Ecologie: osez le cisticolisme

Enquête sur une espèce qui fera le buzz demain (mais pas aujourd’hui, elle couve)

Elles sont partout. On ne voit, on n’entend qu’elles. De partout elles nous font signe – pst ! pst ! pst ! Elles, les Cisticoles. Qui sont ces influenceuses et que nous disent-elles ?

Je parie que vous n’avez jamais entendu parler de la Cisticole. Et je parie que vous l’avez entendue quand même. Ce minuscule bout de fauvette long comme un pouce, avec sa petite queue ronde, a dû vous passer trente-six fois au-dessus de la tête derrière les plages du Midi et du Sud-Ouest avec son chant passablement raclote entre parenthèses : « Pst… pst… pst… pst… » tout en voletant, un coup d’aile un cri, un coup d’aile un cri.

La surprise, c’est d’en trouver maintenant dans les champs, les prés, les talus d’autoroute, et même les ronds-points comme vil gilet jaune, genre elle paie son gasoil elle-même. Archi-commune dans les marais saumâtres, les roseaux, les lagunes, elle s’installe dans des endroits dont on devine vaguement comment elle peut les confondre avec son beau pays, mais de moins en moins. Ce n’est pourtant pas de la Fauvette à lunettes qu’on parle !

Le phénomène intriguait déjà les Anciens comme le prouve ce document rarement exposé, retrouvé en l’église Saint Georges de Reneins.

Une petite carte dira un peu mieux ce qui se passe.

Voilà, c’est simple, en fait. Elle est comme l’air chaud, elle monte ! Comme elle est sédentaire, avantage de passer sa vie au bord de la mer, à la faveur des hivers doux, elle avance, le long des côtes et de la vallée du Rhône. Bientôt, un hiver froid exterminera les hivernants les plus nordiques, comme en 2012, et la Cisticole, comme une vieille star de la chanson, fera pleurer ses yeux et fera ses adieux… et puis l’année d’après elle recommencera. Et le cycle repartira pour un tour. La Cisticole c’est le petit vélo dans la tête de l’avifaune du Rhône. Seulement, à force qu’on ne voie quasi plus la neige à Lyon, le cycliste ne chute plus. La Cisticole prolifère.

Elle se répand. On ne fait plus un pas sans la trouver.

La Cisticole est à la mode. C’est la hype de ce printemps encore plus que la sève de bouleau ou le gilet jaune. La Cisticole va faire fureur. Ne sortez pas sans votre cisticole.

La Cisticole affole les marchés. On murmure que la duchesse de Cambridge pourrait l’arborer sur son chapeau et Greta Thunberg sur son épaule.

Effet de mode, produit marketing, fête commerciale ? Abordons sans tabous la question de la cisticole.

1/ La Cisticole est-elle notre nouvel atout détox ?

D’une hype de l’été, on attend a minima qu’elle soit l’alliée de notre contrat minceur, notre atout séduction on the beach mais cette hypothèse s’écroule lamentablement. En effet, comme l’a chanté le Poëte :

« Elle descendait de la montagne en chantant une chanson paillarde, une chanson de collégien,

La Cispicole des joints, la cispicole des joints »

Avec un pareil CV, la Cisticole ne peut prétendre inspirer le moindre régime wellness, implémenter le moindre bien-porting, ni drainer les toxines superflues. Il va falloir chercher ailleurs l’allié de notre santé sur les plages et la manchette d’Elle magazine.

Voire.


Bientôt en kiosque pour être irrésistible dans les marais arrière-littoraux en revenant de la plage

2/ La Cisticole est-elle inclusive, citoyenne et républicaine ?

Sexes identiques, écologie opportuniste, associée aux joncs dont sont faits les faisceaux de licteur des insignes républicains, beaucoup trop petite pour servir d’enseigne à quelque parti de rôméchants que ce soit, humble, effacée, oubliée des empereurs et des princes de la terre et du reste passablement inconnue des petits comme des grands de ce monde, la Cisticole décroche haut la main plusieurs brevets de citoyenneté. On déplorera toutefois son incapacité à chanter la Marseillaise et à représenter la France à l’Eurovision. Mais tout n’est pas perdu pour faire la couverture de l’Obs ou de Libé.

Ou à défaut pour devenir le nom de baptême d’une école maternelle ou d’un terrain de football de grande banlieue.


Ça aurait de la gueule non ?

3/ La hype autour de la Cisticole sert-elle Emmanuel Macron ?

Face à la crise des Gilets jaunes, le Président Macron est apparu déterminé, et néanmoins isolé. L’élection européenne sera pour lui un véritable test. Sa politique ne semble pas convaincre les Français. Ses partenaires… euh, rien à voir avec la cisticole, en fait. La Cisticole, c’est une France la tête en l’air à chercher où peut bien être cette bestiole d’autant plus qu’elle peut être bassement planquée dans les vorgines alors même qu’elle continue à pst-pster comme si elle traçait des arabesques dans le ciel bleu. C’est la France qui folâtre. Bien qu’en pleine croissance, elle ne manifeste aucune envie d’entrée en Bourse. Elle ignore tout de l’inbound marketing. Son call to action est rudimentaire. Elle reste flaggée paludicole en contradiction complète avec son business plan beaucoup plus whitespread, tendant à en faire une espèce mainstream, ce qui nuit à son personal branding. Elle reste C to C (Cisticol To Cisticol). Sa carte de visite n’est même pas en anglais.

Entreprenante, opportuniste, adaptable, la Cisticole, cependant, ne dégage pas le moindre profit, ne rapporte pas le moindre sou, et d’ailleurs les startupers sont comme les autres, ils n’en ont jamais entendu parler.

La réponse est donc non. Prudence toutefois, car après les bélougas entraînés par la Russie pour espionner la Norvège, qui sait si le pouvoir ne pourrait pas envoyer des cisticoles harnachées de micros sur les ronds-points enherbés peuplés de manifestants ?

4/ La Cisticole a-t-elle pu mettre le feu à Notre-Dame ?

C’est peu probable. On connaît chez le Milan noir une propension à déplacer des brandons enflammés lors des feux de brousse, qui lui sont hautement favorables car ils laissent de nombreuses proies cuites juste à point pour ce gastronome. Outre qu’aucune Cisticole n’a été vue en Ile-de-France cette année, il est improbable qu’un piaf de dix grammes ait pu trouer la toiture en plomb pour l’incendier avec le mégot de son pétard. Ou bien il faut lui supposer de troublantes complicités. Ce qui nous ramène au point 3. A vous de vous faire une opinion, sachant qu’on nous cache tout, surtout les cisticoles dans les grandes herbes et les bouscarles dans les buissons.

5/ La Cisticole peut-elle coller des affiches Frexit de François Asselineau ?

La coïncidence est troublante. Comme elle, les affiches Frexit semblent s’être donné comme objectif de recouvrir la France entière depuis 2017, en suivant les routes, les ronds-points, les talus autoroutiers et autres milieux pionniers secs. Comme elle toujours, ces affiches opèrent leur conquête dans une indifférence blessante, passant inaperçues à force de toujours-là et de déjà-vu. Comme la Cisticole enfin, ces affiches se bornent aux slogans simples, indéfiniment répétés. D’ailleurs, en voici une qui chante, écoutez mieux, n’entendez-vous pas : « Frxit… Frxit… Frxit » ?

6/ La Cisticole menace-t-elle les racines chrétiennes de la France ?

Au point où on en est… Elle y rejoindrait pêle-mêle les méchants barbus de banlieue, les professeurs d’histoire en pull de Noël, la nourriture bio (a fortiori vegan), les minarets dépassant la hauteur de cinq pieds six pouces, les spectacles d’Alain Decaux sur la Révolution française, les kebabs dans les rues secondaires des villes moyennes, l’écriture inclusive, les normes européennes sur le dentifrice et les hipsters en trottinette (on ne se méfie décidément jamais assez des barbus). Après tout, elle remonte du Sud et sent le Midi à plein bec. Il devrait donc finir par se trouver quelque croisé pour se mettre (Charles) Martel en tête à son propos et réclamer d’énergiques mesures conservatoires et l’envoi des blindés dans les friches herbacées mal famées.


Ils sont même déjà en place mais la Cisticole n’aime pas la neige. La prise de risque est donc raisonnable.

7/ La Cisticole émet-elle des ondes dangereuses ?

Et si le chant de la Cisticole cachait une autre réalité ? Une étude américaine qui a mesuré le rayonnement de cisticoles californiennes a constaté l’émission d’une onde radio-électrique dont l’objectif, à l’instar du comptage de moutons, est d’engourdir l’esprit, d’affaiblir la vigilance et finalement de rendre le cerveau disponible à n’importe quel message, comme par exemple des vidéos Youtube sur le réchauffement climatique, la propagande de la NASA qui prétend être allée sur la Lune alors que le drapeau américain flotte ce qui prouve qu’il y a du vent devant Buzz Aldrin et tout un tas d’autres bêtises comme les écologistes qui nous disent que l’homme fait disparaître la nature. Un chant magnétique pire que Jean-Michel Jarre.

Selon d’autres scientifiques, mais chacun se fera sa propre opinion, dans la mesure où la Cisticole des joncs ne vit que de ce côté-ci de l’Atlantique, un scientifique américain serait bien en peine d’en dégoter en Californie et a fortiori d’en mesurer l’hypothétique émission électromagnétique. Mais qui sait ? Ils ont peut-être des cisticoles invisibles pour mieux diffuser leur inquiétant message. Je l’ai vu sur une autre chaîne Youtube.

8/ Est-il vrai que de nombreux scientifiques ayant étudié la Cisticole ont mystérieusement été réduits au silence ?

Oui. Moi-même, je viens d’être acheté avec des tartes à la praline. Je mets donc fin à cette investigation et laisse chacun libre de se faire sa propre opinion.

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L’irrigation au risque du hors sol

Je voudrais revenir ici, brièvement, sur l’affaire Sivens, ou plus exactement en élargir la perspective. Car je l’ai souvent vue mal posée, dans les articles qui ont fleuri lorsque les choses ont tourné au drame, et principalement sous l’angle « les écolos veulent empêcher d’utiliser l’eau pour nourrir les hommes ».

Premier point : c’est oublier qu’une zone humide n’a pas pour seule fonction d’offrir une réserve d’eau. On a là une lecture typique du productivisme : « l’environnement » comme réservoir de ressources, que l’on veut croire infini, mais qu’en tout cas, l’homme aurait vocation à prélever, pour un usage unique. C’est oublier que ce même « environnement », outre sa valeur intrinsèque qui ne sera pas l’objet du propos aujourd’hui, offre déjà à l’homme de multiples services lorsqu’il est en place et vivant. En l’occurrence, une zone humide « ça sert à » laisser s’épancher les crues, épurer les eaux qui y séjournent, et accueillir une biodiversité dont nous bénéficions par ailleurs. Mais pour cela, il faut la laisser faire son travail, c’est-à-dire ne pas la transformer en bassine et ne pas considérer l’eau qui s’y trouve comme n’ayant d’autre rôle qu’être puisée dans cette bassine et bue.

Second point – plus important. Nourrir l’homme est une priorité, c’est entendu. Cela nécessite, depuis le Néolithique, de produire cette nourriture, nous sommes d’accord. Maintenant, peut-on questionner un brin ce qu’on entend par culture, ce qu’on entend par nourrir : quelle production, pour qui, et comment ?

Posons alors la question autrement. Notre puissance technique nous permet, un peu partout – au moins dans les pays industrialisés où cette puissance est disponible en masse – de renverser la perspective historique de l’homme (et notamment de l’agriculteur) face à son environnement. Nous définissons notre projet sur des critères purement économiques – la production dont les cours sont les plus hauts, ou la plus subventionnée – mais de manière hors sol : à charge pour la technique de rendre le sol compatible avec le projet. Et si les coûts ne sont pas négligeables, alors présentons la facture à l’Etat (pour le coup, c’est un raisonnement « ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie »). Quant à la facture environnementale, elle ira également aux autres, par exemple aux communes du littoral vendéen assoiffées par les ponctions aux nappes dues au maïs en amont, ou aux conchyliculteurs dont la production est compromise par les pollutions de l’eau que les fleuves déversent dans leurs baies. C’est tout simple. La question de l’adéquation du projet au contexte pédologique, hydrique, climatique n’est plus posée : engrais, pesticides, irrigation compenseront leurs variations. Et notre agriculture marche, hors sol, sur ces béquilles.

Un mien cousin est depuis plus de vingt ans exploitant agricole dans le Roannais. Eleveur laitier, il produit la nourriture du bétail sur l’exploitation, et se fiait au départ aux itinéraires techniques classiques et notamment au maïs, mené à grand renfort d’intrants. Parmi ce qui lui fit un jour dresser l’oreille, il y eut ce voisin qui avait inondé son blé d’engrais azoté, au point qu’il lui fallut, quelques mois plus tard, l’abreuver de produit raccourcisseur de tiges. Son jeune blé dopé dans la production de verdure était devenu trop haut et n’aurait pas supporté le poids des épis : il aurait « versé ». Et il s’agissait bien là d’une conséquence directe de l’apport d’engrais initial, non d’une variété connue pour sa sensibilité à la verse…
Lassé de tels constats, le cousin s’est mis, selon ses propres termes, à « faire ronfler la calculette plutôt que le tracteur »… et à revenir aux sources : quelles sont les cultures qui viennent le mieux dans le pays ? Lesquelles sont les mieux adaptées au sol, au climat ? Conclusion : « ici, on est un pays d’herbage ! le maïs n’a rien à y faire ».
Son exploitation remodelée selon ces principes n’a jamais été aussi rentable…
Second exemple, encore plus frappant parce qu’il se passe en Afrique australe ; un exemple présenté par un agronome zambien, et jésuite par ailleurs, lors du colloque « Chrétiens et pic de pétrole ». Voici quelques décennies, des Canadiens étaient venus mettre en place des itinéraires techniques à l’occidentale – engrais et pesticides – pour les cultures de maïs et d’arachide. Au bout d’une quinzaine d’années, on dut s’apercevoir que malgré le déversement d’intrants, le sol ne répondait littéralement plus : rien ne levait. En outre, les pesticides passant rapidement dans les nappes phréatiques et de là dans les puits du coin, la population locale était tout aussi littéralement empoisonnée, de nombreux enfants souffrant de malformations graves… Que faire ? L’agriculture biologique est entrée en scène : plus d’intrants, mais des engrais verts, des cultures intermédiaires favorables aux insectes prédateurs des ravageurs, et tout un cortège de mesures destinées à favoriser les services rendus par l’écosystème local et à s’appuyer sur eux. En d’autres termes : des pratiques agricoles pensées pour s’enraciner, au propre et au figuré, dans le contexte biologique, pédologique et climatique du lieu afin de bénéficier de ses services, au lieu d’un système faisant table rase de l’environnement et se fiant à une technique coûteuse et polluante pour reconstituer les apports naturels perdus…
Le résultat est édifiant, et durable. En deux mots : ça marche. Ça marche, dans un contexte qu’on taxera difficilement de jardinet citadin pour bobos illuminés.
Cette approche, nous a dit cet intervenant, se répand en Afrique australe mais aussi en Europe.
Sauf en France. En France, rien ne change. On crie très fort, voire on écrase des ragondins pour assener que rien ne doit changer.

A-t-on posé ces questions à Sivens ?
Quelle agriculture est censée bénéficier du barrage ? Difficile de le savoir, tant on lit tout et son contraire. L’irrigation servira-t-elle réellement les petites exploitations, comme le maraîcher bio local ? Ou au contraire, la réserve sera-t-elle siphonnée par quelques gros céréaliers, qui parachèveront l’expulsion des autres systèmes agricoles ? A qui manquera l’eau captée et pompée en amont – dans la retenue ? Quelle sera la qualité de cette eau ?
Le moins qu’on puisse dire est que les études indépendantes ne sont pas favorables à l’ouvrage, et qu’il n’est pas du tout certain que le barrage apporte aux agriculteurs locaux la réponse aux problèmes qu’ils manifestent. A court terme, sans doute. Après quelques années, c’est une autre histoire.

A-t-on réfléchi avec eux à des perspectives agricoles adaptées au temps et au lieu, autrement que par un coûteux équipement qui risque fort, à moyen terme, de favoriser l’irruption du tout-maïs, lequel expulsera tous les autres, comme cela s’est produit dans de larges parts du Bassin aquitain ? A-t-on posé la question dans ce sens ? Sommes-nous prêts à la poser partout à notre agriculture ? Il y a pourtant urgence. Ne serait-ce qu’en raison des nouvelles contraintes imposées par le réchauffement climatique, qui ne sont d’ailleurs sûrement pas étrangères aux sécheresses à répétition dans la vallée du Tescou.

Tweetoizo n°6: la Cigogne blanche

#tweetoizo publié le 27/8/2014 sur @Taigasangare

DONG DONG DONG DONG DONG ou plutôt en l’honneur de notre volatile: CLAC CLAC CLAC CLAC CLAC

Préambule : ce #tweetoizo n’est pas sponsorisé par un office de tourisme de Haute-Alsace.

Nous n’en allons pas moins parler de la Cigogne blanche.

Je ne vous la présente pas, quand même. Par contre, s’il existe des Cigognes blanches, c’est qu’il y en a aussi des noires.

Bien deviné, mon cher Watson. Parlons-en brièvement : la Cigogne noire ressemble au négatif photographique d’une Cigogne blanche.

Elle n’est pas coloniale ni grégaire. Même en migration, on la voit le plus souvent à l’unité.

Elle niche dans les grandes forêts feuillues, où il est à peu près impossible de la débusquer. Elle est rarissime. Laissons-la de côté.

Notre Cigogne blanche, donc, part en automne, au printemps elle est de retour sur les clochers des alentours, et on la trouve en Alsace.

L’ennui, c’est qu’à peu près rien de tout ça n’est vrai. A tout le moins, c’est très incomplet.

C’est qu’il fut un temps où c’était vrai. Il y a une quarantaine d’années, la cigogne avait pratiquement disparu de France.

Pesticides, disparition des prairies humides, lignes électriques, chasse – notamment en zone d’hivernage… avaient presque eu sa peau.

On ne comptait plus que neuf couples en Alsace, un en Bretagne et un dans la Manche. C’était presque fini.

C’est là qu’eurent lieu les opérations visant à sédentariser de force quelques individus, pour les soustraire aux dangers de la migration.

Il y eut aussi quelques réintroductions. Aujourd’hui, on évalue la population française à pas moins de 1200 couples.

La Cigogne blanche a reconquis d’anciens bastions. Cliquez ici pour découvrir son domaine actuel.

Elle peuple désormais la plupart des marais arrière-littoraux, et pas mal de grandes plaines alluviales, dont l’Alsace bien sûr.

Les Cigognes blanches charentaises sont principalement originaires d’Espagne, et les autres, plutôt de la grande plaine d’Europe du Nord.

Pour en arriver là, bien sûr, il n’a pas suffi de réintroduire des spécimens ni même de les mettre « sous cloche ».

Ce résultat est d’abord celui de mesures de protection de son habitat naturel. C’est toujours la clé, quelle que soit l’espèce. #ecologie

On n’est pas les seuls à aimer la cigogne. Toute l’Europe s’y est mise, et cela porte ses fruits jusque chez nous.

Les zones humides sont un peu mieux préservées, on déverse un peu moins de pesticides, on a adapté les câbles électriques meurtriers.

On a aussi posé des plateformes, pour remédier à l’élimination des vieux arbres isolés où la cigogne aimait nicher.

Vous l’avez deviné : la Cigogne blanche aime la plaine avec ses prés humides, ses champs, et au milieu un large cours d’eau.

Elle a besoin de vastes horizons faciles à arpenter « à pied », riches en insectes, amphibiens, lézards, petits rongeurs.

Les petites proies sont gobées, et la Cigogne dégorgera ultérieurement, sur son aire, une volumineuse pelote de réjection.

Quant au nid, avant qu’on invente les clochers alsaciens ou les plateformes, un gros peuplier faisait l’affaire.

Le nid ! c’est le cœur de la vie de la Cigogne blanche. Elle lui reste fidèle et le renforce, année après année.

Un vieux nid peut peser un quart de tonne et accueillir des locataires tels que moineaux, étourneaux, voire Chouette chevêche !

Le mâle est en général le premier à le retrouver à la fin de l’hiver. Il le défend bec et ong… enfin pattes. Jusqu’au sang.

Quant à la femelle, on a des raisons de supposer que c’est aussi à l’appartement qu’elle est fidèle, plus qu’à son propriétaire.

La défense du territoire n’empêche pas l’espèce d’être coloniale. En Suède, des pylônes haute tension peuvent abriter six nids !

Tout dépend de la richesse en nourriture du territoire environnant. Si la table est servie pour tous, on s’accommode de voisins.

Voici mars, la saison des nids commence. Elle va se dérouler au son des castagnettes. #claclaclac

C’est que la Cigogne ne sait pas chanter, ni même pousser un traître cri. Elle se contente de claquer du bec avec vigueur.

Le sac gulaire – le même organe que la poche du bec du pélican – fait caisse de résonance. C’est très mélodieux. Enfin presque.

La célèbre posture tête renversée en arrière, bec vers le ciel, sert à la fois de « salutation » et de menace. Tout est dans le contexte.

La ponte compte généralement 4 œufs. L’incubation commence dès le premier œuf, d’où une éclosion asynchrone, quelque 35 jours plus tard.

Cela signifie que le cadet de la famille partira avec un sérieux handicap, parfois mortel, sur ses aînés déjà âgés de plusieurs jours.

Mâle et femelle, qui sont d’ailleurs impossibles à distinguer sur le terrain, assurent couvaison et élevage à parts égales.

Il leur faut rapidement ramener plusieurs kilos d’insectes et autres bestioles chaque jour pour nourrir tout leur monde.

Peut-être pour cette raison, les adultes nicheurs, sur les zones de gagnage, oublient les querelles de voisinage.

Tout le monde exploite en bonne intelligence les bons coins à grillons… et les décharges, une ressource très utilisée par certaines.

Le recyclage des ordures ménagères compterait même pour une bonne part dans l’expansion de l’espèce en Espagne.

Je vous passe les détails sur la façon dont la nourriture passe des adultes aux jeunes. Sachez juste que le culot (le cadet…)

… le jour où il ne se montre plus assez réactif, risque fort d’être assimilé à une proie et de passer à la casserole.

Au bout de huit à dix semaines, les jeunes décollent et se dispersent. Ils apprennent à se nourrir – seuls.

Au cœur de l’été, l’heure du départ en migration sonne. Notez bien : dans notre pays, le gros du passage des Cigognes c’est le 15-20 août.

Et donc quand votre presse locale titre un 20 août « Des cigognes ! Que c’est tôt, l’hiver sera précoce et rigoureux », c’est un gros mytho.

Le pis est que les cigognes ne passant pas inaperçues, une recherche dans leurs propres archives le leur eût appris.

Sans le savoir, ils auraient eu en main des données établissant la phénologie de passage migratoire de l’espèce…

Les voici en route. La cigogne vole, mais mal. En fait, comme les vautours, elle sait très bien planer, mais c’est tout.

Elle sait à merveille utiliser les ascendances et glisser de l’une à l’autre. Mais qu’il fasse gris et frais, et c’est la panne sèche.

Même chose en mer. La Cigogne blanche est incapable de traverser l’océan, ou même la Méditerranée, sauf à viser les détroits.

Ainsi, les Cigognes blanches d’Europe n’ont que deux voies possibles vers l’Afrique : Gibraltar ou le Proche-Orient.

Pour découvrir tout cela, on a massivement bagué les cigognes, avec des combinaisons de codes couleur lisibles sur le terrain.

Au tournant du siècle en France, il était même devenu rare de trouver une Cigogne blanche non baguée.

Les jeunes suivent les adultes pour apprendre la voie. En février, le retour sera plus direct et rapide. Droit sur les nids.

Le réchauffement et l’exploitation de nouvelles ressources permettent à un nombre croissant d’individus (~1000) d’hiverner en France.

Ne criez pas pour autant trop vite que « le réchauffement a des effets positifs » : il déséquilibre par ailleurs les chaînes alimentaires.

D’autre part, la cigogne n’est pas tirée d’affaire. Pesticides, lignes électriques mais aussi braconnage…

… pèsent comme autant d’hypothèques sur son avenir. Chaque année, des énergumènes tirent des cigognes…

… ou vont tronçonner le support d’un nid, « pour emmerder les écolos ».

C’est ainsi. une espèce menacée ne se refait pas la cerise toute seule, cela nécessite patients efforts et vigilance constante. #maugrey

Pour encore quelque temps, vous pouvez voir passer les migratrices au-dessus de la France…

Vous pourrez alors, avant de courir saisir la donnée sur votre Visionature local, avoir une pensée pour tout ce qui nous les a ramenées.

Merci d’avoir suivi ce #tweetoizo et à très bientôt pour découvrir un autre migrateur, beaucoup moins connu !