Compter, connaître la faune sauvage… Faune-France, le meilleur outil

Compter, connaître la faune sauvage… Faune-France, le meilleur outil

Vous avez vu une bête sauvage ? Ne le gardez plus pour vous.

Il est de plus en plus fréquent que certains d’entre vous me signalent une observation remarquable (un vol de cigognes par exemple) ou me demandent si tel ou tel oiseau est présent, rare, répandu… dans leur ville ou leur région.

Pour vous répondre, je me sers systématiquement des sites Visionature et je propose de vous y guider un peu. Non pas que j’en aie marre de vous répondre (du tout !) mais en sachant naviguer vous-mêmes sur ces sites, vous y découvrirez plein d’infos collatérales à votre question.

Est-ce que telle espèce est rare, commune, classique, en France, dans ma région, dans ma commune, à cette saison, toute l’année, au printemps, en hiver ? Est-ce qu’on peut la voir un peu partout, plutôt en montagne, plutôt dans le Midi, ou sur le littoral, ou dans les régions d’étangs ? Tout ça, maintenant, vous pouvez le savoir en cinq clics maxi.

Et même vous pourrez à votre tour contribuer.

Pour commencer : c’est quoi Visionature, Faune-France et tout ça ?

Visionature, c’est un modèle d’interface créé par une société suisse appelée Biolovision pour créer des sites internet de saisie et de consultation de faune et de flore sauvage. Surtout de faune. Pour la flore, les méthodes de recensement sont très différentes, alors ça ne se fait pas trop, à la notable exception du site Orchisauvageconsacré aux orchidées sauvages (sans blague ?) de France métropolitaine.

Sans détailler de trop :

  • La très grande majorité des associations de protection de la biodiversité de France (LPO et autres) ont déployé progressivement des sites Visionature sur leur territoire d’action, ce sont les « sites locaux » dont l’URL est généralement Faune-departement.org ou faune-region.org (faune-iledefrance.org ou faune-loire.org par exemple) ; pour découvrir tous les sites locaux, c’est ici
  • Elles se sont organisées en un réseau national grâce auquel elles peuvent discuter dans des comités et transmettre aux ingénieurs de Biolovision leurs demandes spécifiques d’amélioration de l’interface, mais aussi décider de transmettre des données à tel ou tel partenaire public, scientifique, privé… en veillant à ce que la sécurité des animaux concernés ne soit pas compromise ;
  • Ce réseau a débouché sur l’ouverture en 2017 du site faune-France.org qui agrège les données de tous les sites locaux et permet de saisir directement ses données, qu’il existe ou non un site local.
  • Enfin, il existe une application mobile sous Android (NaturaList) qui permet de saisir ses observations sur le terrain avec son téléphone puis de synchroniser le tout avec les sites du réseau Visionature.

Concrètement ça donne quoi ?

Pour faire part de vos observations de faune, qu’il s’agisse de mésanges dans le nichoir, de cigognes posées sur l’église du village, d’un renard écrasé sur la nationale ou de tritons dans le lavoir :

1/ Rendez-vous soit sur faune-France.org soit sur le site local de votre région ou département s’il existe, cliquez sur J’aimerais participer et inscrivez-vous

2/ Connectez-vous avec le login (mail) et le mot de passe fourni

3/ Allez dans Transmettre mes observations, pointez l’endroit sur la carte puis indiquez l’espèce, la date, le nombre etc.

Important : donnez une adresse mail que vous consultez, car les données sont vérifiées (relues) et en cas de doute, un vérificateur vous contactera. C’est la véritable raison d’être de l’inscription obligatoire : garantir ainsi la fiabilité de la base.

Votre inscription effectuée une fois est valide sur TOUS les sites Visionature ; les locaux, le national Faune-France, et même les étrangers (ornitho.ch, ornitho.it, ornitho.de etc)

Elle vous servira aussi pour utiliser l’application NaturaList.

La localisation exacte d’une donnée n’est consultable que par les administrateurs du site (associations). Vous pouvez masquer votre nom, les données, les photos des animaux que vous joignez aux données. Autrement dit, vous pouvez saisir les données de votre jardin sans que ça révèle le moins du monde votre adresse à la planète entière.

Seule l’association qui administre la base verra toutes les informations et s’en servira exclusivement dans des buts de protection conformément à son objet. Aucune information, jamais, n’est vendue à des fins de vous refourguer on ne sait quelle pub ciblée.

Notez que vous pouvez consulter un certain nombre d’informations sans vous inscrire (mais pas en transmettre).

Pourquoi donc noter ses observations de faune sauvage sur Visionature ?

Parce qu’elle se fait de plus en plus rare, pardi. Quelques espèces très adaptables tirent leur épingle du jeu dans les milieux à la noix fabriqués par l’homme – en gros elles font les poubelles, l’immense majorité régresse à toute vitesse. C’est vrai en Amazonie comme en Europe, vrai des vautours au Pendjab comme des orvets dans le Poitou, de la chouette du clocher comme des pandas lointains.

Alors, noter tout ce qu’on a vu dans une base centralisée sert déjà à ça :

  • Vérifier si, oui ou non, les espèces diminuent ;
  • Savoir où, quand, comment, elles se maintiennent, progressent ou s’effondrent.

Je vous vois venir : madame Elisabeth Levy veut de la science et vous aussi, et vous allez me dire que le simple tas d’observations éparses faites sans protocole par des personnes aux connaissances naturalistes hétéroclites n’est certainement pas le genre de chose sur quoi fonder des tendances calculées au centième près. Tout à fait. Seulement, bien sûr, on ne fait rien de tel. Sans nous étendre car j’ai déjà traité le sujet ici, retenons que tout un chacun, selon ses compétences, peut saisir des données « opportunistes » – des observations toutes simples – ou s’inscrire à tel ou tel protocole strict de suivi, et que les tendances sont d’abord calculées grâce aux données protocolées. Toutes sont de toute façon réunies dans Faune-France et son réseau: la mésange de votre nichoir tout comme les données recueillies par les rapaçologues chevronnés qui suivent les nids de Vautour percnoptère sous financement européen. Il n’y a pas « le truc grand public » et « le truc des pros » qui serait ailleurs, secret, fermé.

À quoi bon, dès lors, saisir des données opportunistes ?

D’abord parce que lorsqu’elles sont très nombreuses, il est possible de les exploiter quand même, la masse compensant dans une certaine mesure les biais. Il incombe aux rois des stats de dépatouiller ce « dans une certaine mesure » et le Muséum d’histoire naturelle planche dur sur le sujet, maintenant que nos fameuses bases Visionature collectent des données, littéralement, par dizaines de millions. Plus de soixante millions à ce jour dans l’ensemble du réseau !

Ensuite parce qu’une donnée opportuniste, c’est déjà une donnée de présence (voire de reproduction, si vous notez un couple, une nichée…) qui permet de connaître l’aire de répartition – la surface peuplée par une espèce.

Enfin parce qu’en ce moment, même les espèces communes disparaissent à la vitesse de l’éclair. L’énorme masse de données collectées par le réseau Visionature nous donne une vision de plus en plus fine de ce drame, comme on rend sa vision plus nette en ajustant la molette des jumelles. C’est ainsi qu’on découvre que les aires de répartition ne sont plus continues mais trouées de partout. La fréquence à laquelle une espèce est notée, rapportée au total, donne un indice de son évolution. Et ainsi de suite – je simplifie à l’extrême, car cet article est déjà très long. Avant de conclure, de classer, notamment, les espèces dans telle case des funestes Listes rouges il se déroule nombre de filtres, de tris, de recalculs et de tests (et c’est aussi pour ça qu’elle ne se remet à jour que tous les 8 à 10 ans et non en temps réel !) Vous trouverez ici une longue liste des manières d’exploiter ces données, toujours au bénéfice des animaux eux-mêmes.

Le Moineau friquet en Auvergne, observations 2019. Cette espèce était banale partout il y a vingt ans.

Du coup c’est juste histoire de refiler des données aux spécialistes ?

Pas du tout ! Sur tous les sites Visionature, à commencer par Faune-France, vous pouvez apprendre des tas de choses. Les Cartes du moment indiquent l’avancée des migrateurs au retour du printemps par exemple, ou l’émergence d’un papillon, la reproduction d’un triton… Sur les sites locaux, il y a toujours une rubrique « Atlas des oiseaux », « Les espèces de ma commune » ou approchant (les intitulés varient, pas le contenu) grâce auquel vous pourrez voir quelles espèces peuplent votre commune, quelle est leur répartition sur le territoire, à quelle saison on peut la voir.

Exemple de consultation de Faune-France: le passage des Grues cendrées au-dessus du pays dans la deuxième semaine de février 2019 (carte établie en temps réel grâce aux données saisies)

Enfin, il y a la Consultation multicritères (« Consultation des données » sur Faune-France) qui sert à indiquer un intervalle de temps, une espèce ou un lieu… et afficher une liste, un tableau récapitulatif, une carte… bref, ce que vous voudrez. Où donc vit ce machin qu’on nomme Bruant zizi ? L’hirondelle de fenêtre est-elle déjà revenue dans mon département ? Tout ça est à portée de clic. Essayez donc tout de suite !

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Faune-France: la nature au bout de la souris

Le 1er juillet, un site a ouvert dans l’indifférence à peu près complète. Il s’appelle www.faune-france.org

Il est vrai que, comme en informe l’article de présentation à la une, il ne s’agit que d’une ouverture dans une version basique (sic). Son esthétique est sommaire. Il ne contient pas encore beaucoup de données. Il s’est élevé comme une faible plante, comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée; il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire. Mais il verra une postérité et prolongera ses jours; et l’oeuvre de l’Eternel prospérera entre ses mains (Is 53, 2 et 10)

Parfaitement !

Quel est donc ce mystérieux site ? Une révolution. Ou plutôt la nouvelle étape d’une révolution.

D’où viennent les prises de position des associations de protection de la nature, les combats contre les grands projets dévastateurs d’écosystèmes, les recours pour destruction d’espèces protégées ? D’où viennent les listes rouges, les statuts de protection, les chiffres alarmants sur la disparition massive de la faune sauvage ?

De projections idéologiques de gens qui ne sortent jamais d’un bureau parisien ?

Non. De données.

« Le 1er août 2017, à Saint-Bonnet-des-Bruyères j’ai observé un groupe de 300 Milans noirs en vol migratoire vers le sud » : une donnée. « Le 29 juillet, au lac du Drapeau à Décines-Charpieu, quatre Grèbes huppés : mâle, femelle, et 2 jeunes non émancipés » : une autre, et accessoirement une preuve de reproduction certaine du Grèbe huppé sur le fameux lac. « Le 29 juillet, au lieu-dit Combe Gibert à Orliénas, un nombre non précisé de Conocéphales bigarrés ; également Conocéphales gracieux, Criquets des pâtures, Aïolopes émeraudines, Criquets blafards » [car toutes ces bêtes charmantes sont des criquets] : chacune de ces mentions d’une espèce, en un lieu, à une date, identifiée par un ou des observateurs, égale une donnée.

On est vite à des centaines, des milliers, des dizaines de millions rien que pour cette décennie.

L’atlas des oiseaux de France publié l’année dernière s’appuie sur cinquante millions de données recueillies en quatre ans.

Et Faune-France dans tout ça ?

Et bien Faune-France, c’est le site conçu et piloté par un comité réunissant les principales associations de protection de la nature du pays pour faciliter la consultation et la saisie de toutes ces données à tout un chacun.

Car, et c’est toute la dimension politique du sujet, ces données sont produites par les citoyens qui choisissent de contribuer bénévolement aux bases des associations. Une fraction seulement est produite par les salariés de celles-ci ou par des fonctionnaires qui alimentent alors leurs propres bases. Quant aux programmes spécifiques de science participative, qui collectent des données sur un groupe de faune, un territoire spécifiques, ou selon un protocole particulier, elles s’appuient également sur une coordination dont les associations sont partenaires, sinon les principales animatrices, et leur réseau de bénévoles, c’est-à-dire : tout le monde.

Ensuite, et c’est essentiel, ces données sont validées. Évidemment pas une à une, ce n’est ni utile ni possible. Des vérificateurs, bénévoles eux aussi, examinent le flot de données et réagissent en cas de saisie surprenante : un migrateur noté à une date anormale, une espèce très rare et inconnue dans la région, un indice de reproduction pour une espèce qui n’est censément que de passage. Alors, ils contactent l’observateur pour en savoir plus, et s’il le faut l’auteur sera invité à modifier ou supprimer sa donnée jugée erronée, ou trop mal documentée pour être conservée en l’état. Car une donnée « anormale » sera conservée, mais seulement si l’observateur a fourni des éléments probants.

Ainsi, la connaissance progresse, prend en compte les changements propres au vivant, avec rigueur mais en veillant à ne pas démotiver les citoyens par un dogmatisme agressif.

Jusqu’au 1er juillet, c’étaient les portails Faune locaux (faune-iledefrance.org, faune-auvergne, faune-rhone etc…) qui, seuls, permettaient la saisie. Aujourd’hui, c’est possible sur Faune-France et surtout, il existe toute une série de modes de consultation pour connaître les oiseaux vus dans votre région, les différentes espèces de criquets de votre village, la répartition française de tel mammifère, que sais-je ?

Sous peu, les masses de données collectées par les associations sur les portails locaux alimenteront ces synthèses.

L’immense connaissance naturaliste disponible auprès de ces acteurs sera à portée de tous.

Pour le bénévole de terrain, ce sera une aide immense. D’abord, il pourra consulter et gérer d’un coup d’un seul toutes ses données actuellement disséminées sur les sites locaux. Ensuite, il pourra visionner des cartes de répartition, des statistiques, à l’échelle de toute la France.

Pour les acteurs de la protection de la nature… et les autres, ce sera le début de la bataille. Car qui détient ces données, les données brutes, peut les analyser et en produire sa version. Vous me direz : où est le problème ? Puisque ce sont des données validées et nombreuses, il ne doit pas pouvoir y en avoir mille interprétations possibles.

Et bien si. Il suffit d’être de mauvaise foi.

Il suffit d’oublier une donnée ou une espèce et la voilà sortie de la liste des espèces à fort enjeu de conservation (par exemple classée en liste rouge nationale) frappée par un projet. Il suffit, cela s’est vu, de ne consulter que les espèces d’une liste choisie d’avance plutôt que toutes celles connues. Il suffit d’ignorer que les données sur telle commune sont lacunaires – car c’est le lot d’une base participative : la couverture est inégale – et de ne pas effectuer les inventaires complémentaires qui s’imposent.

C’est facile de tricher quand on a la donnée brute et qu’on est juge et partie.

Vous me direz que les protecteurs pourraient tricher aussi. En théorie, c’est vrai.

En pratique, si vous réfléchissez deux minutes, ils n’y ont aucun intérêt. Tricher, ça voudrait dire prétendre qu’il y a des enjeux où il n’y en a pas, des espèces menacées là où elles ne sont pas. Et donc gaspiller du temps et des moyens pour ce qui n’en vaut pas le coup, aux dépens des vrais dossiers chauds…

L’avantage de sites comme Faune-France, c’est qu’en rendant cette connaissance très accessible à la consultation, ils permettent à chacun de s’informer, vérifier, comparer les richesses naturalistes de sites, communes, territoires. Bien sûr, encore faut-il ensuite savoir interpréter – vérifier les statuts en liste rouge, par exemple – mais on trouvera là toute la transparence possible. Chacun peut contribuer et constater la présence de sa contribution. Juste système d’aller-retour.

La meilleure manière de s’impliquer en tant que citoyen pour sauvegarder notre patrimoine naturel vivant, c’est de participer. Apporter des connaissances, même sur des espèces communes, et profiter des richesses de ces nouveaux sites pour apprendre. Nous sommes trop souvent aveugles et sourds à la foison de vie qui se déploie – encore et de plus en plus difficilement – autour de nous : on ne nous a pas appris à la voir ni à l’entendre. La querelle des bases de données naturalistes n’est pas une affaire de technocrates luttant à coups de chiffres dans d’obscures officines politiques : les sites comme Faune-France peuvent être au cœur d’une vraie appropriation du sujet et de ces richesses vivantes par les citoyens.