On l’appellera Prince de la paix

Tout ça pour ça ?

Trois ans et demi de présence sur Twitter, presque trente et un mille tweets, ce qui représente mille deux cents pages Word.

Des followers, des followés, des bloqués, des unfollow.

D’innombrables réactions.

Pour quoi ?

Aucune idée. Ni d’ailleurs aucun moyen de le savoir.

J’ai le sentiment très net, depuis septembre, que l’atmosphère sur ce réseau est encore plus violente que dans le semestre précédent. Et cela n’ira pas s’arrangeant.

Car la méchanceté brûle comme un feu, dévorant épines et ronces, enflammant les taillis de la forêt qui tourbillonnent en colonnes de fumée. Par la fureur du Seigneur de l’univers, le pays est en flammes. Le peuple devient comme la proie du feu : nul n’épargne son frère. On découpe à droite, et l’on reste affamé ; on dévore à gauche, on n’est pas rassasié ! Chacun dévore la chair de son prochain.

Vous avez reconnu ? C’est Isaïe 9. Oui-oui-oui, le même chapitre que le soir de Noël. C’est exactement seize versets plus loin que celui qu’on entend avec tant de bonheur, celui qui proclame : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Étonnant, non ? On préfèrerait le contraire. Commencer par l’énoncé du péché et de la colère, et passer ensuite à la lumière de l’espérance et du pardon. Et puis en vrai, c’est ce qui s’est passé. Manassé, Éphraïm et Juda se sont bien entredévorés, Assour en a bien fait des brochettes, et à la casserole les rois et le Temple. Et tout de même, il y a eu le retour d’exil, les filles portées sur la hanche et tout et tout, et puis le Sauveur.

Oui, mais là nous sommes prévenus, maintenant, il ne reviendra qu’à la toute fin. Et ce n’est pas la peine d’essayer de pousser à la roue. Nous aurons beau ouvrir les vannes et déverser toute notre colère, ça ne hâtera pas la fin d’étang.

Le hâter non, mais le préparer, ça tombe bien, c’est la saison. Dites, on a déjà passé le deuxième dimanche de l’Avent. On ne le voit pas passer, occupés à découper à droite et dévorer à gauche.

On tweete, notamment. On ne laisse rien passer. Il s’agit de ne pas laisser d’espace politique à Manassé, de remporter la primaire d’Éphraïm et de dénoncer le projet des méchants pour Juda ! De dénoncer comment Éphraïm est un danger pour la famille et Manassé pour l’économie ! Guerre ! Dissidence ! Résistance !

Ce n’est pas trop ce qu’on trouve dans les versets qu’on aime bien de ce chapitre neuf. Et si l’on se risque au chapitre dix, on verra – on pouvait s’en douter – à quoi cela nous mène, ces joutes, ces entre-déchirements, ces explosions de colère, ces réactions aux réactions aux indignations des réactions : à rien.

On a beau formuler de bonne foi d’excellentes raisons, ça ne sert à rien.

Les hommes ne cessent de répéter que quand les temps sont durs, il faut des hommes durs. Des vrais. Des qu’en ont. Des à poigne, qui n’hésiteront jamais à écraser qui que ce soit. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, n’est-ce pas ?

Des chefs de guerre.

Et où cela nous a-t-il menés ? à rien.

A recommencer encore et encore.

Heureusement qu’il ne se lasse pas non plus, lui, de venir, lui, le prince de la paix.

Nous avons besoin d’air ; et ces jours-ci nos villes en manquent. Nous avons besoin d’eau ; elle est souillée pour la moitié de la planète. Nous avons besoin de nourriture : on meurt de faim, de malnutrition, ou de « malbouffe », au bout du monde et aussi au coin de la rue.

Mais avant tout nous avons besoin de paix. Nous, chrétiens, n’avons aucune excuse pour l’ignorer : la vraie force, la seule victoire qui vaille parce qu’elle engendre la paix, ce n’est pas celle du général machin, ni des combien-de-divisions-blindées. C’est la crèche, la croix et le tombeau vide.

Voilà l’Évangile que nous devons annoncer. Et pour l’annoncer, il faut en témoigner. Que ça se voie. Que la paix et la Vie rayonnent sur nous.

Est-ce que mes 31 000 tweets ont préparé la venue du Prince de la paix ? Si vous voulez bien, nous allons chacun garder la réponse pour nous. Par contre, je vais essayer de faire mieux. Oh, je ne me fais pas d’illusions, je vais tenir deux heures.

Enfin. Sait-on jamais. Tout est grâce.

Je vais essayer, quand même, de me poser la question, avant chaque tweet.

Est-ce qu’il pave ou entrave la route du Prince de la paix ?

J’espère qu’Il n’a rien contre les calembours, au moins.

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3 réflexions sur “On l’appellera Prince de la paix

  1. Excellent billet ! Merci !
    Je pense aussi à ce psaume, lu récemment :
    « Lâchez les armes ! reconnaissez que je suis Dieu ! » (Ps.46v11)

    Sinon, puisque vous parlez du « Prince de Paix », voici, dans le prolongement de votre article, une méditation autour des « sandales de la préparation de l’Evangile de paix » d’Ephésiens 6 : https://pepscafeleblogue.wordpress.com/2016/11/25/quel-est-notre-elan/

    Fraternellement et que le Seigneur continue de vous inspirer dans ce « Bon Combat »,
    Pep’s

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