Ecologie: osez le cisticolisme

Enquête sur une espèce qui fera le buzz demain (mais pas aujourd’hui, elle couve)

Elles sont partout. On ne voit, on n’entend qu’elles. De partout elles nous font signe – pst ! pst ! pst ! Elles, les Cisticoles. Qui sont ces influenceuses et que nous disent-elles ?

Je parie que vous n’avez jamais entendu parler de la Cisticole. Et je parie que vous l’avez entendue quand même. Ce minuscule bout de fauvette long comme un pouce, avec sa petite queue ronde, a dû vous passer trente-six fois au-dessus de la tête derrière les plages du Midi et du Sud-Ouest avec son chant passablement raclote entre parenthèses : « Pst… pst… pst… pst… » tout en voletant, un coup d’aile un cri, un coup d’aile un cri.

La surprise, c’est d’en trouver maintenant dans les champs, les prés, les talus d’autoroute, et même les ronds-points comme vil gilet jaune, genre elle paie son gasoil elle-même. Archi-commune dans les marais saumâtres, les roseaux, les lagunes, elle s’installe dans des endroits dont on devine vaguement comment elle peut les confondre avec son beau pays, mais de moins en moins. Ce n’est pourtant pas de la Fauvette à lunettes qu’on parle !

Le phénomène intriguait déjà les Anciens comme le prouve ce document rarement exposé, retrouvé en l’église Saint Georges de Reneins.

Une petite carte dira un peu mieux ce qui se passe.

Voilà, c’est simple, en fait. Elle est comme l’air chaud, elle monte ! Comme elle est sédentaire, avantage de passer sa vie au bord de la mer, à la faveur des hivers doux, elle avance, le long des côtes et de la vallée du Rhône. Bientôt, un hiver froid exterminera les hivernants les plus nordiques, comme en 2012, et la Cisticole, comme une vieille star de la chanson, fera pleurer ses yeux et fera ses adieux… et puis l’année d’après elle recommencera. Et le cycle repartira pour un tour. La Cisticole c’est le petit vélo dans la tête de l’avifaune du Rhône. Seulement, à force qu’on ne voie quasi plus la neige à Lyon, le cycliste ne chute plus. La Cisticole prolifère.

Elle se répand. On ne fait plus un pas sans la trouver.

La Cisticole est à la mode. C’est la hype de ce printemps encore plus que la sève de bouleau ou le gilet jaune. La Cisticole va faire fureur. Ne sortez pas sans votre cisticole.

La Cisticole affole les marchés. On murmure que la duchesse de Cambridge pourrait l’arborer sur son chapeau et Greta Thunberg sur son épaule.

Effet de mode, produit marketing, fête commerciale ? Abordons sans tabous la question de la cisticole.

1/ La Cisticole est-elle notre nouvel atout détox ?

D’une hype de l’été, on attend a minima qu’elle soit l’alliée de notre contrat minceur, notre atout séduction on the beach mais cette hypothèse s’écroule lamentablement. En effet, comme l’a chanté le Poëte :

« Elle descendait de la montagne en chantant une chanson paillarde, une chanson de collégien,

La Cispicole des joints, la cispicole des joints »

Avec un pareil CV, la Cisticole ne peut prétendre inspirer le moindre régime wellness, implémenter le moindre bien-porting, ni drainer les toxines superflues. Il va falloir chercher ailleurs l’allié de notre santé sur les plages et la manchette d’Elle magazine.

Voire.


Bientôt en kiosque pour être irrésistible dans les marais arrière-littoraux en revenant de la plage

2/ La Cisticole est-elle inclusive, citoyenne et républicaine ?

Sexes identiques, écologie opportuniste, associée aux joncs dont sont faits les faisceaux de licteur des insignes républicains, beaucoup trop petite pour servir d’enseigne à quelque parti de rôméchants que ce soit, humble, effacée, oubliée des empereurs et des princes de la terre et du reste passablement inconnue des petits comme des grands de ce monde, la Cisticole décroche haut la main plusieurs brevets de citoyenneté. On déplorera toutefois son incapacité à chanter la Marseillaise et à représenter la France à l’Eurovision. Mais tout n’est pas perdu pour faire la couverture de l’Obs ou de Libé.

Ou à défaut pour devenir le nom de baptême d’une école maternelle ou d’un terrain de football de grande banlieue.


Ça aurait de la gueule non ?

3/ La hype autour de la Cisticole sert-elle Emmanuel Macron ?

Face à la crise des Gilets jaunes, le Président Macron est apparu déterminé, et néanmoins isolé. L’élection européenne sera pour lui un véritable test. Sa politique ne semble pas convaincre les Français. Ses partenaires… euh, rien à voir avec la cisticole, en fait. La Cisticole, c’est une France la tête en l’air à chercher où peut bien être cette bestiole d’autant plus qu’elle peut être bassement planquée dans les vorgines alors même qu’elle continue à pst-pster comme si elle traçait des arabesques dans le ciel bleu. C’est la France qui folâtre. Bien qu’en pleine croissance, elle ne manifeste aucune envie d’entrée en Bourse. Elle ignore tout de l’inbound marketing. Son call to action est rudimentaire. Elle reste flaggée paludicole en contradiction complète avec son business plan beaucoup plus whitespread, tendant à en faire une espèce mainstream, ce qui nuit à son personal branding. Elle reste C to C (Cisticol To Cisticol). Sa carte de visite n’est même pas en anglais.

Entreprenante, opportuniste, adaptable, la Cisticole, cependant, ne dégage pas le moindre profit, ne rapporte pas le moindre sou, et d’ailleurs les startupers sont comme les autres, ils n’en ont jamais entendu parler.

La réponse est donc non. Prudence toutefois, car après les bélougas entraînés par la Russie pour espionner la Norvège, qui sait si le pouvoir ne pourrait pas envoyer des cisticoles harnachées de micros sur les ronds-points enherbés peuplés de manifestants ?

4/ La Cisticole a-t-elle pu mettre le feu à Notre-Dame ?

C’est peu probable. On connaît chez le Milan noir une propension à déplacer des brandons enflammés lors des feux de brousse, qui lui sont hautement favorables car ils laissent de nombreuses proies cuites juste à point pour ce gastronome. Outre qu’aucune Cisticole n’a été vue en Ile-de-France cette année, il est improbable qu’un piaf de dix grammes ait pu trouer la toiture en plomb pour l’incendier avec le mégot de son pétard. Ou bien il faut lui supposer de troublantes complicités. Ce qui nous ramène au point 3. A vous de vous faire une opinion, sachant qu’on nous cache tout, surtout les cisticoles dans les grandes herbes et les bouscarles dans les buissons.

5/ La Cisticole peut-elle coller des affiches Frexit de François Asselineau ?

La coïncidence est troublante. Comme elle, les affiches Frexit semblent s’être donné comme objectif de recouvrir la France entière depuis 2017, en suivant les routes, les ronds-points, les talus autoroutiers et autres milieux pionniers secs. Comme elle toujours, ces affiches opèrent leur conquête dans une indifférence blessante, passant inaperçues à force de toujours-là et de déjà-vu. Comme la Cisticole enfin, ces affiches se bornent aux slogans simples, indéfiniment répétés. D’ailleurs, en voici une qui chante, écoutez mieux, n’entendez-vous pas : « Frxit… Frxit… Frxit » ?

6/ La Cisticole menace-t-elle les racines chrétiennes de la France ?

Au point où on en est… Elle y rejoindrait pêle-mêle les méchants barbus de banlieue, les professeurs d’histoire en pull de Noël, la nourriture bio (a fortiori vegan), les minarets dépassant la hauteur de cinq pieds six pouces, les spectacles d’Alain Decaux sur la Révolution française, les kebabs dans les rues secondaires des villes moyennes, l’écriture inclusive, les normes européennes sur le dentifrice et les hipsters en trottinette (on ne se méfie décidément jamais assez des barbus). Après tout, elle remonte du Sud et sent le Midi à plein bec. Il devrait donc finir par se trouver quelque croisé pour se mettre (Charles) Martel en tête à son propos et réclamer d’énergiques mesures conservatoires et l’envoi des blindés dans les friches herbacées mal famées.


Ils sont même déjà en place mais la Cisticole n’aime pas la neige. La prise de risque est donc raisonnable.

7/ La Cisticole émet-elle des ondes dangereuses ?

Et si le chant de la Cisticole cachait une autre réalité ? Une étude américaine qui a mesuré le rayonnement de cisticoles californiennes a constaté l’émission d’une onde radio-électrique dont l’objectif, à l’instar du comptage de moutons, est d’engourdir l’esprit, d’affaiblir la vigilance et finalement de rendre le cerveau disponible à n’importe quel message, comme par exemple des vidéos Youtube sur le réchauffement climatique, la propagande de la NASA qui prétend être allée sur la Lune alors que le drapeau américain flotte ce qui prouve qu’il y a du vent devant Buzz Aldrin et tout un tas d’autres bêtises comme les écologistes qui nous disent que l’homme fait disparaître la nature. Un chant magnétique pire que Jean-Michel Jarre.

Selon d’autres scientifiques, mais chacun se fera sa propre opinion, dans la mesure où la Cisticole des joncs ne vit que de ce côté-ci de l’Atlantique, un scientifique américain serait bien en peine d’en dégoter en Californie et a fortiori d’en mesurer l’hypothétique émission électromagnétique. Mais qui sait ? Ils ont peut-être des cisticoles invisibles pour mieux diffuser leur inquiétant message. Je l’ai vu sur une autre chaîne Youtube.

8/ Est-il vrai que de nombreux scientifiques ayant étudié la Cisticole ont mystérieusement été réduits au silence ?

Oui. Moi-même, je viens d’être acheté avec des tartes à la praline. Je mets donc fin à cette investigation et laisse chacun libre de se faire sa propre opinion.

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Église: la drôle d’offre d’emploi de Macron

Hier, Emmanuel Macron a prononcé un drôle de discours. Il a voulu, disait-il, restaurer le lien abîmé entre l’Église et l’État.

Je ne le trouve pas abîmé, moi, ce lien. L’État consulte à l’occasion les responsables des cultes. Il ne ferme pas les églises. Et s’il mène une politique sans cohérence aucune avec l’idéal chrétien du service du frère – comme je le pense – c’est un problème de lien entre l’Église et la société, pas avec l’appareil d’État.

Donc déjà là c’était le tollé assuré. Le malentendu soigneusement disposé – « je pose ça là » – et le piège béant : vous approuvez ? alors, soit vous défendez le césaropapisme (crac dedans : infraction à la laïcité) soit vous êtes disposé(e) à signer le contrat que je vais vous tendre.

Quel contrat ?

« J’appelle les catholiques à s’engager politiquement.

Votre foi est une part d’engagement dont notre politique a besoin. »

Voilà l’une des formules qui m’a le plus frappé. Emmanuel Macron ne demande pas aux catholiques de s’engager pour la société, la cité, la collectivité (appelez ça comme vous voudrez) ou leurs frères, mais parce que sa politique en a besoin. Pas la nation, pas les Français : sa politique.

Nous retrouvons plus loin cette attente de voir les catholiques se mettre au service, non de leurs frères, mais du pouvoir :

« La République » (sous-entendu : le gouvernement d’Emmanuel Macron, comme exposé précédemment) attend de [nous] trois dons » : celui de [notre] sagesse, celui de [notre] engagement, celui de [notre] liberté.

Et quel est ce besoin ?

Il l’avait dit quelques secondes plus tôt.

« Nous avons besoin de l’aide catholique pour tenir ce discours d’humanisme réaliste. »

L’aider à tenir son discours. L’aider à mettre en place « l’humanisme réaliste », l’humanisme version Macron, l’humanisme version Gérard Collomb qui prend, de Calais au col de l’Échelle, des formes qu’on qualifiera pudiquement de controversées.

L’Église, les catholiques, et particulièrement ceux qui s’engagent déjà, pourraient être simplement consultés, comme c’est la prérogative de n’importe quel citoyen ou groupe de citoyens dans un régime démocratique et laïc, pour exprimer ce qu’il estime être une politique humaine et juste. Elle a pour cela l’expérience de la glaise du réel, comme M. Macron n’oublie pas de le rappeler. Du CCFD aux innombrables paroisses ouvertes aux migrants, du Secours catholique aux bénévoles d’Emmaüs ou d’Habitat et Humanisme, d’Église Verte à l’ACAT en passant par les innombrables engagements associatifs, paroissiaux, individuels ou de congrégations pour le service du frère pauvre, l’Église aurait beaucoup à dire pour rappeler à l’État ses devoirs vis-à-vis des faibles et des pauvres. Mais ce n’est pas cela qu’attend de nous Emmanuel Macron. Ce n’est pas d’exprimer ni de témoigner à temps et à contre-temps la radicalité de l’Évangile, la Bonne Nouvelle et l’amour inconditionnel du prochain. Ce qu’il attend, c’est de « l’aider à tenir un discours d’humanisme réaliste ». De construire les éléments de langage qui verniraient d’humanisme sa politique, laquelle ne déviera pas d’une virgule.

Car après la flatterie épaisse, où pas un mot-clé ne manque, ni Ricoeur ni Simone Weil, ni les « racines », après la proposition de poste, vient le temps du cadrage du contrat. Le monde est complexe et lui, Emmanuel Macron, maîtrise le complexe, le réel, le pragmatique. Que l’Église le serve, mais lui, Emmanuel Macron, sera le chef.

Son discours fleuve reprend en trois fois cette structure flatterie-proposition de poste-rappel de qui sera le chef. Les catholiques, sous Macron, seront priés de rester à leur place. Généralités, migrations, bioéthique : « le monde évolue », « le discours de l’Église » (car ce n’est au fond qu’un discours de lobby, n’est-ce pas ?) se heurte à des « réalités complexes et contradictoires », et enfin : ce qui est attendu des catholiques, c’est leur sagesse et leur humilité. Énième reprise du mantra politicard contemporain : rappelez-vous que vous n’êtes pas tout à fait assez intelligents pour comprendre notre époque, la politique, le marché, le réel : ça, c’est notre prérogative, à nous, les hommes politiques.

Sachez donc humblement obéir et pas davantage. Faites ce que vous savez faire, vous avez un très beau CV en humanitaire ! mais faites-le sous l’autorité de votre n+1 : Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron n’a pas cherché à dialoguer avec l’Église. Il lui a transmis une offre d’emploi, sans cacher le moins du monde le rapport de subordination qui s’ensuit. Il attend une Église « En Marche », adhérente et soumise à la discipline de son parti. Il a proposé hier à l’Église un poste de Chief Humanisation Officer dans la startup France.

Ce poste, c’est un job, ou plutôt un stage non rémunéré, sous l’autorité du Président de la République, consistant à lubrifier sa politique en lui assurant un vernis d’humanisme qui servirait à faire taire les râleurs d’un côté et de l’autre. Le service d’humanisme-washing « dont sa politique a besoin ».

Tous les réseaux en ont hurlé, croyant au retour du catholicisme d’État pour le moins.

Pour moi, catholique ed’base dans son carré de roseaux, ç’a été un moment pénible. Très pénible. Dans la phase flatterie : collant, sirupeux, écoeurant comme vile barbapapa. Je n’ai pu, tant en direct qu’à la relecture, me défaire du désagréable sentiment d’être réduit au rang de client d’un marketing ciblé bien ficelé. Tous les mots-clés ont défilé, soigneusement collectés par le Big Data. De quoi crier « Quine ! » à la fin de chaque phrase. Un coup de catholiques qui ont modelé la France, un coup d’hommage aux savoir-faire, un coup de racines, un coup de loi de 1905, le saupoudrage de citations choisies, un coup vers les cathos sociaux, un coup vers les cathos de centre droit, un coup vers les cathos tendance identitaire, chacun son sachet de bonbons, tandis qu’hurlait la gauche laïque sur les réseaux.

Si j’eusse eu dans le bec un fromage, je l’y aurais perdu. Pas pour montrer ma « belle » voix (aux élections ? déjà ?), mais pour crier : lâche-moi la grappe (de la Vigne). C’était tellement grossier.

M. Macron, mon engagement de catholique n’est pas pour vous. Ce que je tâche de faire, clopin clopant, derrière le Christ, pour la cité, pour la France, pour mes frères en humanité, ce n’est pas pour vous.

Tu connais, Manu, cette prière de saint Ignace ?

Prends Seigneur et reçois

toute ma liberté,

ma mémoire, mon intelligence

toute ma volonté.

Et donne-moi, donne-moi,

donne-moi seulement de t’aimer.

Donne-moi, donne-moi,

donne-moi seulement de t’aimer.

(…)

Tout est à toi, disposes-en

selon ton entière volonté

et donne-moi ta grâce,

elle seule me suffit.

Relis-la bien et cette fois, sans te prendre pour le Christ, bien que tu sembles aimer ça.

Ce n’est pas à toi, Manu, que l’Église doit et donne tout ça. C’est au Seigneur seul. Et quoique tu en aies, tu n’es pas le Seigneur.

J’ai très envie de conclure avec une expression pas policée du tout, à son adresse et à celle de tous ceux de bords politiques divers qui tentent ou tenteront la même approche. Mais comme c’est lui qui s’est exprimé hier, c’est à lui aujourd’hui que je dis : Manu, l’Église n’a pas à être ton Église.