Trop c’est trop, madame Pompili

Trop, c’est trop.

Ce n’est pas que je me faisais beaucoup d’illusions sur l’existence d’un secrétariat d’État à la biodiversité. La destruction du patrimoine naturel a beau être à l’origine de toute forme de politique écologique, il y a beau temps qu’EELV n’en fait plus un sujet d’importance : il n’est que de voir leur absence à la récente manifestation s’opposant à l’abattage des loups, la rareté des prises de position contre les chasses abusives, etc. On pourra aussi se référer à la catégorie « Biodiversité » du site du parti, qu’il faut aller chercher au diable (au quatrième rang des thèmes de la commission thématique Environnement) avant de constater que rien n’y a été posté depuis… le 15 octobre 2014, à l’heure où j’écris.

siteinternetEELVbiodiversite

Je ne m’imaginais pas davantage que madame Pompili fût spécialement compétente ou motivée sur le sujet ; le récent remaniement a trop ressemblé à une tournée de cadeaux où chacun a hérité d’un poste comme il aurait pu en hériter d’un autre, et notre toute nouvelle secrétaire d’État aurait peut-être été ni plus, ni moins bien placée à la Culture, aux Anciens Combattants ou dans un hypothétique ministère aux ronds-points routiers.

Mais là, tout de même. Au micro d’Europe 1, « la Secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité a mis un point d’honneur à définir ce qu’est la biodiversité car, selon elle, « les gens ne comprennent pas toujours ce qu’est la biodiversité ». Barbara Pompili a donc expliqué: « c’est la nature vivante. Mon ministère aurait d’ailleurs pu s’appeler la protection de la nature ».

… jusque-là tout va bien, mais gare. Tenez ferme les accoudoirs…

« On voit aujourd’hui que les animaux et tout ce qui composent (sic) la nature sont essentiels à notre vie, tout comme les forêts pour absorber le CO2 ou les abeilles pour polliniser nos sols et aujourd’hui, il y a cinq facteurs qui mettent en danger cet équilibre ».

Et de poursuivre :
« à nous de montrer que la biodiversité peut créer énormément d’emplois, c’est un secteur d’avenir. Il y a énormément de choses à faire dans le biomimétisme par exemple ou dans l’énergie verte. Franchement quelle belle mission ! » ».

Ayant frappé trois fois notre tête contre le mur le plus proche, respirons un grand coup et poursuivons…

Commençons par le commencement : non madame Pompili, les abeilles ne pollinisent pas les sols, mais les fleurs.

abeillespourlesnuls

Anticipant quelque peu sur la base de perles de vos prédécesseurs ou de leurs collaborateurs, autant vous le révéler tout de suite aussi : les loups n’ont pas été « réintroduits par les écolos » en France, pas même « en douce » ; les vautours n’emportent pas d’agneaux dans leurs serres puissantes et n’attaquent pas non plus les randonneurs ; et personne n’a jamais parachuté de vipères par hélicoptère. Je vous jure. Même s’il n’est pas douteux que vous croiserez un jour quelqu’un qui vous certifiera dur comme fer qu’il a vu les caisses. Enfin. L’homme qui a vu l’homme qui a vu des caisses.

Je vous ferais bien crédit, madame Pompili, pour cette histoire d’abeilles, d’un simple lapsus, mais un lapsus ça se corrige. Et ce serait plus crédible si tout le discours n’était pas à l’avenant.

D’où sortent par exemple ces cinq facteurs ? Lesquels ? Pourquoi cinq ? Quel équilibre : la pollinisation ? l’absorption du CO2 par les forêts ? La biosphère toute entière ? Pourquoi parler des animaux et non des plantes ?

Madame Pompili, je crains que vous n’en ayez pas conscience, mais votre responsabilité est immense. Vous avez hérité du secrétariat d’Etat à la coque du Titanic qui nous porte tous, que nous le voulions ou non, et qui est déjà presque éventré. La biodiversité, le système vivant constitué par les espèces non domestiques, nous nourrit, nous fournit en bois, en plantes utilisables en médecine. C’est elle qui régule le climat, les précipitations, qui retient, structure et fait vivre les sols, qui épure l’eau, et recycle, tant qu’elle le peut, nos déchets ; elle encore qui absorbe les crues et bien d’autres « services rendus » encore. Cette biodiversité est en train de s’effondrer, ce qui veut dire qu’au sens presque propre, le sol va manquer sous nos pieds. L’affaire ne supporte pas l’amateurisme, que dis-je, l’illettrisme du sujet, dont vous avez fait preuve en ânonnant vos fiches comme un mauvais élève de collège. Procurez-vous au moins d’urgence une collection complète de « La Hulotte » et un exemplaire de Laudato Si…

Ensuite, on se pince carrément à vous entendre : « la biodiversité », pour vous, n’est ni un patrimoine, ni un terme du vocabulaire des sciences de la vie : c’est un « secteur d’avenir » – pourquoi pas une « business opportunity » ? – et votre « belle mission » consisterait en fait à en tirer de l’argent à travers le biomimétisme et les énergies vertes.

On se doutait de l’incapacité de nos maîtres à voir le monde autrement que par le prisme de la novlangue néolibérale. Mais là, le dérisoire de vos propos culmine au pathétique. « La biodiversité secteur d’avenir » grâce à « des emplois dans le biomimétisme » ? Madame la secrétaire d’Etat, cela reviendrait à dire, par exemple, que boire ou respirer sont des activités d’avenir, en plein essor et très importantes comme le montrent les nombreux emplois créés par les mouchoirs jetables ou les bouteilles en plastique. A peu de choses près.

Je le redis, madame Pompili : votre responsabilité en tant que secrétaire d’État à la biodiversité est immense. Votre « belle mission », ce n’est pas créer un hackathon sur le thème des pattes de la Mante religieuse, c’est sauver la vie, et vite. Vos services vous en ont-ils avertie ? Notre pays a perdu la moitié de ses chauves-souris en 8 ans : cela signifie que le grand effondrement a peut-être commencé et que les liens qui nous permettent de vivre sont en train de se dénouer. Ce n’est pas le moment de rêver à des startups de drones chiroptéroïdes. Il va falloir vous battre contre les pesticides, l’arrachage des haies, le retournement des prairies, l’urbanisation galopante. Nous n’avons plus beaucoup de temps.

Daech ne peut anéantir le monde ; même « la crise de la dette » ne le peut pas. L’effondrement de la biodiversité, lui, peut nous plonger dans un cataclysme dont aucune arme ni aucune banque ne nous sauveront. Ce devrait être la bataille de notre temps.
La voilà confiée à quelqu’un qui n’a même pas une vision très claire de ce que peuvent bien fabriquer les abeilles dans la campagne.

Je sais que vous en avez tous marre du catastrophisme, mais là, vous pouvez commencer à paniquer.

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Tweetoizo n°1 : le Martinet noir

Retrouvez aussi le premier Tweetoizo posté sur @Taigasangare consacré au Martinet noir !
Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de le lire, le Tweetoizo est tout simplement une Tweetstory où, au lieu de raconter une histoire, on décrit une espèce, tweet après tweet.

Allons donc découvrir le Martinet noir qui en ce moment fait ses dernières cabrioles de l’année dans le ciel de nos villes…

Ce soir, on va parler du petit arc noir qui écume le ciel de nos villes en poussant des Sriiiiiii ! Sriii ! stridents.
Non, pas l’hirondelle. #évidemmentyavaitunpiège

En fait, il s’appelle le Martinet noir.
Ils se ressemblent, c’est vrai. Mais ils ne sont même pas cousins. Simplement, ils sont adaptés à la même existence.

Ils chassent les insectes en plein ciel. Après, il y a les amateurs, et les professionnels.

Les hirondelles sont des Passériformes (passereaux), comme plus de la moitié des oiseaux actuels. Elles peuvent se percher, marcher.
Le Martinet noir, c’est ordre des Apodiformes, famille des Apodidés, et en latin, c’est Apus apus. #confiture

Ce qui veut dire non pas « plein de tiques » mais « sans pattes ». En fait, il en a, mais c’est tout comme. Il ne peut que ramper.
Tout, chez lui, est conçu pour le vol. C’est lui, le professionnel. Plus grand, plus puissant, plus robuste que l’hirondelle.

A force de les voir d’en bas, on les croit petits .Un Martinet noir âgé, c’est 50 cm d’envergure. Prenez une règle et voyez.
Ses orbites sont carénées, son bec s’ouvre en large gueule à engloutir les insectes, en croisant à 50-70 à l’heure.

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir le temps de distinguer les guêpes, des insectes comestibles qui leur ressemblent (les syrphes). #slurp
En contrepartie, ses pattes ne le soutiennent pas. Elles lui servent surtout à s’agripper aux parois. Il ne se perche jamais.

Alors il vole. Jour et nuit. Oui, j’ai bien dit nuit. Le soir, il prend une poche d’air chaud ascendante et va y dormir en vol.
Il se nourrit en vol, boit en rase-flotte, dort en vol. Entre la fin de la saison des nids et le début de la suivante, il ne se pose PAS.

Il quadrille l’Afrique subsaharienne pendant neuf mois. Et dans le courant d’avril, le voilà qui débarque chez nous. #sriii
Les premières arrivées sont très échelonnées. Il doit faire assez beau et chaud pour qu’il trouve des insectes volants à bouffer.

C’est le moment où il faut retrouver son territoire et surtout un endroit où nicher. #pasdamidanslimmobilier
Il faut trouver un trou dans une façade (une falaise comme une autre) qui donne accès à une petite cavité. #studioàlouerpascher

Un trou dans un avant-toit forme un site de nidification très classique. Hop, on rentre, on jauge, et maintenant on défend son bien.

Pour défendre son territoire, et le vanter aux demoiselles des environs, un oiseau normal se perche et chante. #etlàcestpasgagné
Le Martinet ne peut pas se percher. Juste voler. Alors il vole. Il tourbillonne sans fin autour de son territoire, en criant.

Comme les Martinets forment des colonies dans les immeubles du voisinage, ils volent ensemble, se poursuivent.
Ça donne ces grandes poursuites stridentes en bande sans lesquelles les ciels de nos villes au printemps seraient bien vides.

En pleine journée, on les voit moins. Ils partent chasser les insectes à la campagne. #mangerbiocestbonpourlasanté
Et le soir, re-poursuites #mangerbouger.fr et puis toute la bande monte, monte, monte… et file dormir en plein ciel, donc.

Nous voilà mi-mai. Le Martinet tricote un vague nid de fétus pris en vol avec sa salive et pond 2 ou 3 œufs.
Il les couve une vingtaine de jours. C’est le seul truc qu’il fait à peu près comme tout le monde. Mais avant, j’ai oublié.

L’accouplement. Et bien, il a lieu en vol, bien entendu. On est Martinet ou on ne l’est pas. #commentilfait
Pas compliqué. Les deux oiseaux se rapprochent, se posent l’un sur l’autre… et voilà. Ils perdent un peu d’altitude, c’est tout.
Bon, le plus souvent, ils font quand même « ça » à l’abri des regards dans la cavité du nid. Mais l’accouplement en vol n’est pas rare.

20 jours d’incubation. 40 jours de nourrissage des jeunes. Ça, c’est si tout va bien. #météofranceavecjoelcollado
S’il pleut, s’il fait froid, c’est la catastrophe. Plus de proies. Les adultes partent au diable vauvert se nourrir. Et les nichées ?
Les poussins ont un dispositif SOS, une sorte de vie ralentie pour tenir quelques jours. Sinon, c’est la mort.

20 jours + 40 jours. Nous voilà quasi mi- juillet. Les premiers jeunes vont s’envoler. Pas facile. #jevoudraisvousyvoir
Les parents cessent de les nourrir. Brutal, mais efficace. Les jeunes, affamés, cherchent la sortie et s’y jettent. #adieumondecruel

Et là, miracle : en battant des ailes, on ne tombe pas. Les voilà partis pour un petit vol d’essai. Qui va durer dans les… deux ans.
Ben oui. Puisque le Martinet ne se pose qu’au nid, et qu’il n’est apte à se reproduire qu’à deux ans, en attendant… il vole. #putaindeuxans

Parfois, lors du grand départ, il se rate. Vlaf, par terre. Sa seule chance est que quelqu’un le trouve et le relance dans le ciel.
Un adulte sait repartir seul. Un jeune, non. Cherchez un espace dégagé (50 m) et propulsez-le vers l’avant et le haut.

ça marche. Je l’ai fait, le jeune a réussi à se lancer. Notez bien le truc car vous en trouverez peut-être dans la rue, de ces jeunes.

Les jeunes volent autour des adultes et de la colonie, la repèrent, observent l’emplacement des trous utilisés. #formationprofessionnelle
L’été prochain, ils feront la même chose : formation et repérage. En cas de pluie, évidemment, ils seront les premiers à décarrer.

Et si la saison est terrible et les morts nombreux, eux, qui auront filé à temps vers les réservoirs de proies, auront survécu.
Ils reviendront l’an prochain. Et lentement, ils refonderont et reconstitueront la colonie.

A condition qu’ils trouvent encore des trous qui n’ont pas été bouchés. Des immeubles pas remplacés par un cube de verre.
A condition aussi qu’ils trouvent encore des insectes à chasser. Qu’ils n’aient pas tous été liquidés par nos pesticides.

C’est ainsi : martinets, hirondelles etc… sont des insecticides gratuits, naturels, non toxiques et performants.
Mais nous préférons tuer leurs proies nous-mêmes, les tuer avec, et bien d’autres, et nous empoisonner nous-mêmes aussi. #wtf

Quant aux cavités, déjà, si on ne rénovait pas les façades pendant les cent jours de présence du Martinet, on respecterait la loi.
Car les Martinets sont des espèces protégées, les hirondelles aussi. On ne peut détruire ni les adultes ni les nids.

Il existe des nichoirs, à placer à 5m de haut, minimum. Il y a même des modèles à incorporer dans les façades des immeubles neufs.
En Suisse et en Allemagne, c’est désormais quelque chose de classique. En France, on continue à le prendre à la rigolade.

Enfin, pour être juste, disons que ça évolue, mais très lentement. Trop lentement.
Mais avec un peu de chance, et votre aide aussi, la #LPO parviendra à faire prendre en compte la biodiversité dans la norme #HQE.

Nous sommes fin juillet. Les Martinets ne sont chez nous que cent jours. Ils vont repartir très bientôt.

Le ciel va redevenir vide et silencieux. Ce sera un grand pas vers l’automne, mine de rien. #mélancolique

Mais pour le printemps prochain, vous savez ce qu’il vous reste à faire: guetter les premiers… pourquoi pas les accueillir !

C’est fini pour ce premier #tweetoizo … Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter les deux numéros de La Hulotte (n°78 et 79) qui vous apprendront encore bien des secrets sur cette espèce si commune et si incroyable, mais aussi comment lui construire et poser un nichoir, etc.
Et aussi vous inscrire sur le site Biolovision de l’association de protection de la nature de votre coin – il y en a presque partout maintenant – vous le trouverez en cherchant « Biolovision » + « Votre département ou région » pour saisir vos observations des derniers Martinets de la saison, consulter les bestioles qui ont été vues autour de chez vous, et bien plus encore !

Ah, oui ! Hier, on me demandait: comment le reconnaître ? Et bien, malheureusement, je n’ai pas de photo à moi: ces fichues sales bêtes volent beaucoup trop vite pour mes talents de photographe. Mais vous présentera tout ce qu’il faut. Remarquez cependant que la gorge pâle n’apparaît guère sur le terrain, sauf à voir l’oiseau de très près. Enfin, comment le distinguer des Hirondelles ? Et bien, déjà, puisqu’il niche dans un trou, il ne fait pas de nid visible, ni d’ailleurs de saletés sur les murs. Les Hirondelles construisent toujours un balconnet d’argile. Enfin, les plus répandues d’entre elles ont le ventre blanc ! (Mais, dans les Alpes, à Lyon, à Saint-Etienne on a aussi le Martinet à ventre blanc… Et il y a des Hirondelles toutes grises… Un bon petit guide et c’est parti ! Bonne découverte !)