En finir avec la pensée à réaction

Scène quotidienne.

C’est le soir. Ma journée de travail est finie, je n’ai pas de réunion. Je pourrais prendre un livre ou bien me plonger dans la rédaction d’un article. Je pourrais tâcher de mettre en forme l’une ou l’autre de ces réflexions qui ont tourbillonné dans la journée. Il en sortira peut-être quelque chose.

Je choisis cette option, m’installe à l’ordinateur et ouvre un fichier texte.

A peine le temps d’y penser… et j’ai déjà, en un éclair, glissé sur la fenêtre de mon navigateur et de là, sur Twitter.

A la recherche d’une info à laquelle réagir.

Pesamment, comme on se laisse tomber sur une chaise.

Pour la millième fois.

Je n’ai pas fait partie des internautes les plus précoces, mon premier forfait (deux heures en 56k) remontant à fin 1999.

Depuis, j’ai connu les listes de discussion, les premiers forums, ceux où il était si rare que deux personnes fussent connectées en même temps qu’elles se faisaient alors coucou dans un message. Puis, à peine deux ans plus tard, des sites dont l’activité ne baissait réellement qu’entre deux et cinq heures du matin. Bien des années après seulement vinrent Facebook et Twitter et je ne suis pas encore allé au-delà.

Mais chaque fois c’est la même chose, la même tentation, que j’appellerai la perte d’initiative intellectuelle.

Réagir, ne plus faire que réagir.

Au temps des forums, cela consistait à traquer sans relâche la petite icône en couleur annonçant la bonne nouvelle : il y a des nouveaux messages ! Du neuf, de la matière à laquelle réagir, peut-être une réponse à mon message, du grain à moudre, de la nourriture en somme ! Au point de presser sans relâche la touche F5 de son clavier pour rafraîchir la page et espérer. Facebook et surtout Twitter, avec leurs « notifications », ont exaspéré le phénomène jusqu’à la frénésie. Faites le test : n’éprouvez-vous pas une légère pointe d’adrénaline – en vrai, il s’agit, je crois, de dopamine – lorsqu’enfin, la petite lumière orange ou rouge s’affiche à l’endroit signalant sur votre écran d’ordinateur, ou pis, de smartphone, l’arrivée « de notifs » ? Et lorsqu’il n’y en a aucune, cette vague d’ennui, proche de l’abattement ! Et nous voilà drogués au ping-pong virtuel.

Jusque-là, me direz-vous, rien de bien grave, pas grand-chose de plus que l’amour de la palabre qui trouve un nouveau support.

L’ennui, c’est la phase qui vient après (ou en même temps) : la difficulté croissante à être soi-même à l’origine de l’échange. C’est-à-dire à se montrer créatif, a fortiori créateur.

C’est inévitable. Dès que nous dépassons une deucentaine d’abonnés, Twitter nous bombarde d’informations, et pis encore, de réactions – rarement paisibles – à ces mêmes informations. Un arrosage permanent de matière à… réaction. En une ou deux minutes maximum, nous sommes certains de recevoir au moins un ou deux messages qu’il nous démangera, nous brûlera les doigts de commenter. Quand ce n’est pas dix ou vingt. Et c’est parti ! Comme un skieur de randonnée qui au lieu de poursuivre la montée, se laisserait à chaque fois attirer par l’alléchante perspective de redévaler la pente à fond les ballons.

Le problème, c’est que celle-ci est déjà une réaction.

C’est pour cela que je parle d’abandon de l’initiative : trop souvent, nous réagissons, rebondissons, nous répondons, souvent à des propos qui eux-mêmes sont déjà non pas des faits mais des interprétations de faits, des liens assortis d’un commentaire, une titraille non neutre, que sais-je. D’autant qu’avec Twitter règne la punchline : la formule choc, bien tournée, cinglante, mais toujours simplificatrice, et souvent simpliste. Un trampoline à réactions, qui le seront tout autant. Taillée à la serpe, elle ne se prête pas aux commentaires nuancés : ce n’est tellement pas son but que ce serait presque ridicule. Genre : « mais bien sûr que ce n’est pas exactement ce qu’il pense, on le sait… »

Oui. Sauf qu’il n’est plus proféré grand-chose d’autre que des punchlines. Fut un temps où il existait des slogans, simplistes et assumés comme tels, et à côté, des discours. Des propos avec un peu de contenu. Oh, je sais, ça fait bien vingt ans qu’on se plaint d’en manquer. Alors disons, plutôt que « par le passé, il y avait », « il devrait y avoir ».

Cette campagne présidentielle, par exemple, qu’a-t-elle été sinon un flot de formules choc pour pensée à réaction, sauf peut-être chez un certain candidat qui leur a préféré les flots de brassage d’air d’une bonne vieille hélice ?  Et nous tous de sautiller sans fin sur ce trampoline de verbiage. Contrairement à l’avion du même nom, la pensée à réaction va vite, mais pas loin; elle ne sait pas où elle va et oublie vite d’où elle vient. Mais elle est si enivrante !

Il nous en est donné tant d’occasions que nous nous engouffrons dans cette facilité… au point d’assoupir notre capacité à créer, initier, lancer, fonder quelque chose par nous-mêmes. Il faudrait que… que j’écrive enfin cette note de blog, que je propose cet atelier de réflexion, que je lance ce projet… Et hop ! je me retrouve sur Twitter à faire ou regarder défiler les nouveautés. Et très vite, j’ai sur la langue le petit goût acidulé du tweet-en-réaction-à, parce que quand même je ne peux pas laisser dire ça.

Au point de peiner, réellement, lorsqu’il faut pour de bon se presser le cerveau pour produire du nouveau. On répond, mais aussi on imite, on pastiche, parfois sans s’en rendre compte, bref, l’imagination s’atrophie.

Notre capacité d’analyse n’en sort sans doute pas indemne. J’ignore absolument si la chose est réversible. Sans doute oui mais à condition d’un bel effort.

Il est trop tard pour cette élection, j’en conviens. Quel que soit son résultat – et je prie d’abord pour qu’elle se déroule sans drames – il n’y aura pas que la politique à refonder ensuite. Ni même le débat. Il va falloir s’occuper, carrément, de la pensée.

Descendre du trampoline et recommencer, tous, à oser prendre le temps  de penser. Malgré les urgences. C’en est une.

Penser autrement qu’en réaction. Poser, peser. Reprendre son propre rythme de construction et plaquer là l’urgence de « ne pas laisser dire ça ».

Pourtant, depuis l’invention des forums de foot au milieu des années 90, nous savons à quel point ça ne sert à rien. Et puis ? Des chefs d’État, et non des moindres, s’écharpent sur Twitter comme des supporters de moins de quinze ans la veille d’un derby. En est-il jamais sorti quoi que ce soit ? Non, et pas besoin d’attendre encore vingt ans pour le savoir.

On l’appellera Prince de la paix

Tout ça pour ça ?

Trois ans et demi de présence sur Twitter, presque trente et un mille tweets, ce qui représente mille deux cents pages Word.

Des followers, des followés, des bloqués, des unfollow.

D’innombrables réactions.

Pour quoi ?

Aucune idée. Ni d’ailleurs aucun moyen de le savoir.

J’ai le sentiment très net, depuis septembre, que l’atmosphère sur ce réseau est encore plus violente que dans le semestre précédent. Et cela n’ira pas s’arrangeant.

Car la méchanceté brûle comme un feu, dévorant épines et ronces, enflammant les taillis de la forêt qui tourbillonnent en colonnes de fumée. Par la fureur du Seigneur de l’univers, le pays est en flammes. Le peuple devient comme la proie du feu : nul n’épargne son frère. On découpe à droite, et l’on reste affamé ; on dévore à gauche, on n’est pas rassasié ! Chacun dévore la chair de son prochain.

Vous avez reconnu ? C’est Isaïe 9. Oui-oui-oui, le même chapitre que le soir de Noël. C’est exactement seize versets plus loin que celui qu’on entend avec tant de bonheur, celui qui proclame : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Étonnant, non ? On préfèrerait le contraire. Commencer par l’énoncé du péché et de la colère, et passer ensuite à la lumière de l’espérance et du pardon. Et puis en vrai, c’est ce qui s’est passé. Manassé, Éphraïm et Juda se sont bien entredévorés, Assour en a bien fait des brochettes, et à la casserole les rois et le Temple. Et tout de même, il y a eu le retour d’exil, les filles portées sur la hanche et tout et tout, et puis le Sauveur.

Oui, mais là nous sommes prévenus, maintenant, il ne reviendra qu’à la toute fin. Et ce n’est pas la peine d’essayer de pousser à la roue. Nous aurons beau ouvrir les vannes et déverser toute notre colère, ça ne hâtera pas la fin d’étang.

Le hâter non, mais le préparer, ça tombe bien, c’est la saison. Dites, on a déjà passé le deuxième dimanche de l’Avent. On ne le voit pas passer, occupés à découper à droite et dévorer à gauche.

On tweete, notamment. On ne laisse rien passer. Il s’agit de ne pas laisser d’espace politique à Manassé, de remporter la primaire d’Éphraïm et de dénoncer le projet des méchants pour Juda ! De dénoncer comment Éphraïm est un danger pour la famille et Manassé pour l’économie ! Guerre ! Dissidence ! Résistance !

Ce n’est pas trop ce qu’on trouve dans les versets qu’on aime bien de ce chapitre neuf. Et si l’on se risque au chapitre dix, on verra – on pouvait s’en douter – à quoi cela nous mène, ces joutes, ces entre-déchirements, ces explosions de colère, ces réactions aux réactions aux indignations des réactions : à rien.

On a beau formuler de bonne foi d’excellentes raisons, ça ne sert à rien.

Les hommes ne cessent de répéter que quand les temps sont durs, il faut des hommes durs. Des vrais. Des qu’en ont. Des à poigne, qui n’hésiteront jamais à écraser qui que ce soit. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, n’est-ce pas ?

Des chefs de guerre.

Et où cela nous a-t-il menés ? à rien.

A recommencer encore et encore.

Heureusement qu’il ne se lasse pas non plus, lui, de venir, lui, le prince de la paix.

Nous avons besoin d’air ; et ces jours-ci nos villes en manquent. Nous avons besoin d’eau ; elle est souillée pour la moitié de la planète. Nous avons besoin de nourriture : on meurt de faim, de malnutrition, ou de « malbouffe », au bout du monde et aussi au coin de la rue.

Mais avant tout nous avons besoin de paix. Nous, chrétiens, n’avons aucune excuse pour l’ignorer : la vraie force, la seule victoire qui vaille parce qu’elle engendre la paix, ce n’est pas celle du général machin, ni des combien-de-divisions-blindées. C’est la crèche, la croix et le tombeau vide.

Voilà l’Évangile que nous devons annoncer. Et pour l’annoncer, il faut en témoigner. Que ça se voie. Que la paix et la Vie rayonnent sur nous.

Est-ce que mes 31 000 tweets ont préparé la venue du Prince de la paix ? Si vous voulez bien, nous allons chacun garder la réponse pour nous. Par contre, je vais essayer de faire mieux. Oh, je ne me fais pas d’illusions, je vais tenir deux heures.

Enfin. Sait-on jamais. Tout est grâce.

Je vais essayer, quand même, de me poser la question, avant chaque tweet.

Est-ce qu’il pave ou entrave la route du Prince de la paix ?

J’espère qu’Il n’a rien contre les calembours, au moins.

Le ton, c’est bon ? Pas si sûr.

C’était une remarque, au détour d’une réunion-repas-on refait le monde jusqu’à minuit, à propos de certains sites, de certaines revues. Comment lit-on, comment écrit-on, aujourd’hui, dans le domaine, disons, de l’actu et de la politique au sens le plus large ? Souvent revient cette remarque « les idées sont intéressantes, mais le ton me gêne ».

En particulier, la généralisation du ton très engagé, très polémique, que l’on retrouve surtout, justement, sur les blogs, mais qui en déborde largement sur un nombre croissant de médias. Ce que j’appellerais le ton réseaux sociaux, le ton Twitter. Oh, Twitter, je ne le connais que depuis deux ans, et encore, dans certains réseaux, spécifiquement politiques et militants. Ce n’est pas forcément représentatif. Mais je constate à quel point, à force d’y baigner, il modèle et uniformise notre façon d’appréhender les divers sujets d’actualité ou de fond, et surtout notre manière de les traiter.

Au diable la démonstration solidement bâtie à tous les étages : c’est trop long ! Qui lit un article de blog long de quatre pages ? Le lecteur veut foncer. Il cherche les sous-titres, les extraits mis en exergue. A terme, c’est toute la profondeur de traitement qui souffre. Ce n’est pas très grave sur un blog, ce l’est davantage de la part de médias plus assis. Encore faut-il que nous, lecteurs, manifestions notre demande d’information fouillée, posée, mesurée.
Revenons du côté « auteur ». A force de ferrailler en cent quarante caractères, on a vite fait de chercher la formule qui tue, l’aphorisme qui porte l’estocade, le retour cinglant qui brise l’échange interminable et stérile. En tout cas, je l’avoue, je balance sans cesse entre l’argumentaire construit et le pamphlet polémique, l’éloquence à coups de sabre, pressée, tranchante, guerrière, sans réplique. Mais en règle générale, celle-ci ne séduit que les convaincus et nous enferme dans le piège numéro un des réseaux sociaux : croire que nous sommes entendus du monde entier, alors que nous ne touchons, à de rares exceptions près, que notre clan.

Confrontation de points de vue sur Twitter, allégorie (XIVe)

Confrontation de points de vue sur Twitter, allégorie. British Library, XIVe.

Ce n’est d’ailleurs pas qu’un problème de ton, mais aussi de références (ou de référentiel). A force de ne parler qu’entre nous sans nous en rendre compte, nous finissons par croire universellement partagées des références de plus en plus claniques. Dans le cas le plus anodin, c’est une blague typique de twittos qui va tomber à plat lors d’un repas familial (par exemple lâcher « #Gender ! » entre la poire et le fromage en oubliant qu’on est le seul de la tablée à savoir ce qu’est un hashtag). Au pire, c’est un article qui sera totalement incompris ou le message tout entier d’un courant, d’une association, qui ratera constamment sa cible, parce qu’il aura manqué, entre l’émetteur et sa cible désignée, le tout dernier maillon de la chaîne, le barreau supplémentaire qui permet d’attraper l’échelle.

De cet ordre, par exemple, est l’absurde marronnier de Noël relatif aux fraternisations dans les tranchées, ce « tabou de l’histoire de France ». Un tabou qui figure même dans certains historiques officiels de régiments, voire des journaux de marche ? Un tabou évoqué par la plupart des récits et carnets de soldats ? Un tabou, décrit pleine page et richement illustré jusque dans un documentaire junior que je feuilletais à l’âge de dix ans, une vingtaine d’années donc avant le célèbre (et bien naïf) film sur le sujet ? Non. Juste quelques personnes ignorant tout – mais vraiment tout – de l’histoire du premier conflit mondial et qui ont extrapolé leur inculture à tout le pays, forgeant le mythe d’un « tabou jusqu’au début des années 2000 ».
Il est vrai qu’un article se vend drôlement mieux avec le mot « tabou ». Il attire l’attention sur nous. Même fumeux, il nous grossit héros de la liberté, lanceurs d’alerte. Que d’informations non vérifiées, que de « scoops » qui ne révèlent en fin de compte que notre méconnaissance du sujet, et en fin de compte, que d’articles « choc » qui, là encore, le seront lus que par les convaincus.
Certes, il a de grandes chances d’être très lu, très partagé, très retweeté. Toujours par les mêmes.

Prenez ce blog-ci, par exemple. Il aura bientôt deux ans et pourtant ses statistiques plafonnent dans l’insignifiant : dix à vingt visites par jour. Trente à cent (vraiment au mieux) les jours de publications. Et bien souvent les mêmes lecteurs. Au-delà de ces fidèles, pas grand-chose. Alors qu’il s’agit, bien entendu, du blog le plus extraordinaire de toute la cathosphère, n’est-ce pas ? (fuite éperdue sous un barrage de tomates du Maroc du premier janvier, pas mûres et très dures)

Mais du point de vue de la cause que nous cherchons à promouvoir parce qu’elle nous paraît bonne pour tous, l’article bien senti, acéré comme une lame, et bien… il ne servira à rien. Tout au plus à dresser notre clan contre les autres, à durcir les clivages dans un pays qui hurle déjà sa douleur d’être divisé, déchiré, éparpillé façon puzzle.
Mais à initier un échange, un dialogue, une rencontre ? A convaincre, à convertir, à faire changer d’avis ? C’est presque impossible.

D’ailleurs, revenons un peu sur notre propre parcours dans ces Quelquechose-Sphères… Combien de fois (et plus que jamais je m’inclus dedans) avons-nous changé d’avis, revu notre position, évolué dans nos convictions à la lecture d’un article venu du « clan d’en face » ? Dans combien de cas nous sommes-nous convertis ?
Cela existe. Il serait d’une idiotie péremptoire de prétendre le contraire. Mais c’est bien rare.

Sur nos réseaux, l’autre est l’ennemi. Me mettant à suivre un compte twitter du registre « écologie, cause animale, vegan » je m’entendis immédiatement répondre « Tiens, je me retrouve follow par un mâle blanc suprémaciste éleveur de portée humaine, la seule autorisée à pulluler » (sic). Ma foi… L’autre est l’ennemi et la différence – hormis superficielle – terrorise : on la voit ferment de guerre. « Parler à quelqu’un, c’est normaliser, légitimer, approuver ses idées alors qu’elles nous répugnent » – et voilà comment la confrontation des idées, socle fondamental de tout progrès, de toute démocratie, devient, au nom même de la démocratie, une monstruosité à combattre.

Que pouvons-nous y faire ? Peut-être descendre de son piédestal le sacro-saint coup de gueule, délaisser la polémique pour la discussion, la mobilisation pour la rencontre. Entre la « pensée unique » et la fourmilière de tribus en guerre, fières de « ne pas discuter avec » ceux-ci ou ceux-là, il y a place pour une troisième voie, c’est même la plus répandue, celle que nous n’aurions jamais dû quitter. Le bâton de pèlerin plutôt que le sabre d’abordage. En ce temps de Noël, ce serait une bonne idée, non ?

Faire ce que Lui veut

Je ne connaissais rien à Marthe Robin avant que notre route ne nous fasse passer par Châteauneuf-de-Galaure il y a quelques jours, pour de bien autres raisons. Et je n’en connais toujours pas grand-chose.

Nous avons fait le crochet jusqu’à sa ferme. Nous avons pu entrer prier dans sa fameuse chambre, environ cinq minutes. Un miracle. Appelées ailleurs, les bénévoles s’apprêtaient à fermer temporairement les lieux. Arrivés dix minutes plus tard, nous nous cabossions le nez pour rien.

Au lieu de quoi, nous avons pu accéder à la chambrette, figée « telle qu’à l’époque » et rejoindre trois personnes déjà en prière face au lit de la peut-être future bienheureuse. Avant cela, quelques panneaux informatifs avaient quelque peu éclairé mon ignorance. Une citation, que je me garderai de reproduire de mémoire, éclairait l’amour brûlant qu’éprouvait Marthe Robin pour Dieu en Jésus-Christ.

Voilà des mots qui me laissent toujours perplexes. Ils sont si facilement abstraits. On les croirait sortis de quelque cathotron – vous savez, ces générateurs imaginaires (ou non) de phrases toutes faites à base de pièces prêtes à l’emploi, qui, selon le préfixe, vous offre une prière universelle, une note de service, un reporting de full success de business plan ou un discours de président de la république. Je peine à leur trouver quelque sens, quelque réalité. N’est-ce pas une construction intellectuelle, une cent millième ratiocination sur des abstractions ou les versets les plus alambiqués de quelque épître ?

Et en fait, non. Parce que si c’était juste ça, cela n’aurait jamais suffi à maintenir en vie une personne atteinte de méningite, à lui donner de rayonner comme elle l’a fait depuis sa chambre de malade. Qu’on doit ruminer, quand on est cloué au lit une vie entière !… Qu’on doit vouloir tout envoyer balader. On ne se paie pas de mots, de grandes phrases, ni d’homélies abstruses. On ne se ment pas, ou alors pas bien longtemps.
Il fallait donc que tout ceci ait assez de sens, assez de force pour la faire vivre, et bien plus encore : pour la rendre assez débordante d’amour pour qu’il en soit porté jusqu’aux extrémités de la terre.

Je n’ai toujours pas compris, je veux dire : ressenti, éprouvé, intégré, ce concept toujours aussi bizarre. Je ne sais pas si j’y arriverai un jour. Mais au moins, je peux être sûr qu’il est vrai. Quand on voit un arbre, on ne peut plus nier qu’il y ait des graines.

J’ai repensé à « tout ce que nous faisons ». Paroisse, diocèse, associations. C’est très facile de dire que nous le faisons par amour – pour nos frères, pour le Christ, toussa toussa. C’est le but, en tout cas. Mais j’aimerais le ressentir, plutôt que le penser, parfois. C’est qu’on a vite fait de dériver.

Une note de blog qui circule un peu. Une « conférence » sur la paroisse. Une invitation à dire quelques mots, en fin de table ronde, devant une grosse centaine de personnes. Un article large comme une paume de main dans un journal catholique. Wahou ! Avoir sa photo dans les journaux, c’était, pour nos grands-parents, le symbole de la gloire. C’est beaucoup plus facile aujourd’hui. Magie des « réseaux » qui favorisent la rencontre des personnes qui ont des choses à se dire, on accède sans effort et en un rien de temps à ce premier palier de vague « notoriété ». Du haut de ses quelques centaines de followers, on se met déjà à se prendre pour quelqu’un qui compte.

Et on est déjà en train d’oublier ce qui compte. En train d’oublier pour quoi on s’était lancé là-dedans. En train d’oublier pour Qui.

Nos trois grains de blé nous paraissent de vastes greniers bien garnis. Encore un peu et on n’agirait plus que pour ça : rentrer du blé. Augmenter ses followers et ses stats. Se faire connaître pour soi-même. Se croire connu. Se fantasmer en personne-référence. Rechigner quand on n’a pas été invité à tel événement phare de notre domaine. Pérorer avec toujours plus d’assurance et de certitude. Se féliciter du chemin parcouru, alors qu’on a été porté.

Faire ce que nous voulons et non pas ce que Lui veut.

Si, vraiment, nous L’aimons, alors nous ne devrions même pas avoir à redouter cette pente savonneuse.

Rien de cela, jamais, ne nous viendrait à l’esprit. Est-ce que cela venait à l’esprit de Marthe Robin ? En tout cas, il n’en a rien percé. « Donne-moi seulement de T’aimer.»

Devoir de retweet, dictature de l’instant ?

L’actualité mondiale n’est jamais rose, mais elle bat quelques records. Nous ne cessons d’en égrener la morne litanie.
D’autant qu’elle ne cesse de s’allonger : Irak, Palestine, épidémie d’Ebola, Ukraine, séisme en Chine, famine au Soudan du Sud, et même des tragédies oubliées en Papouasie…
Alors comment oser bloguer écologie, nature, contemplation, ou même prière pour un autre sujet que les victimes des déchaînements de haine du Moyen-Orient ou les souffrances de l’Afrique ? « Indécent » ! Comment peut-on se consacrer à un engagement autre que celui-ci ? Malaise. Oui, malaise. D’autant que la sphère médiatique, et notamment électronique, compte les points : « vous n’avez pas retweeté tel article ! vous n’avez pas pris position sur ceci, sur cela ! cela ne vous dérange donc pas ? »

J’avoue mon désarroi face à cet impératif de relayer à cadence imposée des informations qui le sont déjà en masse, qui se rapportent toutes à un même fait brut, pour « montrer sa solidarité » ou sa préoccupation. Un témoignage de persécuté, un appel au secours à relayer… certes ! mais cent par jour ? et à l’exclusion de tout autre sujet ?
Qu’est-ce qui nous pousse à cette activité, en fin de compte ?

Bien sûr, il existe une évidente dimension politique. Les prochaines élections sont loin, les sondages monocordes, et les manifestations, même massives et durables, rarement prises au sérieux par les gouvernements. Les réseaux sociaux sont donc devenus une forme de rue numérique où les citoyens peuvent aisément signifier, en public, leur préoccupation, et même interpeller leurs élus. Et ainsi le gouvernement français a-t-il fini par se rendre compte que le terrible sort des chrétiens d’Irak et des yézidis ne laissait pas la France indifférente. Rien que pour cela, ces prises de position numériques sont nécessaires, quelque dérisoires et peu coûteuses qu’elles puissent paraître.
Encore le résultat est-il bien décevant, mais les desiderata des citoyens ne sont manifestement pas seuls dans la balance sur laquelle nos gouvernements successifs pèsent le pour et le contre. Terrible constat d’impuissance : à moins de solutions extrêmes quelque peu ridicules, du genre rejoindre les troupes kurdes en emportant son pistolet à bouchon personnel, « faire pression » sur notre gouvernement en clamant notre volonté de voir la France s’engager est le seul levier dont nous disposons en tant que citoyens anonymes. S’il est grippé ou rompu, il n’est guère d’action concrète efficace à notre portée.
Nos évêques, forts de leur fonction et notoriété, en ont un autre, et ils en usent, avec un courage bien mal récompensé jusque-là. Mais cela marche justement parce qu’ils sont évêques. S’il me prenait fantaisie de débarquer à Bagdad au secours des chrétiens, cela leur ferait, j’en ai peur, une belle jambe.

Alors, lorsque l’impact politique espéré déçoit, pourquoi continuer à tweeter #gaza ou #irak de manière aussi massive, et surtout, ne tweeter que cela ?

On ne manquera pas de bilieux (on n’en manque jamais, de toute façon, quel que soit le sujet) pour trouver à l’affaire une dimension narcissique – poser en roi de la compassion – ou une volonté d’apaiser sa bonne conscience. C’est vrai. De combien de causes ne sommes-nous solidaires que le temps d’un clic ou d’un retweet, qui suffit à nous satisfaire ?
Nous satisfaire ? Voire. Je laisse à Dieu, qui sonde les cœurs et les reins, de discerner en chacun. Je ne sais pas quel trouble, et quel engagement réel il y a derrière la pointe d’iceberg qui m’est visible sous la forme d’un « like » ou d’un retweet. En pariant sur l’hypocrisie de mon frère, en l’imaginant enclin à faire taire sa conscience à si peu de frais, après tout, j’en fais autant. Car moi aussi, je me contente souvent de cet acte moins que minimal, et il me plaît de croire que pas grand-monde ne fait mieux : en fin de compte, c’est ma conscience que j’ai rassasiée…

L’ennui est que si mon frère n’a pas liké la page, je lui tomberai sur le poil. Retweetez l’article, vous êtes un hypocrite qui croit s’en tirer à si bon compte. N’en faites rien, et vous êtes un monstre d’insensibilité.

Il en va de même de la prière. Une « action » fort décriée, parfois même chez les chrétiens, dont toute une frange éprise d’activisme humanitaire l’a longtemps assimilée, pour le coup, à la mesquine bonne excuse de celui qui ne veut rien faire. Une telle vision de la prière en postule, du reste, l’inefficacité totale par définition, attitude déroutante de la part de croyants. Mais passons ! « Seigneur, ouvre mon ordinateur, et mon clavier tweetera ta louange » ? Faut-il alors faire sonner devant soi de la trompe sur la toile, ou bien se retirer dans le secret de sa maison, au risque de renoncer au courage de témoigner ?

C’est que sur les sacro-saints « réseaux sociaux », la parole fait l’homme et surtout, le résume. Nous n’y sommes rien de plus que ce que nous écrivons. Et écrire ne coûte rien, qu’un peu d’électricité. Seules sont relayées les actions à caractère peu ou prou public, et si tel twittos consacre nombre d’heures hebdomadaires à quelque Foyer des sans-abri, nous n’en savons rien. Nous n’en savons rien, c’est-à-dire que nous le jugerons comme s’il n’en était rien.
Chacun de nous finit par devenir un simple nuage de tags, sur lequel nous nous jugeons. Un pseudo, quelques mots, une enveloppe, une case…
Après avoir soigneusement exclu de notre jugement tout ce qui pourrait constituer l’homme derrière ce brouillard de mots !

S’agit-il alors de manifester un « ordre de priorités » ? Mais priorité n’a jamais été exclusivité. Et Dieu merci, ce n’est pas parce qu’un pays s’enflamme que c’est toutes affaires cessantes qu’il faut voler à son secours : nous retrouverions bien vite dans notre dos d’autres calamités, engendrés en peu de temps par notre concentration sur un seul sujet. Et, rendons-en grâce de nouveau, nous sommes encore assez nombreux pour que chacun de nous ne soit pas acculé à abandonner son combat, son engagement, à chaque fois qu’il s’en manifeste un nouveau. Les associations humanitaires le savent bien, rien n’est pire que le « sujet à la mode » lorsqu’il accapare par le brûlant de ses images les dons et les préoccupations : pendant ce temps, d’autres fléaux plus feutrés, mais tout aussi meurtriers, continuent à frapper sans relâche.

Venons-en à la dimension exclusive de la ou des actualités à la une. Faut-il systématiquement tout lâcher à leur seul profit ? Peut-il être audible ou décent, parmi ce chorus, de parler d’autre chose ?
Dimanche dernier, dans une paroisse des Alpes, monsieur le curé a clairement répondu par la négative, au cours d’une messe au cours de laquelle il nous a « invités » à une demi-douzaine de reprises à nous présenter devant Jésus tout perclus de honte pour notre égoïsme : « nous reconnaissons que le drame des enfants affamés en Afrique, des enfants bombardés à Gaza doit nous faire relativiser nos petites misères ». De « petites misères » que naturellement il est exclu de présenter à un monsieur Jésus qui dit à ses disciples « donnez-leur vous-mêmes à manger » (à la foule) et qui, après cela, seulement, distille son amour et son pardon à ceux qui ont bien travaillé pour les grands affamés de la Terre. (On n’explorera même pas l’hypothèse que parmi la communauté, il pût se trouver tel fidèle atteint d’une maladie incurable ou affecté par quelque autre drame : il se fût trouvé invité lui aussi à relativiser ses petites misères, n’étant même pas sous les bombes, enfin, voyons !) Ainsi, seuls les plus grands drames seraient dignes de compassion, motifs à action, et justifiant d’être présentés au Christ.

Etrange ! il ne me semblait pas que parmi les paroles du Christ ressuscité, on trouvât quoi que ce soit approchant en substance « avec ce que j’ai souffert, désormais, vous relativiserez vos pauvres petits problèmes d’égoïstes »…

Au-delà des pénibles cas de conscience qu’engendre la tarte à la crème de la hiérarchie des souffrances et de la « relativisation », il ne faudrait pas oublier le syndrome du « dossier sous la pile ». Vous savez, celui qui est toujours là, parce qu’il est grave, permanent, toujours d’actualité, et par cette permanence même, moins « brûlant ». Plus feutré, pas toujours aussi spectaculaire qu’une explosion de barbarie… et c’est ce qui le rend si dangereux. Toujours masqué par nos Unes, il finit par se faire oublier, comme une bombe à retardement, et je m’excuse de la platitude de la comparaison.
D’autant plus grande est la tentation de l’oublier qu’il autoriserait, lui, quelques actes efficaces : la crise écologique est de ceux-là, naturellement. Tout comme la malnutrition planétaire – qui a, de plus, tout à voir avec le dossier précédent… Et bien d’autres encore, dont on trouverait de même que les uns plongent leurs racines dans les autres, sans céder à l’illusion commode d’une cause unique actionnable comme un interrupteur.

Alors que faire ?
Si j’avais la réponse ! (vous voilà bien avancés ! vous avez lu jusque-là pour ça !)

Fuir ? renoncer quelque temps ?
C’est sans doute nécessaire par moments. C’était l’objet de mon pénultième billet. Reconnaître nos limites d’individu isolé à porter ou contrebattre toute la souffrance que nos divers canaux nous déversent.
Agir, mais en silence et en secret ? « Le bien ne fait pas de bruit »… ce proverbe, j’en ai peur, a pris de l’âge. Il renvoie aux temps d’avant l’ère de l’information. Le « bien qui ne fait pas de bruit » est désormais nié, ce qui compromet sa capacité à mobiliser, et finalement, sa réussite. A s’interdire le plus modeste témoignage, on reste seul, impuissant, jusqu’à jeter l’éponge, aigri de n’avoir pas été suivi, sans avoir jamais rien tenté pour cela : comment être suivi si l’on est invisible et silencieux ?
Cesser tout à fait de relayer les tragédies du temps ? Bien sûr que non. Ne serait-ce que pour manifester aux victimes une solidarité, et à nos politiques une exigence d’action adaptée, plus enracinées, plus durables que le grain semé sur le sol pierreux. L’oubli tue plus sûrement que l’impuissance. Et puis, ce serait une solution extrême, donc inadaptée.
A l’inverse, s’imposer une mobilisation exclusive et publique sur les sujets les plus chauds ? Céder aux sirènes des « comment pouvez-vous oser parler de… alors que pendant ce temps… » ?

A l’instant même, je vois dans ma TL un père jésuite relayant une initiative de producteurs pour des fruits et légumes sacrifiant le rendement de masse et la simplicité d’exploitation au profit de la saveur et de la variété. Dérisoire ? Incongru ? Nullement. Si nous ne laissons passer par nos canaux que la peur, la haine, la consternation, l’indignation, même légitimes, si nous les fermons au fragile préservé, à la beauté retrouvée, à l’artisan amoureux de son travail, à la Grâce qui se glisse par là dans notre monde en furie, nous finirons par nous noyer.

Tweetoizo n°1 : le Martinet noir

Retrouvez aussi le premier Tweetoizo posté sur @Taigasangare consacré au Martinet noir !
Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, le Tweetoizo est tout simplement une Tweetstory où, au lieu de raconter une histoire, on décrit une espèce, tweet après tweet.

Allons donc découvrir le Martinet noir qui en ce moment fait ses dernières cabrioles de l’année dans le ciel de nos villes…

Ce soir, on va parler du petit arc noir qui écume le ciel de nos villes en poussant des Sriiiiiii ! Sriii ! stridents.
Non, pas l’hirondelle. #évidemmentyavaitunpiège

En fait, il s’appelle le Martinet noir.
Ils se ressemblent, c’est vrai. Mais ils ne sont même pas cousins. Simplement, ils sont adaptés à la même existence.

Ils chassent les insectes en plein ciel. Après, il y a les amateurs, et les professionnels.

Les hirondelles sont des Passériformes (passereaux), comme plus de la moitié des oiseaux actuels. Elles peuvent se percher, marcher.
Le Martinet noir, c’est ordre des Apodiformes, famille des Apodidés, et en latin, c’est Apus apus. #confiture

Ce qui veut dire non pas « plein de tiques » mais « sans pattes ». En fait, il en a, mais c’est tout comme. Il ne peut que ramper.
Tout, chez lui, est conçu pour le vol. C’est lui, le professionnel. Plus grand, plus puissant, plus robuste que l’hirondelle.

A force de les voir d’en bas, on les croit petits .Un Martinet noir âgé, c’est 50 cm d’envergure. Prenez une règle et voyez.
Ses orbites sont carénées, son bec s’ouvre en large gueule à engloutir les insectes, en croisant à 50-70 à l’heure.

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir le temps de distinguer les guêpes, des insectes comestibles qui leur ressemblent (les syrphes). #slurp
En contrepartie, ses pattes ne le soutiennent pas. Elles lui servent surtout à s’agripper aux parois. Il ne se perche jamais.

Alors il vole. Jour et nuit. Oui, j’ai bien dit nuit. Le soir, il prend une poche d’air chaud ascendante et va y dormir en vol.
Il se nourrit en vol, boit en rase-flotte, dort en vol. Entre la fin de la saison des nids et le début de la suivante, il ne se pose PAS.

Il quadrille l’Afrique subsaharienne pendant neuf mois. Et dans le courant d’avril, le voilà qui débarque chez nous. #sriii
Les premières arrivées sont très échelonnées. Il doit faire assez beau et chaud pour qu’il trouve des insectes volants à bouffer.

C’est le moment où il faut retrouver son territoire et surtout un endroit où nicher. #pasdamidanslimmobilier
Il faut trouver un trou dans une façade (une falaise comme une autre) qui donne accès à une petite cavité. #studioàlouerpascher

Un trou dans un avant-toit forme un site de nidification très classique. Hop, on rentre, on jauge, et maintenant on défend son bien.

Pour défendre son territoire, et le vanter aux demoiselles des environs, un oiseau normal se perche et chante. #etlàcestpasgagné
Le Martinet ne peut pas se percher. Juste voler. Alors il vole. Il tourbillonne sans fin autour de son territoire, en criant.

Comme les Martinets forment des colonies dans les immeubles du voisinage, ils volent ensemble, se poursuivent.
Ça donne ces grandes poursuites stridentes en bande sans lesquelles les ciels de nos villes au printemps seraient bien vides.

En pleine journée, on les voit moins. Ils partent chasser les insectes à la campagne. #mangerbiocestbonpourlasanté
Et le soir, re-poursuites #mangerbouger.fr et puis toute la bande monte, monte, monte… et file dormir en plein ciel, donc.

Nous voilà mi-mai. Le Martinet tricote un vague nid de fétus pris en vol avec sa salive et pond 2 ou 3 œufs.
Il les couve une vingtaine de jours. C’est le seul truc qu’il fait à peu près comme tout le monde. Mais avant, j’ai oublié.

L’accouplement. Et bien, il a lieu en vol, bien entendu. On est Martinet ou on ne l’est pas. #commentilfait
Pas compliqué. Les deux oiseaux se rapprochent, se posent l’un sur l’autre… et voilà. Ils perdent un peu d’altitude, c’est tout.
Bon, le plus souvent, ils font quand même « ça » à l’abri des regards dans la cavité du nid. Mais l’accouplement en vol n’est pas rare.

20 jours d’incubation. 40 jours de nourrissage des jeunes. Ça, c’est si tout va bien. #météofranceavecjoelcollado
S’il pleut, s’il fait froid, c’est la catastrophe. Plus de proies. Les adultes partent au diable vauvert se nourrir. Et les nichées ?
Les poussins ont un dispositif SOS, une sorte de vie ralentie pour tenir quelques jours. Sinon, c’est la mort.

20 jours + 40 jours. Nous voilà quasi mi- juillet. Les premiers jeunes vont s’envoler. Pas facile. #jevoudraisvousyvoir
Les parents cessent de les nourrir. Brutal, mais efficace. Les jeunes, affamés, cherchent la sortie et s’y jettent. #adieumondecruel

Et là, miracle : en battant des ailes, on ne tombe pas. Les voilà partis pour un petit vol d’essai. Qui va durer dans les… deux ans.
Ben oui. Puisque le Martinet ne se pose qu’au nid, et qu’il n’est apte à se reproduire qu’à deux ans, en attendant… il vole. #putaindeuxans

Parfois, lors du grand départ, il se rate. Vlaf, par terre. Sa seule chance est que quelqu’un le trouve et le relance dans le ciel.
Un adulte sait repartir seul. Un jeune, non. Cherchez un espace dégagé (50 m) et propulsez-le vers l’avant et le haut.

ça marche. Je l’ai fait, le jeune a réussi à se lancer. Notez bien le truc car vous en trouverez peut-être dans la rue, de ces jeunes.

Les jeunes volent autour des adultes et de la colonie, la repèrent, observent l’emplacement des trous utilisés. #formationprofessionnelle
L’été prochain, ils feront la même chose : formation et repérage. En cas de pluie, évidemment, ils seront les premiers à décarrer.

Et si la saison est terrible et les morts nombreux, eux, qui auront filé à temps vers les réservoirs de proies, auront survécu.
Ils reviendront l’an prochain. Et lentement, ils refonderont et reconstitueront la colonie.

A condition qu’ils trouvent encore des trous qui n’ont pas été bouchés. Des immeubles pas remplacés par un cube de verre.
A condition aussi qu’ils trouvent encore des insectes à chasser. Qu’ils n’aient pas tous été liquidés par nos pesticides.

C’est ainsi : martinets, hirondelles etc… sont des insecticides gratuits, naturels, non toxiques et performants.
Mais nous préférons tuer leurs proies nous-mêmes, les tuer avec, et bien d’autres, et nous empoisonner nous-mêmes aussi. #wtf

Quant aux cavités, déjà, si on ne rénovait pas les façades pendant les cent jours de présence du Martinet, on respecterait la loi.
Car les Martinets sont des espèces protégées, les hirondelles aussi. On ne peut détruire ni les adultes ni les nids.

Il existe des nichoirs, à placer à 5m de haut, minimum. Il y a même des modèles à incorporer dans les façades des immeubles neufs.
En Suisse et en Allemagne, c’est désormais quelque chose de classique. En France, on continue à le prendre à la rigolade.

Enfin, pour être juste, disons que ça évolue, mais très lentement. Trop lentement.
Mais avec un peu de chance, et votre aide aussi, la #LPO parviendra à faire prendre en compte la biodiversité dans la norme #HQE.

Nous sommes fin juillet. Les Martinets ne sont chez nous que cent jours. Ils vont repartir très bientôt.

Le ciel va redevenir vide et silencieux. Ce sera un grand pas vers l’automne, mine de rien. #mélancolique

Mais pour le printemps prochain, vous savez ce qu’il vous reste à faire: guetter les premiers… pourquoi pas les accueillir !

C’est fini pour ce premier #tweetoizo … Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter les deux numéros de La Hulotte (n°78 et 79) qui vous apprendront encore bien des secrets sur cette espèce si commune et si incroyable, mais aussi comment lui construire et poser un nichoir, etc.
Et aussi vous inscrire sur le site Biolovision de l’association de protection de la nature de votre coin – il y en a presque partout maintenant – vous le trouverez en cherchant « Biolovision » + « Votre département ou région » pour saisir vos observations des derniers Martinets de la saison, consulter les bestioles qui ont été vues autour de chez vous, et bien plus encore !

Ah, oui ! Hier, on me demandait: comment le reconnaître ? Et bien, malheureusement, je n’ai pas de photo à moi: ces fichues sales bêtes volent beaucoup trop vite pour mes talents de photographe. Mais vous présentera tout ce qu’il faut. Remarquez cependant que la gorge pâle n’apparaît guère sur le terrain, sauf à voir l’oiseau de très près. Enfin, comment le distinguer des Hirondelles ? Et bien, déjà, puisqu’il niche dans un trou, il ne fait pas de nid visible, ni d’ailleurs de saletés sur les murs. Les Hirondelles construisent toujours un balconnet d’argile. Enfin, les plus répandues d’entre elles ont le ventre blanc ! (Mais, dans les Alpes, à Lyon, à Saint-Etienne on a aussi le Martinet à ventre blanc… Et il y a des Hirondelles toutes grises… Un bon petit guide et c’est parti ! Bonne découverte !)