Heureuse et sainte année 2014 !

Bon.

C’est déjà la sixième année de suite que le fin du fin est de ne pas se souhaiter bonne année. Parce que la crise, où c’est-y que va le monde, quand on voit ce qu’on voit, qu’on entend ce qu’on entend et qu’on pense ce qu’on pense, et tout et tout.

Pour ma part, j’avoue que les changements de millésime me laissent tout simplement froid. Sauf quand il avait fallu quitter 2012. Parce qu’avec cette hilarante histoire de fin du monde, on tenait, mine de rien, un efficace antidote à la déprime sans frein, à l’aigreur sans bornes. Il suffisait de repasser cette chanson à fond les ballons.

Mais bon, qu’importe. En 2014, ce blog entre dans sa seconde année civile : que ce soit l’occasion de remercier ses lecteurs, ses commentateurs, celles et ceux qui ont relayé des articles. Comme je ne sais pas très bien interpréter les statistiques fournies par l’hébergeur, je ne sais pas combien vous êtes au juste. Ce n’est pas grave.

Il en est, sans aucun doute, qui n’auront pas aimé. Et notamment, qui auront trouvé que ce blog était un truc de plus de « donneur de leçons ». Et j’en suis bien désolé et m’en excuse.

Donneur de leçons ! Voilà une notion préoccupante. Qui peut se targuer de ne jamais en être ? Dès l’instant où nous posons un choix de telle manière qu’un autre puisse le constater, nous « donnons une leçon » : de façon explicite ou tacite, nous vantons les mérites de ce choix, puisque nous l’avons fait. Et la première affiche publicitaire 4×3, qui nous enjoint d’acheter tel produit sans quoi nous serons de parfaits idiots en plus d’être malheureux, est donneuse de leçons.

De toute façon, moi, je ne veux pas en donner. Ce blog n’a jamais eu d’autre ligne que d’être un partage sur ce sujet tout simple : je m’essaie à être écologiste chrétien, sur un chemin de sobriété heureuse, car c’est là que je vois la cohérence ; ce chemin est vivifiant, alors je tâche d’en témoigner au mieux. Est-ce une leçon donnée ? Une chose est sûre : même désireux de l’éviter, je n’empêcherai personne de le recevoir ainsi.

Alors ? Et bien, il me reste à vous souhaiter une année 2014 sainte, heureuse et emplie de Vie.
La première note de ce blog s’appelait « Un commencement gris ». Cette note de commencement d’année sera, elle aussi, publiée un jour de grisaille et de pluie, ce qui, entre nous, un quatre janvier n’est pas une surprise. C’est ce qu’on appelle un « biais d’échantillonnage ». ça fait tout de suite plus savant, n’est-ce pas ?

Zut ! Encore une leçon.

Très bonne année à tous.

Un commencement gris

Ce blog ne va pas commencer dans l’optimisme. En effet, ce matin, une fois de plus, il fait gris, froid, et il pleut.

Quelque chose qui doit ressembler au cœur de ceux des disciples qui n’avaient pas encore appris la Résurrection.

Il est des pluies d’avril qui réjouissent. Tièdes, ruisselantes et joyeuses comme une rivière qui chante, elles inondent de vie. On voit, on entend les feuilles se dérouler avec volupté. Les verts déploient toute leur gamme qui change de jour en jour. Comme la Parole, cette pluie se mue en sève vivifiante avant de retourner vers le ciel.

Mais aujourd’hui, rien de tel. Le froid paralyse la végétation. Les collines n’arborent toujours que leurs haillons gris et roux et tendent aux nuages les doigts hagards des arbres encore nus. Les bourgeons attendent.

Cela ne serait pas très grave si, de plus, la ville n’apparaissait pas à travers un morne voile gris-bleu. La pluie, faute de mieux, lave l’espace et la lumière, l’air est transparent, le paysage se déploie dans toute sa netteté, proche à le toucher. Mais pas ici. Pas dans la métropole. L’église sur la colline n’apparaît qu’à travers une brume bleuâtre, une vitre poussiéreuse, suffocante. Comme il y a soixante ans que les brouillards lyonnais ne sont plus qu’un souvenir, je crains de connaître l’origine de cette crasse. Un coup d’œil sur le site internet idoine : pas de doute, malgré la pluie, l’alerte pollution aux particules est toujours en vigueur…

La ministre de l’environnement promet que le sujet est à l’ordre du jour : les particules fines, massivement déversés par les moteurs diesel, seraient responsables de quarante-deux mille morts prématurées par an. Deux jours de temps stable se traduisent invariablement, en ville, par une alerte pollution. Les particules souillent la lumière, étouffent le cœur autant que le corps : nos paysages urbains ne connaissent plus le ciel bleu.

Pendant des années, on nous a vendu le diesel comme le plus sûr ami de l’environnement. Alors chut. Personne ne bouge.

L’industrie, le développement, vous comprenez. Le savoir-faire français, toussa.

Nous n’avons même plus le courage de dénoncer la disparition du ciel bleu.