Construire une paix qui ne vient pas

Note préliminaire : tout ceci n’est que ressentis personnels sans la moindre prétention à l’expertise.

Une de plus.

Peut-être une autre le temps que j’écrive ces lignes.

Et tout a marché comme sur des roulettes : comme l’écrit remarquablement Slate, « le petit frisson dégueulasse de l’alerte attentat » s’est déchaîné. Et pas que chez les journalistes. Chez les anonymes, chez les politiques aussi ; on a vu Christine Boutin relayer la rumeur de fusillade rue Vernet … mais pas le démenti, pourtant bien vite sorti.

Peut-être parce qu’ils ont la chance que la peur les épargne assez pour se permettre de jouer avec celle des autres.

Dangereux. Car cette petite mécanique a pour première conséquence de révéler et d’aggraver encore l’irrationnel de la peur du terrorisme, je veux dire : l’ampleur de son impact psychologique, par rapport au fait brut. Ce qui est précisément le but du terrorisme.

Il est rare – et prions certes et agissons pour qu’il en reste ainsi ; j’y reviendrai – que le terrorisme, dans un pays occidental, devienne une cause première de mortalité. En France, les accidents de la route tuent vingt fois plus, les accidents domestiques 70 fois plus, les suicides 60 fois, et le tabac trois cents. À l’aune de la peur que nous inspire le terrorisme, le nombre de cancers mortels, et parmi eux, de cancers à cause environnementale, devrait nous inspirer une terreur permanente plongeant la population dans l’hypocondrie. Et aucun politique ne devrait pouvoir être pris au sérieux sans un projet en béton contre l’abus de pesticides et de perturbateurs endocriniens. Si la sécurité est la première des libertés, rationnellement, c’est d’abord cette sécurité médicale et sanitaire qui devrait truster les unes. Il n’en est rien. Pourquoi ?

L’acte terroriste est vu comme intolérable, car évitable, anormal. C’est vrai. Il n’est pas question de « nous y faire ». Mais n’en va-t-il pas de même des suicides, des cancers à cause environnementale, des accidents de la route et de la plupart des accidents domestiques ? Nous nous sommes bien laissés intoxiquer à coups de « c’est le progrès » au point de trouver tout ça normal. Dû au hasard. Sans cause. Sans que ce soit la faute de personne. C’était évitable et nous n’en serions peut-être pas là.

Mais il ne s’agit pas là, bien sûr, de violences dirigées sciemment contre des personnes (tout au plus de conséquences cyniquement assumées, et c’est assez pour causer la mort en masse). Ce sont des choses qui peuvent arriver dans une société en paix, croyons-nous. Ainsi rejoignent-elles la « normalité ».

Des sociétés en paix ? Les années antérieures à « Charlie » nous apparaissent aujourd’hui comme des temps heureux, paisibles, où l’on n’avait pas à s’en faire. Évidemment absurde. Pour ne parler que de lui, le terrorisme frappe l’Occident depuis les années 70. Que dis-je : depuis les années 1880, avec des va-et-vient. Deux Présidents de la République ont été assassinés. Il n’y avait pas plus aveugle ni plus imbriqué avec le grand banditisme que le terrorisme anarchiste de la « Belle Époque ». Quant aux années 70-80, ce sont celles de Septembre noir, d’Action directe et autres Brigades rouges. Tout cela avant même l’émergence du terrorisme islamiste. Et l’absence de bombes n’est pas la quiétude pour autant. Qu’est Mai 68 sinon l’explosion d’une profonde et irrésoluble tension ? Aujourd’hui, le terrorisme vient que se surajouter à la gravissime crise de l’emploi, désormais vieille de quarante ans, aux inégalités, et à toutes les formes de tension qu’alimente la multiforme crise écologique : catastrophes naturelles, crainte de l’accident nucléaire ou chimique, conséquences présentes et à venir du dérèglement climatique. « Avant », nous dormions déjà fort mal.

Nos sociétés sont parcourues de tensions mortelles. Des gravures néolithiques prouvent qu’il n’y a là rien de nouveau. Et comme le démontre Olivier Rey dans Une question de taille, nos métropoles géantes ne peuvent qu’aggraver le problème. Quelque libre que soit chaque individu de devenir « bon » ou « mauvais », il existe toujours une part d’individus dangereux, pas forcément en hausse d’ailleurs ; mais la taille même, la densité simple de ces fourmilières humaines génèrent de façon mécanique la possibilité pour ceux-ci d’entrer en relation et de multiplier la menace qu’ils représentent ; et de même les opportunités pour eux de commettre des horreurs aux dépens de foules vulnérables. L’entassement, le vacarme, bref, tout ce qu’on appelle la « faible qualité de vie » augmentent encore la tension d’un cran, en sus de tous les facteurs déjà cités.

Rien qu’à cause de tout ça, il est vain de désigner l’islam (ou même « léreligion ») comme cause au sens où il suffirait de les supprimer pour entrer dans une ère infinie de paix et de félicité universelles, au son des flûtes et sous les pétales de roses.

Ben non. Toutes les autres sociétés humaines ont généré aussi ressentiment, tensions, haines, mobilisation par les assoiffés de pouvoir des simples assoiffés d’une vie paisible, et l’islamisme est le tuyau du moment par lequel jaillit cette violence. J’entends par là, non qu’il ne soit « pas le problème » de notre époque, mais que s’il n’existait pas, nous aurions d’autres violences tout aussi graves à la place. Ce n’est pas lui qui pousse l’agriculteur au suicide ni le bandit à braquer une banque. On vient même d’apprendre que l’énergumène qui a failli tuer toute l’équipe du Borussia Dortmund ne cherchait qu’à spéculer sur la baisse des actions du club.

Bref, on se tuerait pour d’autres raisons, y compris, le cas échéant, entre bons petits Blancs de racines fort chrétiennes. Chez les hameaux de fermiers à faucilles de silex comme dans les villes-mondes industrielles, la société vraiment en paix est un rêve, un fantasme, nous devrions le savoir.

Et pourtant nous avions cru la toucher du doigt.

C’est peut-être l’une des raisons de notre épouvante.

Les tensions sont de tout temps, certes. Mais il existe aussi des interludes où la concorde et la prospérité générales semblent soudain à portée. Et les plus de 35 ans de notre époque en ont vécu une : la chute du Mur. Souvenez-vous. Pour ma part, j’avais 13 ans en 1989. Rappelez-vous cette décennie. En dix ans, nous étions passés de l’ombre sinistre des euromissiles au triomphe de la paix et de la liberté sur l’étoile rouge, sans un coup de feu ; et nous avions vu de même les dictatures de droite d’Amérique latine ou des Philippines tomber comme des fruits mûrs. L’Apartheid vacillait sur ses bases. Les vieux despotes africains s’éteignaient, et dans cette dynamique, l’écrasement du Printemps de Pékin apparaissait comme l’ultime soubresaut d’un monde en train de finir.

Traitez-nous de naïfs, je voudrais vous y voir : comment vouliez-vous qu’à cette époque, nous n’ayons pas été tentés de croire que ça y était, que tous les peuples allaient se tendre la main d’un bout à l’autre du monde et parachever ensemble le règne de la paix et de la vie bonne pour tous, que plus jamais un tyran n’oserait lever une oreille et que la fin des inégalités n’allait plus dépendre que de nous ?

Que notre vie ne dépendrait plus que de nous et qu’il n’y aurait plus d’armes braquées sur quiconque ?

Le même rêve n’a-t-il pas habité l’humanité en 1919, par exemple ?

Nous avons vite compris que ce serait plus dur que prévu. Mais se dire que c’est fini, que c’est raté, et que ce sera toujours raté jusqu’à la fin des temps, c’est une autre histoire. Nous ne voulons pas renoncer à ce rêve parce qu’il semblait se concrétiser enfin, et voilà pourquoi, peut-être, son échec nous scandalise et nous horrifie plus qu’il ne devrait. C’était si bien parti.

Cherchons encore : il y a ce constat de se trouver, inexplicablement, pris pour cible par une haine glacée, implacable, sans comprendre pourquoi. Par le terrorisme, nous nous sentons visés, chacun personnellement et d’une manière atroce et injuste.

Nous nous sentons surtout impuissants. Il ne faut pas céder à la peur, c’est entendu. Il faut faire preuve de résilience. Nous pouvons nous inspirer des Londoniens en 1940. C’est vrai. Ils n’avaient rien fait qui justifiât qu’on bombarde leurs maisons. Il n’en fallait pas moins courber le dos, attendre, et enterrer les morts.

Il fallait se mobiliser pour la victoire finale, ce qui, pour un civil, prenait des formes bien modestes et bien indirectes.

Le but politique n’en était pas moins clair. L’Allemagne vaincue, ce serait fini.

Quand sera-ce fini ? Quelle victoire sur le terrorisme ? Nous nous sentons impuissants parce que nous, civils, pouvons un peu voir ce qu’il ne faut pas faire, mais guère voir ce qu’il faut faire ni ce que nous pouvons y faire. Pas grand-monde ne semble le savoir clairement. Passe encore que la course vers la solution politique du conflit soit longue et difficile, si l’on s’y sait embarqué. Mais si l’on n’a même pas idée du cap, comment voulez-vous y arriver ?

Nous espérions maîtriser notre destin et voilà la perte de contrôle absolue. Subir sans même savoir en attendant quoi. Sans même savoir quel objectif peut se fixer l’État, l’homme politique, a fortiori le citoyen. Traquer les réseaux terroristes existants, oui, bien sûr. Mais empêcher qu’ils renaissent sans cesse ? Et empêcher qu’ils naissent sous d’autres formes, sous d’autres bannières ? Mystère.

Mystère et boule de gomme de dirigeants qui, du reste, savent qu’on gouverne mieux une société divisée. Que des citoyens unis – autrement que mobilisés par quelque funeste chef de guerre – pourraient bien avoir l’idée de se passer d’eux, de se voir autonomes. Divisons donc et prenons le pouvoir.

De fait, tous nos candidats « rassemblent » en divisant. Rassemblent contre et rarement pour. Pas même pour faire quelque chose ensemble.

C’est l’impasse de l’impuissance : normal d’avoir peur, acculés sans défense.

D’où viendra l’issue ?

D’une « société écologique » n’espérant plus l’illusoire miracle d’une surabondance matérielle, mais fondée sur les liens humains tissant une « vie bonne » plus sobre, et partant moins compétitrice, moins hargneuse, moins tendue (n’a-t-on d’ailleurs pas assez démontré que le dérèglement climatique et les sécheresses à répétition jetaient des hommes dans les bras du djihadisme ?)

Celle-ci est-elle possible ? Pouvons-nous la fonder plantule par plantule, au-delà de la peur ? Qui en voudra ? Nous sommes beaucoup, sans doute… parfois à la désirer sans le savoir. Sa route est pavée de renoncements : à des biens, au pouvoir, à la facilité de la haine, et surtout, hélas, à la croyance que cette société de paix simple et mondiale puisse, réellement, survenir. Seul le retour ultime du Christ donnera même pâture au lion et à l’agneau – au vif soulagement des mercantis, car ils n’auraient alors plus qu’un seul produit à vendre aux deux. En somme, il faut surmonter notre peur pour construire une paix dont nous savons d’avance qu’elle ne sera jamais aussi complète que nous l’espérons, une « vie tranquille » qui ne peut être qu’un doux rêve. Nous savons que la paix, la paix générale, c’est pour demain, mais jamais pour aujourd’hui. Cela ne sera jamais pour un aujourd’hui humain.
Mais cela reste le seul moyen de s’en approcher quelque peu. Nous avons peur mais il faut cultiver notre jardin.

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Humanité

Le temps du choc est déjà passé, ou pas. Il sera long à le faire, parfois. Est-ce plus effroyable qu’une bombe qui tue à l’aveugle, ou moins ? Ni l’un ni l’autre, juste différemment. Le but est le même : terroriste, au sens premier.
Le mot d’ordre est évidemment de « rester digne ». Nous ne sommes pas épargnés – ce billet en est la preuve – par la vague de resterdignite qui tente de faire pièce aux récupérationnites diverses ; cruel dilemme.

Tout va trop vite. Le sang n’avait pas séché qu’aux premières réactions succédaient déjà les analyses des réactions. Le mot-dièse #JeSuisCharlie les a concentrées comme une lentille fait d’une lumière.

Mais si nous laissions une chance à l’humanité ?

Pour reprendre quelques mots déjà postés par ma petite pomme sur les réseaux sociaux, #JeSuisCharlie et pourtant, je ne me sens pas d’affinité, mais alors vraiment pas, pour les idées véhiculées depuis disons deux ans par ce journal. La démarche intellectuelle qui amenait ces dessinateurs à décrire de façon ordurière des idées, des croyances et des convictions dont il se trouve qu’elles me tiennent à cœur me révolte, je la ressens comme injuste et infondée, et inutilement blessante. Seulement, c’étaient des dessins, des mots et des idées. Auxquelles il convenait de répondre par des mots et des idées, et des dessins quand on sait faire. C’est ce qu’ils faisaient et c’est ce qu’ils attendaient que leurs adversaires fissent. C’est ça, la liberté d’expression, la confrontation d’idées d’où sort le bien commun. Non, pardon : ce n’est pas ça, cela en fait partie. La confrontation n’a évidemment pas besoin d’être ordurière. Mais elle doit en inclure la possibilité. Sinon, l’éventail du légalement exprimable se réduit, à coups de lois, de menaces et de peur, jusqu’à se muer en une étroite et dure ligne. Ce que voulaient les tueurs et ce que veulent tous les tyrans, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’ombre.

Dire #JeSuisCharlie aujourd’hui, pour moi qui n’appréciais pas la ligne de ce journal, c’est cela. Ce n’est pas, tout à coup, trouver géniale sa ligne éditoriale. Ce n’est pas céder à une espèce d’unanimisme niais et grégaire, encore moins « passer pour quelqu’un qui fait partie des bons » ou je ne sais quoi. C’est dire haut et fort qu’il n’y a pas de liberté sans liberté d’aller jusque-là dans l’expression, et de répondre avec exactement les mêmes termes si on le souhaite. Ce n’est pas dire que le bête et méchant, ou jugé tel par beaucoup de monde, constitue un meilleur symbole de la liberté d’expression que d’autres articles. C’est dire que si le bête et méchant est puni d’une mort atroce – une vraie, pas un « lynchage médiatique » – alors la liberté n’est déjà plus qu’un mot. Voilà le sens que je donne, pour ma part, au fait d’écrire #JeSuisCharlie. Il vaut pour moi et pour l’usage que j’en fais. Ce sera évidemment différent pour ses lecteurs de toujours. Ce n’est pas, par exemple, et même pour des raisons variées, celui qu’ont choisi d’accorder à ce mot-clé les auteurs d’articles intitulés « Je ne suis pas Charlie ». Il n’y a pas de définition officielle. Il suffit que chacun exprime clairement laquelle il retient pour lui-même et ce qu’il fait en conséquence.

Charlie allait trop loin dans la provocation ? C’est pour cela que leur mort doit nous révolter. La liberté d’expression existe ou non, elle ne se mètre pas. Charlie Hebdo défendait ma propre liberté, parce que la publication d’articles, à mes yeux, choquants, créait, du même coup, et garantissait ma liberté et mon droit à en faire autant de mon côté à leur égard, et ainsi de suite pour nous tous. Si l’outrance est punie de mort, alors notre vie dépendra d’une expression à la « liberté » strictement bornée, encadrée par de hauts murs de peur, à droite, à gauche, au-dessus, devant et derrière ; en-dessous, le vide. Rassurant ?
Je crois que parmi toutes les réactions qui m’ont effrayé, celle-ci est l’une des plus inquiétantes : ce discours qui consiste à dire qu’ils n’ont un peu que ce qu’ils méritent, parce qu’ils étaient allés trop loin. Un discours qu’on est loin de ne trouver que sur les comptes twitter djihadistes. Je l’ai entendu tout autour de moi de la part de croquantes et de croquants, de gens bien intentionnés, qui se moquent bien de telle ou telle religion, mais qui trouvent juste qu’en fin de compte, il y a des choses qui ne se font pas au point de mériter d’être fusillé dans son bureau.
Beaucoup ont sans doute juste envie de se rassurer, et de se dire qu’il suffit de ne pas faire ceci ou cela et qu’alors on ne risque rien. Tous les dictateurs savent que c’est une opinion répandue, et l’exploitent jusqu’au bout. « Chacun peut rester tranquillement allongé sur son canapé, vraiment à celui-là je ne ferai rien », commentait Hermann Göring au lendemain de la Nuit des longs couteaux, celle qui avait vu liquider non seulement Röhm et ses sombres séides (par d’autres plus sombres encore) mais aussi l’essentiel de ce qu’il restait, en juin 1934, d’opposants démocrates encore libres. Nous avons tous, au cœur de nous, une tentation semblable. Elle est humaine et compréhensible et lâche résignation quand même, et aucun de nous ne peut dire, tant qu’il n’a pas été mis à l’épreuve, où se trouve sa propre limite.

Nous sommes ici à un tournant ; nous avions oublié que la liberté n’était jamais acquise, et pourtant, certes, ce n’est pas depuis hier matin qu’elle est menacée de toutes parts, ici, dans notre petit Occident satisfait. Voilà qu’elle se met à comporter des risques. C’est maintenant qu’il faut refuser de faire profil bas, de conclure « qu’il y a des choses qui ne se disent pas » à cause du canon d’une arme. Il y a en effet des choses qui ne se disent pas aux termes de la loi. Lorsque nous la pensons enfreinte, c’est affaire de justice, de tribunal. Et si nous pensons cette loi trop restrictive, nous avons et nous devons défendre le droit de le dire.

Sans armes.

Il est si tentant de déclarer la guerre. Et nous risquons de nous retrouver comme eux : à tuer la liberté de tous pour défendre la nôtre, à défendre nos idées en nous plaçant du bon côté du lance-roquettes. Et les douze morts du 7 janvier 2015 mourront une deuxième fois.

Et pour répondre à une question qui m’a déjà été posée hier sur Twitter, tout ceci s’applique à n’importe quel citoyen dont on juge qu’il abuse de sa liberté d’expression. Qu’on leur oppose des arguments et des idées, et la justice en dernier recours – et libre à eux de faire de même. Et qu’on se garde aussi de mettre sur un pied d’égalité des attaques verbales ou un moindre temps de parole télévisuel avec un meurtre par balles. S’il vous plaît. On lisait hier « Et Zemmour, et Dieudonné, et Untel et Untel ils ont le droit, eux, à la provocation ? » Ben oui. Ni plus, ni moins que Cabu, Charb et les autres. Mais là, ce sont Cabu, Charb « et les autres » qui sont morts.

Pourquoi parlais-je de laisser une chance à l’humanité ?

Parce que les « Non », hier, sont venus de droite, de gauche, de lecteurs de Charlie et de contempteurs de Charlie, de chrétiens, de musulmans, de juifs, d’athées et d’agnostiques ; il en est venu d’Amérique et d’Asie, d’Afrique et d’Europe des quatre points cardinaux, de jeunes et de vieux, de leaders politiques et de passants, il en est venu de toute l’humanité. On a vu des rassemblements spontanés, tenez, dans toute l’Amérique du sud. Dans des pays où le souvenir de la liberté d’expression écrasée est autrement plus vivace parce que plus récent que chez nous. On a vu ces meurtres condamnés officiellement par l’Iran, vingt ans après l’affaire des « Versets sataniques ».
Je ne crois pas que quiconque ait imposé à toute cette humanité de suivre une sage petite ligne vivrensembliste cucul à la française. Elle aurait pu, en toute liberté, s’en foutre. Qu’elle ne l’ait pas fait est un signe.

Alors, laissons-lui une chance avant de parler d’hypocrisie ou de parier sur la date de fin de l’union sacrée. Il y a des hypocrites et aucune union sacrée ne dure. Mais c’est une belle humanité qui se dévoile dans les brefs intervalles de temps où elle est capable d’en recréer une nouvelle. S’il doit y avoir dans cette affaire un motif d’espérance et de foi, que ce soit celui-ci.

Quant à la charité, son devoir ce matin est tout tracé : prier pour les disparus, célèbres ou anonymes, héros du devoir ou victimes d’une coïncidence d’emploi du temps, pour leurs familles, pour les blessés, et pour les meurtriers. Pour notre pays et pour notre humanité.

lumicharlie

Au boulot.