Descente en Barbarie

Il y a cinq semaines, la France fêtait le Nouvel An. Oh, ce n’était pas sans arrière-pensées ni sans tensions. Les tensions étaient même peu ou prou les mêmes qu’aujourd’hui.
Et puis, il y a eu ce 7 janvier qui a ouvert une porte démoniaque entre nous, et les horreurs qui ont cours tous les matins, là-bas, et dont peu d’entre nous avaient, réellement, touché la réalité. Quelques humanitaires, quelques proches d’exilés, ou encore l’équipe partie là-bas en décembre sous la bannière #Erbilight, c’est à peu près tout. Pour nous, pour tous les autres, cela restait des photos, des vidéos, et comme nous en sommes abreuvés en continu, cela ne touchait pas, n’était pas dans nos fibres. Cela restait juste assez abstrait, juste assez lointain pour que nous puissions nous sentir concernés, mais par la pensée, par un acte intellectuel.

Nous étions même libres de l’oublier. Bien sûr, cela n’eût été ni chrétien, ni même humain ; mais cela nous était possible. À tout le moins pouvions-nous, par instants, souffler, car notre vocation à nous, vulgaires pécheurs, n’est pas d’être éternellement crucifiés pour les horreurs du monde. Ce n’est même pas celle du Christ, mort et ressuscité une fois pour toutes (He 9, 28). C’est dire.

Depuis, par cette gueule de l’enfer ouverte, ont déferlé derechef les mêmes nouvelles qu’il y a deux mois ou deux ans. Mais cette fois-ci, elles nous parviennent sans filtre, elles touchent notre chair, notre cœur, comme jamais encore. Elles se rient de nos herses désormais levées, de nos cuirasses à présent démembrées.
Et comme « les réseaux sociaux » relaient tout, et surtout l’atroce, avec complaisance, chacun de nous a reçu cent vues au moins du pilote jordanien en feu. Tout comme il avait reçu des gros plans des têtes arrachées des otages de l’automne. Comme si nous avions besoin de la vidéo en HD pour y croire. Aparté : s’il vous plaît, le devoir d’information ne va pas jusque-là. Pas besoin de voir, ici, pour savoir. La mère du pilote est morte d’une crise cardiaque après avoir été aimablement mise en présence de la funeste vidéo. Bien joué, les gars.

Cette mise à mort ignoble a marqué une nouvelle date. « Préparés » par les attentats sur notre sol, nous l’avons reçu en pleine face, Daech a bien réussi son coup : un timing démoniaque à la Goebbels. Depuis, tout paraît indécent, tout paraît dérisoire, en face d’un seul et même constat : l’horreur pure, par la main de l’homme, à deux heures d’avion d’ici. Les spectres orange des assassinés se dressent partout, à chaque instant, devant nos yeux, en surimpression sur tout. Que notre malheureux ordinateur affiche son habituelle photo de montagnes enneigées, on a envie de le gifler : les montagnes peuvent-elles encore être enneigées, le ciel bleu, dans ce monde-ci ? Qu’un bébé opéré à Necker fasse l’objet de nouvelles sur son bon rétablissement, il se trouvera quelqu’un pour hurler « indécence, avec ce qui se passe en Syrie », et même si c’est un troll, il aura touché juste.

Plus rien n’existe, ni de beau ni de léger, ni même de grave et de profond, plus rien d’autre que la gueule de l’enfer béante là-bas. C’est là leur plus terrible victoire du moment : nous sommes privés d’initiative parce que privés de la liberté de penser à autre chose, ne serait-ce que quelques instants. En cela, nous sommes en guerre, un état de guerre effroyable et imposé. Une guerre qui va aussi nous interdire, peut-être pendant un laps de temps fatal, de combattre sur tous les autres fronts, toutes les autres gueules ouvertes. De fait, Daech va sans doute trop loin dans la sauvagerie même pour ses soutiens de circonstance, et, à l’instar du IIIe Reich, suscite à présent une coalition planétaire à peu près aussi improbable que l’union de Churchill et de Staline. Mais quand, dans un an, l’EI aura été écrasé, rien n’aura changé par ailleurs. Le Veau d’or aura continué sa guerre à lui, implacable, contre la vie sous toutes ses formes, et aura remporté en douce quelques batailles cruciales.

Le plus grave est que l’horreur de ces années 2014-2015 sera devenue le mètre étalon, le nouveau point de référence. À côté des actes de Daech, tout semble dérisoire. Cela veut dire qu’insidieusement, nous risquons de nous accoutumer à penser qu’en-deçà, rien n’est vraiment grave, rien ne justifie de mobilisation, ni de sympathie, ni de compassion. Tout est relativisé à l’aune de « ce qui se passe en Syrie ». Et ce n’est même plus par mauvaise foi. C’est le ressenti qui naît de l’état de choc où nous avons été plongés Ces atrocités sont trop présentes, trop prégnantes pour nous laisser encore un peu de cœur pour le reste. Et ce, alors même que les combattre relève du jeu d’échecs sordide de nos maîtres. Un jeu et des maîtres que, tout citoyens que nous soyons en titre, nous savons ne plus du tout contrôler.

Hier, un skieur a lourdement chuté sur la piste du Super-Combiné. Alors qu’on ne savait pas encore s’il était en vie et qu’on redoutait le pire, une chaîne de TV, contre l’avis général, a diffusé longuement les ralentis de la scène.

Nous nous habituons à tout voir, à tout subir, et à tout infliger, pourvu que ce soit juste en-dessous de la ligne rouge balisée par les étendards noirs bien connus. Ce phénomène s’est déjà produit. Entre 1914 et 1915, déjà, le monde cossu et affecté de la Belle Epoque s’était barbarisé comme jamais il n’aurait osé le croire, s’il l’avait su à l’avance. Les premiers mois de combats, les premières tranchées, l’avaient accoutumé, lui aussi, à tout voir, tout subir, tout infliger. Ainsi le génocide arménien, les pogroms sur le front de l’Est, et les boucheries d’Artois, de Champagne ou de l’Isonzo purent-ils avoir lieu sans faire lever un sourcil. Nous sommes sur une pente du même genre. Nous nous barbarisons, et notre vernis de valeurs, enraciné dans rien, juste dans un vague hédonisme commandant de laisser jouir l’autre comme nous nous occupons à jouir nous-mêmes, résiste encore moins aux balles de fusil. Une vingtaine de morts ont suffi, au lieu des cent mille d’août Quatorze.

Nous ferions bien de relire d’urgence ce qui s’est joué il y a exactement cent ans dans les têtes. Non, 2014 n’a pas vu éclater de guerre mondiale nous jetant tous au front en pantalon garance, mais l’hiver 15 est en train de ramener au pouvoir le général Horreur avec tout son état-major. Tâchons au moins de ne pas en être complices.

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Fête des Lumières, non. 8 décembre, oui !

« La Décroissance » du mois classe la Fête des lumières, abruptement, comme « la saloperie que nous n’achèterons pas ». S’ensuit un réquisitoire en règle, curieusement (ou pas) assez proche, en beaucoup plus fouillé, et verbalement un peu moins châtié, que le paragraphe suivant, que j’avais écrit en date du 10 décembre 2009 et publié sur un blog aujourd’hui disparu.

Le 8 décembre n’a pas été réussi.
Je parle de celui de la ville de Lyon, et du nôtre. La ville avait pourtant été avertie de ce qu’il fallait cesser de faire. Elle y avait plutôt bien réussi l’an dernier. La voilà retombée dans ses travers (…) Nous avons dû subir, hormis sur la cathédrale, rescapée du désastre, les sempiternelles projections de son et lumière, dues à ce qu’on préfère croire être des infographistes en première année, pour qui nos plus symboliques monuments ne sont rien d’autre que des écrans. (…)
En sortant rue Chenavard, croisant ceux qui y allaient en suivant la file d’attente gérée par la maréchaussée, j’étais pris d’une furieuse envie de crier « n’y allez pas », mais ils ne m’auraient pas cru.
Même Fourvière était laide. Tamponnée d’un lourd revêtement violacé incongru et sombre. Je la préfère dans son fauve de tous les soirs.
Heureusement, alors que les touristes s’agitaient dans les rues, aboyaient dans leur portable that they were at ze Fête des Lumières in Lyon, il est resté assez de Lyonnais pour sauver l’essentiel. Il y avait donc assez de fenêtres soulignées d’un tiret d’or fragile et tremblotant.
Nous marchions par la ville en faisant ces constats, et le résultat m’inquiétait. Qu’est-ce donc qui me séparait de cette foule heureuse ? qui m’empêchait, pour la première fois, de ressentir le bonheur d’un bain paisible de pure lyonnitude ? Qu’est-ce qui, pour la première fois, a fait que je n’ai même pas redouté que l’heure tourne et nous mène, implacablement, au neuf décembre ?
Je ressentais un incroyable vide. Comme s’il eût manqué quelque chose, quelque chose de dense, presque solide, comme un parfum entêtant, comme une mélodie douce, qui eût ressoudé le lien. Je ne ressentais plus aucune âme dans ce que je voyais.

C’est un poncif, mais aussi une réalité vécue : « la fête des Lumières », je n’achète pas. Cette année, nous ne sommes pas allés assister au spectacle des illuminations.

Pourtant, nous sommes sortis, le soir du 8 décembre, après avoir disposé nos lumignons, aux fenêtres de notre immeuble terne et sans relief, au bout d’une avenue de banlieue. Nous sommes rentrés à près de minuit, et pour la première fois depuis bien des années, heureux.
Cela n’a pas été plus compliqué que ça : un retour à l’essentiel. Nous avons rejoint la procession mariale diocésaine qui venait de s’ébranler de la place Saint-Jean, nous l’avons suivie, nous y avons participé.

Cette procession prenait d’autant plus de relief qu’elle faisait suite à celle de l’avant-veille à Erbil, Kurdistan irakien, où d’autres mains avaient porté les mêmes petits flambeaux, les mêmes banderoles, chanté dans une autre langue, mais avec à leur tête le même archevêque, le nôtre. Nous comptions retrouver là – et nous avons finalement retrouvé, devant le parvis de Fourvière – d’autres participants à l’opération ErbiLight, pèlerins de retour d’Irak ou grandes et petites mains de la « WarRoom » Internet lyonnaise. Les lumières allumées ici répondaient à celles de là-bas, la connexion s’établissait, l’union de prière incarnée selon le joli mot de Mahaut Herrmann achevait de s’accomplir.

Je n’ai pas de dévotion mariale particulière, à la base. Et l’importance de la prière est une réalité que je ne redécouvre que depuis quelques années, « la faute » à une éducation chrétienne d’un genre un peu particulier, qui tenait systématiquement à opposer la prière à l’action, la messe à la visite d’un pauvre, le spirituel au caritatif ici-maintenant, plutôt que d’enraciner, nourrir et de vivifier ceux-ci grâce à ceux-là. J’étais, jusque-là, perplexe sur les processions mariales.

Mais ce fut ainsi : visages connus et inconnus, voix connues et inconnues, étaient unis dans la prière, quelques divergences qu’il pût y avoir par ailleurs entre tous ces pèlerins. La procession du 8 décembre, même la diocésaine, attire les clichés comme le pantalon garance les rafales de mauser. « Truc d’intégristes », « bonne conscience de la bourgeoisie qui se garde bien de remettre en cause ceci cela », etc, vous voyez ce que je veux dire. Peu importe. Nous ne sommes ni intégristes, ni bourgeois, et encore moins du genre à ne-pas-remettre-en-cause-les-modèles-qui, nous étions là sans renoncer à quoi que ce soit de nous-mêmes, catholiques lecteurs de la Décroissance, engagés en écologie au quotidien, épris de DSE et même « de gauche » si l’on entend par là convaincus que le bien commun ne naît pas et ne naîtra jamais du « marché libre ». Nous avons participé à cette procession, parce que la communion qui en naissait, l’âme mariale de Lyon (sinon l’âme de Lyon tout court), était une réalité palpable et que nous la croyons capable de transcender ces clivages.
Transcender, sans pour autant « planer au-dessus ». Un Dieu incarné dans un nourrisson couché dans une mangeoire n’est pas un dieu « au-dessus de tout » ce qui constitue notre humanité, notre lutte pour la vie ici-bas. Il n’a pas créé ce monde comme un détail sans valeur : notre vie ici, ce n’est pas rien. Marie non plus n’est pas du genre à planer dans quelque éther inaccessible. C’est même pour cela qu’on la prie. C’est pour cela que nous la prions de nous donner la force pour agir dans ce monde-ci où le Christ nous appelle à préparer ses chemins.

Et lorsque la procession tourne de la rue Cléberg dans la montée Cardinal Decourtray, et que la Vierge de Fourvière se découvre aux regards, Lyon porte toute la prière du monde à la mère du Christ. Etre alors l’une de ces petites lumières – six mille, paraît-il – élève l’âme et surtout élargit le cœur.

Parvenus à Fourvière, nous avons assisté à la messe des jeunes. Là encore, si nous n’avons pas vu grand-chose, positionnés juste derrière un pilier, l’essentiel était ailleurs, et tout autour de nous, ainsi qu’en nous.

Après cela, finir la soirée par un temps partagé entre amis – là encore, une bonne part de la fine équipe ErbiLight – que serions-nous allés nous égarer dans le compacteur de foule des animations officielles ?

Nos cœurs étaient comblés.

#ErbiLight : derrière un buzz catho

L’opération #Erbilight est donc terminée. La délégation lyonnaise partie à la rencontre des chrétiens – et des autres minorités – chassés de leur terre par le soi-disant Etat islamique est rentrée, saine et sauve. Car ce n’était pas joué.
Peut-être sommes-nous à ce point gavés d’information que nous ne mesurons pas ce que cela signifie. Un peu avant treize heures, vendredi, nous avons croisé le groupe de ceux qui partaient. Des visages connus, des amis, sourire aux lèvres, sac au dos, l’excitation d’un départ : un camp scout ? des supporters en partance pour un quart de finale européen ? Non, ils partent pour l’Irak. Pour Erbil, à moins de vingt lieues des mitrailleuses islamistes.
Alors, c’est vrai. On a communiqué. On a fait savoir. On a usé des réseaux sociaux. On en a même joué. C’était puéril, à ce qu’il paraît, et la gravité du sujet ne le souffrait pas.
Avant toute chose, je dois préciser que mon seul rôle dans cette belle aventure a consisté à relayer les tweets, les articles, les liens. Un cran en-dessous du plus bas degré de l’échelle des petites mains du projet, vous voyez. Je n’ai eu aucun rôle dans les choix de communication. L’interprétation que j’en fais n’est peut-être pas du tout celle des décideurs. Je la livre ici telle que je l’ai ressentie, puisqu’elle n’a pas fait l’unanimité.
Le ton était donné avec un mot-dièse #Projetdeouf auquel s’accolait un autre : #teasingdeouf. Ce dernier aurait dû éclairer tout le monde : du buzz, oui, mais sans se prendre au sérieux. Une sorte de parodie, un brin d’autodérision, vous voyez – à l’image de ces deux personnages.
Jusqu’à ce que vienne l’heure de lever le rideau et de dévoiler la véritable nature du #Projetdeouf, qui pour le coup n’avait rien de parodique ni d’autodérision.
Rien de plus sérieux, puisqu’il s’agissait de porter aux chrétiens d’Irak la prière de leurs frères d’ailleurs, par le biais du diocèse de Lyon et de sa vénérable procession mariale du Huit décembre. Et surtout, surtout, il s’agissait de répondre à leur demande pressante : qu’on ne les oublie pas, et qu’on ne cesse pas de les porter dans nos prières.

Le décalage entre les termes du « teasing » et ceux du communiqué du Cardinal Barbarin, expliquant les motifs de ce second voyage en Irak de sa part, a interrogé, lui aussi. Peut-on faire rire avec les choses graves ? Ce qui est sérieux ne doit-il pas être traité avec sérieux de bout en bout ?
C’est un choix possible. N’étant pas professionnel de la communication, mon avis ne vaudra que ce qu’il vaut. Il est qu’on aurait pu, oui, faire sérieux, mais alors, je ne vois pas comment il aurait été possible de faire bien (efficace, s’entend), et en revanche je vois très bien dans quels pièges on aurait pu choir.

Il y a, aussi, que l’Église n’a pas eu à « faire djeunz » pour monter cette communication. On finit par oublier qu’en Église, et dans notre diocèse de Lyon, il y a des jeunes. Des vrais. Il y a même des geeks, des cathos deuxpointzéro, des twittos qui ont le swag et tout et tout. On aime ou on n’aime pas – mais ce n’était pas du « faux ». Ce sont vraiment des jeunes, ou des gens qui tâchent de le rester un peu dans leur tête même quand leur carte d’identité commence à asséner quelques démentis (c’est hélas mon cas). C’est peut-être aussi ça qui a surpris : la comm d’Eglise ravie aux vieilles dames caté de notre enfance, on pouvait ne plus y croire. Ce fut une rude bataille, mais au bout du compte, force resta au smartphone, contre le gâteau au yaourt. Allons, je taquine, bien sûr.

Cette comm, pour ma part, je l’apparente à la fameuse « affaire #GrosPretreCool ». Le sérieux du sujet n’impose pas la raideur, ni la grisaille, ni d’ailleurs le pathos, et on peut parler de choses sérieuses sur un ton léger. Il suffit d’un peu d’autodérision pour s’extraire du jeunisme affecté, tendance cuculiforme, de la « compote pour tous »

Mais le décalage entre le djeunz parodique assumé et la gravité de l’affaire, les risques pris par les participants sur place aussi, il m’a plu. Il surprend. Il titille.
Il n’a pas vocation à susciter des « oh ! » et des « ah ! » admiratifs. Juste à préparer le terrain, à ouvrir les attentions et les pensées, à y faire une place qui sera pour eux, eux qui en Irak ont quitté la Une de l’actualité depuis bien longtemps, et qui savent que cela signifie pour la majorité d’entre nous quitter complètement nos cœurs.

Ne pas les oublier. Si ce n’avait été le cœur de « l’opération », alors il est vrai, l’effervescence communicante eût été déplacée. Mais comment faire connaître sans dire, sans montrer ?

Mais peut-être aussi qu’au fond, ce que nous avons si fortement ressenti ce samedi vers 18h, perchés dans nos deux salles encombrées de portables fumants et pédalant dans la semoule d’un réseau saturé, quatre étages au-dessus de la place Saint-Jean, ne pouvait passer dans le goulet d’un tweet. Il fallait peut-être être un chrétien lyonnais pour éprouver de toute son âme ce que signifiaient ces images relayées sur KTO : les petits flambeaux gainés de papier que nous connaissons si bien, les banderoles « Merci Marie » si familières à nos yeux de gones. Mais là, c’est à Erbil, Kurdistan irakien. Nous avions les yeux rivés vers cet écran – je me suis retourné, je l’ai lu dans les regards – l’émotion d’une prière commune, de l’âme mariale de Lyon, comme si la procession se fût étendue, ininterrompue, d’ici jusque là-bas. Et c’est cela, aussi, que nous avons voulu transmettre, petites mains juste nanties d’un compte Twitter : l’expérience d’une union de prière, à la fois universelle et profondément lyonnaise. La volonté que notre ville donne le meilleur de sa foi à ses frères du diocèse de Mossoul.
Voilà pourquoi tant de messages, tant de tweets, tant de tout ce que vous voulez.

Ce n’est pas à Lyon. C’est à Erbil. (Photo Erbilight.org)

Et puis, que voulez-vous, c’étaient des amis qui étaient là-bas, aux côtés des chrétiens d’Irak. On les voyait tweeter – leur avatar familier apparaître sur l’écran – mais ils sont là-bas. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que Tout Cela – la barbarie, la persécution, les camps de réfugiés, leur détresse, leur foi, leur espérance, la charité qui nous unit – ce n’est pas abstrait, c’est là, tout près de nous. C’est ça aussi, je crois, être « en union de prières », cette formule quelquefois banalisée d’un sec « UDP ».

Voilà. On peut toujours faire mieux. On peut toujours faire autrement. On pourra aussi toujours être critiqué par quelqu’un qui lui-même, ne fait rien ou fait quelque chose, fait moins bien ou fait mieux, a déjà fait ou n’a jamais fait. On pourra toujours, surtout, être accusé de n’agir que pour sa gloire personnelle – le tout à grand renfort de versets.
C’est dommage. Je retiendrai autre chose.

PS : exceptionnellement, je n’ouvrirai pas les commentaires sur cet article.