sociaux du vivant

Après tout, c’est vrai : un écosystème est un réseau social. Tout y est connecté, il y a du public et du privé, des groupes et des communautés.

Et il ne faut pas oublier de bien régler ses paramètres.


Merle noir says : « J’ai pondu mes œufs, j’ai pondu mes œufs ! »
Tout le monde peut voir ce statut.
Ecureuil roux likes this.
Ecureuil roux says : « Miam ! »

Mais à la différence de nos réseaux où la plupart de l’activité s’exerce, après tout, dans l’indifférence générale, les réseaux écologiques sont d’autre nature. Tout y influence tout et chaque action entraîne réaction, chaque déséquilibre se traduit par une tentative de rétablissement des équilibres. Tentative inconsciente et qui, d’ailleurs, si le déséquilibre initial persiste, se traduit par des réactions en cascade et des effondrements. Nous en sommes les grands spécialistes, aussi, ne faisons pas les étonnés.

C’est là qu’intervient l’écologie – la première, la discipline scientifique ; celle qui plonge au cœur de ces réseaux pour les comprendre ; et on n’a jamais fini de découvrir. La complexité est si grande, le vivant si déroutant, que les sceptiques ont beau jeu de clamer à ces scientifiques : « Vous z’y connaissez rien ! Vous avez aucune idée du pourquoi du comment ! » avant d’enfoncer le clou : « C’est la nature et puis c’est tout ! Vous avez une autre explication, vous ? »

Oui, cher monsieur – je pense, par exemple, à ce brave homme qui me défiait d’expliquer la disparition, en trente ans, des oiseaux nichant dans les prairies humides, vanneaux, chevaliers, barges ou bécassines. Vous savez, cher monsieur, 80% desdites prairies ayant disparu en trente ans, lesdits oiseaux ayant reculé dans les mêmes proportions, et les recherches de ces espèces dans les cultures drainées qui ont remplacé les prairies s’avérant implacablement négatives, on finira par croire qu’il y a un rapport.

A force de fréquenter ces réseaux, on y prend goût ; c’était l’objet de la note précédente. De là, le glissement de sens du mot écologie, qui rapidement, après l’étude, s’est mise à désigner l’amour et la défense de ce merveilleux ballet. Il est en revanche tragique que de nos jours – mais c’est franco-français – elle s’applique également à la démarche de personnes très soucieuses de pistes cyclables et de nourriture bio mais pour qui les écosystèmes ne sont que d’incompréhensibles et superflues calembredaines. C’est dire, d’ailleurs, qu’elles ne maîtrisent guère cette notion de réseau.

Il leur manque peut-être « un truc ». Un truc dont l’écologiste chrétien ne devrait, en bonne logique, pas trop manquer, d’instinct : après l’émerveillement, l’humilité devant la complexité. Bien sûr, il ne s’agit pas de se laisser choir dans la démission intellectuelle bien commode du monsieur-des-oiseaux-des-prairies : l’humilité, cela ne veut pas dire « on ne comprendra jamais rien, on ne pourra jamais rien faire, alors laissons tomber » : cela veut dire, en présence, en conscience d’un élan créateur et d’une force de vie qui nous dépassent, ne pas s’enivrer de toute-puissance au point de croire les dominer, les maîtriser, et pour finir, les remplacer.

Sainte Hildegarde de Bingen, Docteur de l’Eglise ès Création si j’ose dire, distinguait en l’homme trois parts : le corps, enracinement dans le monde, mais fini, imparfait, limité; l’âme – on dirait aujourd’hui le psychisme – fait d’émotions, de sensibilité; et l’esprit, intelligence, conscience de Dieu, tendue vers Dieu, appelée à la Louange.

Que l’homme fasse appel à son esprit, et son âme, à sa suite, se redresse vers Dieu et édifie l’homme de l’intérieur, humble, mais debout, et responsable.

Qu’il le délaisse, qu’il juge inutile la conscience de Dieu et l’humilité, et l’âme tombe, se recourbe, s’adonne à l’auto-louange, à l’ivresse de toute-puissance. Elle fait oublier au corps sa finitude et sa fragilité.

Elle finit, avec lui, par se prendre pour Dieu.

Hildegarde ne croyait pas si bien dire (de fait, elle était inspirée !) Elle n’a pas vu nos temps où l’homme, imbu de sa technique, s’imagine mettre fin à sa finitude, se fabriquer, « s’améliorer » – le transhumanisme, soi-disant, fera des hommes non transformés par la technologie « les chimpanzés de l’avenir… » – et remplacer, partout, par ses produits, consommés et jetés à son caprice, la Création donnée en responsabilité. La Création nous dépasse par sa complexité ? « Liquidons ! On fera mieux pour moins cher. On fera ce qu’on veut ! »

Et voilà l’utilisateur du réseau qui se prend pour tout le réseau à lui tout seul. Au point de couper allègrement les tuyaux vitaux qui l’y connectent. « Je m’en fiche, je suis immortel ! »

Hildegarde avait déjà pressenti les liens profonds, indestructibles – sous peine de mort – entre les composantes de l’homme, mais aussi entre l’homme et toute la Création, gouvernée par des schémas similaires ; déjà pressenti la chute de l’homme enivré de lui-même, n’ayant que lui-même comme alpha et oméga, bien qu’elle n’ait pas connu nos concitoyens hurlant « Moi, moi, moi ! Dieu, c’est moi ! »

Nous aurions bien besoin de l’entendre. Qu’elle nous redise que nous sommes là en train de nous arracher non seulement à Dieu et à son énergie de vie, mais aussi à notre intelligence – l’intelligence vraie : pas celle qui obsédée de calcul et pouvoir, mais celle qui rend humble et responsable.

Celle qui rend l’homme conscient de sa fragilité, de sa dépendance à ce qu’il ne maîtrise pas et qu’il a néanmoins besoin et mission de garder. Des réseaux sans fin qui permettent aux crapauds de dévorer les insectes, aux roseaux d’épurer nos rivières, aux bourdons de polliniser nos cultures, à l’homme de vivre, d’aimer et de donner la vie.

Et à l’enfant de s’émerveiller, avec le scientifique…

… devant les couleurs d’un triton.

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