Un commencement gris

Ce blog ne va pas commencer dans l’optimisme. En effet, ce matin, une fois de plus, il fait gris, froid, et il pleut.

Quelque chose qui doit ressembler au cœur de ceux des disciples qui n’avaient pas encore appris la Résurrection.

Il est des pluies d’avril qui réjouissent. Tièdes, ruisselantes et joyeuses comme une rivière qui chante, elles inondent de vie. On voit, on entend les feuilles se dérouler avec volupté. Les verts déploient toute leur gamme qui change de jour en jour. Comme la Parole, cette pluie se mue en sève vivifiante avant de retourner vers le ciel.

Mais aujourd’hui, rien de tel. Le froid paralyse la végétation. Les collines n’arborent toujours que leurs haillons gris et roux et tendent aux nuages les doigts hagards des arbres encore nus. Les bourgeons attendent.

Cela ne serait pas très grave si, de plus, la ville n’apparaissait pas à travers un morne voile gris-bleu. La pluie, faute de mieux, lave l’espace et la lumière, l’air est transparent, le paysage se déploie dans toute sa netteté, proche à le toucher. Mais pas ici. Pas dans la métropole. L’église sur la colline n’apparaît qu’à travers une brume bleuâtre, une vitre poussiéreuse, suffocante. Comme il y a soixante ans que les brouillards lyonnais ne sont plus qu’un souvenir, je crains de connaître l’origine de cette crasse. Un coup d’œil sur le site internet idoine : pas de doute, malgré la pluie, l’alerte pollution aux particules est toujours en vigueur…

La ministre de l’environnement promet que le sujet est à l’ordre du jour : les particules fines, massivement déversés par les moteurs diesel, seraient responsables de quarante-deux mille morts prématurées par an. Deux jours de temps stable se traduisent invariablement, en ville, par une alerte pollution. Les particules souillent la lumière, étouffent le cœur autant que le corps : nos paysages urbains ne connaissent plus le ciel bleu.

Pendant des années, on nous a vendu le diesel comme le plus sûr ami de l’environnement. Alors chut. Personne ne bouge.

L’industrie, le développement, vous comprenez. Le savoir-faire français, toussa.

Nous n’avons même plus le courage de dénoncer la disparition du ciel bleu.

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