Ambiguïtés de l’écologie ? Autour de l’appel de Monseigneur Batut

Dans le numéro de septembre 2014, Mgr Batut, évêque auxiliaire du diocèse de Lyon, a publié une très intéressante tribune intitulée « Ambiguïtés et vérité de l’écologie : les conditions d’un regard chrétien ».

Cette tribune a déjà été largement diffusée et commentée, par exemple chez Patrice de Plunkett Qu’il me soit permis d’apporter encore quelques compléments, sur une partie bien précise, en l’occurrence la première, en tant que professionnel de l’écologie (paf ! ça jette). Pour être précis, chargé d’étude en associations naturalistes diverses depuis le début de ce siècle : au propre et au figuré, au ras du sol, donc.

Au ras du sol, du quotidien du travailleur de l’écologie. La perspective en souffrira probablement. Je ne pourrai parler que de ce que je vis et ressens et de celles et ceux que je croise dans ce quotidien. Nulle prétention à étude sociologique de l’écologue de terrain : un témoignage.

En effet, si j’adhère très largement aux propositions que formule Mgr Batut pour les fondements d’une écologie chrétienne, je crains que la description qu’il donne de l’écologie telle qu’elle se pratique actuellement ne soit un peu abrupte, sinon inexacte, et qu’elle amène d’une manière injustifiée les chrétiens à vouloir refonder leur écologie dans leur coin en se démarquant soigneusement des écologistes actuels. Comme le souligne Patrice de Plunkett, ce serait de leur part faire peu de cas des appels de nos deux derniers papes à dialoguer avec le monde de l’écologie et à se rendre aux périphéries. Ce serait aussi se priver de l’expertise et du savoir-faire scientifique, sans cesse remis à jour, qui président à l’écologie de terrain.

L’écologie ne naît pas de la haine de l’homme

Voyons voir. Reprenons l’aperçu historique que brosse Mgr Batut de l’écologie :

« Dans un premier temps, il s’agissait de montrer à l’œuvre, dans la société productiviste et consumériste, tout ce qui déshumanise l’homme ; dans un second temps, l’accusation se déplace contre l’homme lui-même, dénoncé par certains comme le plus redoutable prédateur de toutes les espèces vivantes constituant l’écosystème, et par voie de conséquence comme le principal danger qui le menace. »

Ce n’est pas tout à fait exact. D’ailleurs, l’une des premières attaques auxquelles les écologistes de terrain durent faire face fut celle de défendre un truc de riches, un luxe de nantis qui allait par contrecoup achever d’affamer les plus pauvres – et ce fut l’origine du rejet de l’écologie par de nombreux chrétiens, notamment de ceux engagés dans l’humanitaire. Or, il en va tout autrement. Comme l’ont d’ailleurs rappelé à diverses reprises les papes Benoît XVI et François, les premières victimes de la dégradation généralisée de l’environnement sont les plus pauvres : érosion de terres trop minces hâtivement déboisées, surpâturage, pollution de la rare ressource en eau, usage massif, déversement de déchets toxiques ou de pesticides, tel est le triste lot des régions défavorisées… Mais le coupable n’est pas l’homme : le coupable est le choc d’une « modernité » prométhéenne, agressive, broyeuse, qui parachute ses méthodes soi-disant universelles dans des environnements naturels et humains auxquels elle n’est pas adaptée. Aussi est-ce beaucoup moins l’homme en tant que tel que l’homme porteur du modèle économique et culturel dominant, celui de l’Occident et de sa production-dévoration de ressources, qui est ici l’ennemi.

Aux écologistes, on a aussitôt objecté qu’il était odieux et immoral de ne pas laisser les autres peuples chercher à rattraper notre niveau de vie de nababs. A l’heure où les données scientifiques établissent que cela nécessiterait les ressources de quatre planètes, ce serait au contraire du dernier hypocrite : les laisser – au vif plaisir de nos bonnes affaires – s’aligner dans une course dont nous savons que la piste, à mi-parcours, s’effondrera dans le vide ?
Encore faut-il, pour être nous-mêmes crédibles, revenir nous aussi à plus de sagesse concernant le confort que nous revendiquons, et apprendre à « vivre simplement pour que chacun puisse simplement vivre ».

Quand la science n’incite pas à y croire

Mais je me disperse. Revenons à nos moutons : l’écologie est-elle vraiment un nihilisme qui cherche à combattre un homme prédateur, en lequel on devrait lire la « haine de soi » occidentale ?

Non, je ne crois pas. Fondamentalement pas.
Invité un soir par une petite association lyonnaise à témoigner de mon métier comme engagement dans la cité – soirée dont l’invité d’honneur était précisément Monseigneur Batut – j’avais insisté sur deux points fondateurs de mon travail d’écologue : l’émerveillement et la science. L’émerveillement naît de la contemplation des splendeurs de la Nature, de sa diversité, de son amour pour les lignes courbes et les solutions alambiquées, la place à chacun (la diversité des niches écologiques) qui aboutit à ce que neuf mille espèces d’insectes puissent être rencontrées sur un seul arbre à Panama. Que cette Nature soit Création, c’est-à-dire œuvre d’une source d’amour, n’ajoute ni ne retranche, pour mon ressenti, à cet émerveillement : il ajoute en revanche une responsabilité. Ici intervient la science : celle-ci permet d’établir, tout d’abord, que même nanti, d’un point de vue spirituel, d’une place à nulle autre pareille, l’homme est créé inséré dans les écosystèmes et qu’il ne peut vivre sans eux (à preuve – en creux, le discours transhumaniste selon lequel la fusion avec la machine serait la seule clé de survie de l’homme. Beuh.) D’autre part, ces mêmes outils scientifiques observent et quantifient l’impact de l’homme sur le reste, et là, aucune idéologie, aucune eschatologie ne nous fera échapper au constat de courbes qui plongent vers le rouge, de paysans chinois acculés à pollliniser à la main (le ridicule ajouté à l’empoisonnement) et autres gaîtés. L’homme ivre de puissance se met en danger mortel au moment même où il se croit devenu Dieu : plus que jamais, ayant voulu faire l’ange, il a fait la bête.

Lorsqu’une espèce vivante prolifère jusqu’à épuiser les ressources dont elle dépend, elle disparaît. Dans les faits, les écosystèmes sont trop complexes pour qu’il n’existe pas des facteurs limitants qui la feront décroître avant d’avoir tout englouti autour d’elle. Vous connaissez bien l’histoire des courbes proie-prédateurs, des élans et des loups dans les îles du Canada. Il est probable que l’homme, lui non plus, ne réussira pas à anéantir la totalité du vivant avec lui. Mais deux choses sont certaines : il ne pourra pas survivre seul ; et il peut disparaître, il peut se faire disparaître lui-même, il en a les moyens, s’il persiste à ne pas réagir. C’est un peu l’histoire du type en train de se noyer qui voit arriver successivement un canot, un zodiac et un hélicoptère à son secours et qui répond « Non, Dieu me sauvera » et à qui une fois noyé Dieu fait remarquer « Dis donc, je t’ai envoyé un canot, un zodiac, un hélicoptère et tu n’as pas réagi »…

Haine de soi ou dépit amoureux ?

Voilà pourquoi l’écologiste en vient à haïr l’homme. Il désespère, voilà tout ! Pour qui ne professe aucune croyance – et c’est son droit – à un statut privilégié de l’homme, les faits matériels bruts révèlent ceci : l’homme moderne est le plus redoutable prédateur qu’aient jamais connu les écosystèmes, il est en train de les dévorer, et rien ne semble pouvoir l’arrêter, alors même qu’il est également doué de raison.

Je crois que Mgr Batut prend l’effet pour la cause lorsqu’il écrit que « Cet anti-anthropocentrisme qui a marqué la « deuxième vague » écologiste n’est qu’un avatar du phénomène de haine de soi qui se traduit souvent dans notre culture occidentale par un rapport pathogène à notre propre passé ». Non, l’écologie n’est pas une philosophie étrange, dépressive jusqu’aux pulsions suicidaires, née d’une « haine de soi » amenant à faire de l’homme un « prédateur à éliminer d’urgence ». Elle est au contraire émerveillement devant la splendeur du vivant, donné gratuitement (qu’on croie ou non à une Origine transcendante), épouvante devant la disparition de ces merveilles au profit de la chape de béton et d’acier d’un « progrès » auquel on ne peut même plus faire crédit de réduire la misère, bien au contraire – crise écologique et misère humaine étant deux faces d’une même pièce – et surtout désespérance après des décennies à tenter, en vain, d’enrayer cette course à l’abîme.

Et l’écologie a raison de condamner l’anthropocentrisme. C’est bien lui qui nous leurre en nous faisant croire que nous pourrons nous passer de tout, vivre seuls, que nous n’avons besoin de rien. C’est lui aussi qui a si longtemps différé le constat (trop humiliant ?) du fait que nous dépendons du reste du vivant. Nous dépendons des carabes, des crapauds, des roseaux, des araignées et des serpents. (Et dire que nous avons déjà du mal à l’idée de dépendre de nos frères…) C’est juste se leurrer complètement que de croire cet anthropocentrisme biblique, même si cela plaît à dire L’anthropocentrisme est, au fond, l’attitude logique de l’homme tant qu’il ignore ce dont il dépend. En concluant hâtivement qu’il n’a besoin de rien, il s’est proclamé maître de tout. Dieu nous en protège. A tous les sens du terme !

Comment pourrait être animé par une « haine de soi » l’écologiste de terrain que, seul, maintient à son poste le fragile bonheur d’être, un matin, de ceux qui se lèvent avant l’aube pour contempler dans une vigne le poitrail rouge d’une Linotte, ou l’œil rond d’un Oedicnème, et au cœur la volonté de se battre pour que ses enfants puissent, dans vingt-cinq ans, vivre les mêmes rencontres ?

Mais peut-il encore y croire ? De tous, il est le mieux placé pour savoir que c’est mal parti. C’est parce qu’il le lit au quotidien dans toutes ses études, dans toutes les bases de données, qu’il interprète l’homme comme un prédateur que sa technique a doté d’une puissance jamais vue, d’une capacité à détruire qui surpasse de loin tant sa capacité que son désir de faire ou de laisser vivre. Que voulez-vous ? L’homme, statistiquement, se comporte comme seul. Où aller chercher des raisons de croire à un renversement des tendances ?

Loin du nihilisme, une foi dans la vie

C’est donc à titre de conclusion, et non de prérequis, que l’écologiste est amené à conclure, désabusé, qu’à tout prendre, il vaudrait mieux que l’homme disparaisse. Que ce serait même « bon débarras », conclut-il non sans « provoc’… » En effet, la Nature nous survivrait probablement, si nous devions l’endommager jusqu’à nous auto-exterminer. Lentement, avec des pertes irrémédiables, mais elle le ferait. Elle réinventerait peut-être même une autre espèce consciente et pensante, et celle-ci serait peut-être davantage capable de dépasser ses instincts de prédateur opportuniste pour faire vraie œuvre de raison, et aboutir à l’équilibre que l’homme serait, dans ce funeste scénario, mort de n’avoir su inventer. Voilà un rêve bien noir, mais aussi une forme de foi – et paradoxalement, une foi en quelque chose qui dépasse l’homme, une foi dans l’immortalité : la possibilité pour l’intelligence de renaître autrement, si la première fois a raté.

Mais il n’est pas question de haine dirigée vers soi-même ni de pulsion de mort, encore moins d’œuvrer sciemment à la disparition de l’homme jugé criminel irrécupérable.
A quoi l’écologiste passe-t-il son temps sur le terrain ? Ouvrez donc un document d’objectifs Natura 2000 ; intéressez-vous au travail mené par diverses LPO, par exemple dans le Rhône, avec les carriers ; plongez-vous dans des mesures agri-environnement ; partout on ne lit qu’une chose : « concilier ». Sur le terrain, l’écologie, la vraie, s’est toujours voulu plénière…

Peut-être même un peu trop – au sens où l’on cherche à concilier ce qui est inconciliable en l’état.
En tout cas, notre écologiste ne travaille pas contre l’homme. Il ne travaille pas à l’éliminer. C’est même tout le contraire. Il travaille à sauver les écosystèmes pour que leur destruction ne détruise pas l’homme, et voit autour de lui ses concitoyens, sourds, courir au gouffre.

Pas plus que le Christ ne s’est suicidé, l’écologiste non croyant ne veut tuer l’homme. Il juge, scientifiquement, cette mort inéluctable, en dépit de ses efforts.

Alors, il se prend à rêver d’une mort de l’homme qui ne serait pas la mort de tout.

Il veut croire que cette mort n’aurait pas le tout dernier mot, que celui-ci reviendra quand même à la vie.

A bien y regarder, cela a plus à voir avec un « si le grain ne meurt ». On y ajoute simplement l’idée que, l’évolution aidant, du grain naîtra une nouvelle plante. Comme une Résurrection. Elle n’est juste pas positionnée au même échelon.

Pour une rencontre féconde

Quelque part, je suis tenté de croire que l’écologie n’attend que d’être fécondée par l’espérance. Elle n’a plus de raisons de conclure à la pertinence d’avoir foi en l’homme. L’espérance chrétienne en est une possible. Et remettre Dieu au centre, à la place de l’homme, renforcera tant l’espérance que notre sentiment de responsabilité.

L’interprétation que Mgr Batut fait de l’écologie telle qu’elle se pratique aujourd’hui inciterait, je le crains, à s’en méfier ou pire. Je crois au contraire qu’il faut, plus que jamais, que ces deux mondes se rencontrent et se fécondent. Il manque peut-être au chrétien non écologiste d’ouvrir une nouvelle fenêtre, celle qui donne sur la « terre sans hommes » que l’Eternel n’en abreuve pas moins de la pluie pour faire germer l’herbe sur la steppe (Jb 38, 26). Il manque peut-être à l’écologiste non croyant d’ouvrir aussi une nouvelle fenêtre, qui donne sur le ciel. Ainsi, il pourra de nouveau « y croire ».

La rencontre des deux peut sauver le monde.

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7 réflexions sur “Ambiguïtés de l’écologie ? Autour de l’appel de Monseigneur Batut

  1. « Elle n’a plus de raisons de conclure à la pertinence d’avoir foi en l’homme. L’espérance chrétienne en est une possible. Et remettre Dieu au centre, à la place de l’homme, renforcera tant l’espérance que notre sentiment de responsabilité. »

    Yep !
    L’espérance(et non « l’espoir »).
    Et merci pour cet excellent billet.

    En Christ,

    Pep’s

  2. Bonjour
    et merci de cet intéressant point de vue, dont je partage l’essentiel (n’étant pas croyant, je range dans l’accessoire tout ce qui, dans votre texte, relève du religieux).
    Puis-je profiter de cette occasion pour vous soumettre une question qui vous paraîtra peut-être fort triviale, mais à laquelle pour ma part je n’arrive pas à trouver de réponse ? Voici :
    – Soit un pur esprit, créateur du monde visible et invisible, etc.
    – Il crée un monde matériel sans aucune contrainte (il est tout-puissant et part du néant).
    – Dès lors, comment la foi explique-t-elle qu’il ait fait le choix d’une vie animale incluant la prédation ?
    – De la part d’un dieu d’amour, on aurait plutôt attendu une planète n’accueillant que les règnes minéral et végétal + la partie herbivore d’un monde animal incluant l’homme.
    – En effet, cette « solution » permettait de faire l’économie de l’effroyable somme de souffrances que représente la mort animale durant des millions d’années.
    – Elle n’empêche nullement le « surgissement » d’une espèce humaine dans une nature qui aurait nettement plus ressemblé au paradis. Simplement les équilibres que nous connaissons auraient été différents.
    Je n’attends pas de vous que vous répondiez « à la place de dieu » (horresco referens !). Simplement, j’aimerais comprendre comment un esprit rationnel (puisque scientifique) prend en compte cet aspect de la réalité à côté de ceux, plus séduisants, traditionnellement retenus par l’iconographie chrétienne (arc-en-ciel et petits oiseaux).
    Merci

    • Bonjour,
      Cette question dépasse, de loin, mes compétences en théologie, mais je vais essayer de répondre de mon mieux. La réponse, en effet, est à la fois très simple et très compliquée, elle s’appelle le mal (ou le péché).

      Nulle part, pas même dans les « aspects plus séduisants retenus traditionnellement par l’iconographie chrétienne » la Nature n’est vue comme un univers où tout le monde il est beau et gentil: la souffrance et le mal y sont bien évidemment reconnus comme présents. Ce principe figure dans la Création, il s’y est insinué. Mais il ne figure pas dans le dessein originel du principe créateur, et tant son origine que les « modalités », si j’ose dire, de cette intrusion restent mystérieuses. Le plus célèbre récit de la Création mentionne le fait que Dieu donne comme nourriture, tant aux bêtes sauvages qu’à l’homme, les végétaux: ceux-ci n’étant pas considérés, à l’époque de la rédaction de ce texte, comme des êtres vivants, cela signifie que dans le dessein originel de Dieu, la Création faisait précisément l’économie de la souffrance qu’implique la prédation (preuve au passage que cette souffrance n’a jamais échappé aux croyants). La réponse théologique est donc: la souffrance existe dans nos écosystèmes, et pas seulement en l’homme, parce que ceux-ci ne sont pas tels que le Créateur les voulait. Il s’est produit un accident que l’on appelle le mal. Bien évidemment, cette irruption du mal dans la tambouille, si j’ose dire, ne correspond pas à un état historique. Les 11 premiers chapitres de la Genèse (comme l’expliquait samedi en conférence le théologien protestant Bernard Rordorf) ne décrivent pas, même de manière métaphorique, une séquence d’événements historiques, mais quelque chose qui se produit de manière récurrente, ou même continue. Il n’est évidemment pas question d’imaginer un état initial d’écosystèmes sans souffrance, ultérieurement brouillé par l’homme: la souffrance lui préexiste à hauteur de quatre à six cents millions d’années au moins (à l’apparition d’êtres assez complexes pour l’éprouver).
      D’ailleurs, divers passages des prophètes ou des psaumes, par exemple Isaïe 11, décrivent le règne de Dieu comme le temps où « le lion, comme le boeuf, mangera de la paille », etc; autrement dit où le plan initial de Dieu aura été rétabli et où la souffrance, y compris celle animale née de la prédation, aura disparu. C’est l’une des choses qui permet aussi à Paul (dans Romains 8, 22) de noter que « la Création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement » et aspire au règne du Christ.

      • 1) L’allusion à l’arc-en-ciel était faite seulement en réponse à votre bandeau « Vois l’arc-en-ciel, et bénis son auteur ! » Plus précisément, j’ai vu l’autre jour une scène atroce (reportage animalier à la télé) : crevant de soif, un buffle, en Afrique s’aventure dans un bourbier et y reste coincé debout. Arrive une bande de hyènes qui ont tellement faim qu’elles attaquent le buffle tel quel (par l’arrière car c’est plus tendre et on ne risque rien). La tête du buffle qui commence à se faire arracher vivant de grands lambeaux de muscles… Question : Quid d’un bandeau « Vois le buffle avec les hyènes et bénis leur auteur ».
        2) Cette idée du dieu à la fois tout-puissant, omniscient… et qui se plante lamentablement dans sa création serait à mourir de rire si le résultat n’était pas aussi tragique. Je résume :
        – Avant la création : la souffrance n’existe pas.
        – Dieu crée : des centaines de milliers d’années de souffrances cumulées (non, nos pauvres joies ne peuvent en aucun cas « compenser » cette horreur.
        – Trouvez l’erreur (je vous laisse chercher).
        Au passage, je remarque que, chez les humains, n’importe quel bricoleur du dimanche dont l’action entraine un accident voit sa responsabilité engagée. Pourquoi dieu n’est-il jamais ni responsable ni coupable ?
        3) Quant au reste, désolé mais vous ne faites que reprendre la posture type du croyant avec référence aux textes, aux théologiens, à la Bible, et in fine au « mystère » si pratique.
        4) Si un jour vous vous sentez l’envie de penser par vous-même, il existe un beau texte de Kant sur le sujet. J’en tire cet extrait :
        « Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, (…) je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, (…) d’autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit à la majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c’est ce à quoi ne manquent pas de s’employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. Après avoir rendu tout d’abord stupide leur bétail domestique, et soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors du parc, ils leur montrent ensuite le danger qu’il y aurait de marcher tout seul. »
        Emmanuel Kant (Qu’est-ce que les Lumières ?)

        Bonne route à vous, et désolé si je vous ai fait de la peine.

    • @Pôpa

      Bonjour,

      J’aimerais compléter ce qu’a dit Phylloscopus avec ma lecture de ce que présente la Bible.

      Tout d’abord je suis intéressé par votre intuition lorsque vous écrivez : « de la part d’un dieu d’amour, on aurait plutôt attendu une planète n’accueillant que les règnes minéral et végétal + la partie herbivore d’un monde animal incluant l’homme. »

      En effet, dans le premier chapitre de la Genèse, la planète créée initialement n’abrite que des herbivores, y compris l’être humain (qui est à la fois homme et femme).

      Ensuite il y a le chapitre 2 où l’être humain est mis dans un jardin paradisiaque où tout est harmonie et où l’être humain mange les fruits d’arbres beaux à voir et bons à manger, y compris de l’arbre de vie avec ce qu’il signifie : il communique l’immortalité, rend comme les dieux et permet d’être introduit dans la compagnie des dieux (pour la Bible il ne s’agit pas « des dieux » comme dans les pays alentour, mais « de Dieu »).

      Puis le chapitre 3 nous montre un être humain fragile qui se laisse tenter par un serpent, une créature extérieure à l’humanité, qui incite l’être humain à vouloir être dieu à la place de Dieu (j’essaye d’aller vite). C’est une présentation du mystère du mal, de la désobéissance à Dieu, du péché qui a pour conséquence la souffrance et le désordre dans tout le système vital et relationnel de la création : l’engendrement de la vie va devenir douloureux au lieu de n’être qu’une pure joie, l’être humain va connaître la mort physique avec corruption du corps matériel (aujourd’hui on dirait biologique), les relations entre l’humanité et Dieu, entre les humains (entre l’homme et la femme et entre frères), entre le sol et l’humanité (les arbres beaux à voir et bons à manger vont se changer en épines et chardons) vont se retrouver profondément perturbées.

      Par ailleurs, je dis (et ne suis pas le seul) que le temps appartient à la création et que l’éternité de Dieu est hors du temps. De ce fait Dieu domine le temps alors que l’être humain est dans le temps, soumis au temps et exerce sa liberté dans le temps.

      Donc, hors du temps, Dieu voit que l’être humain désobéit dans le temps sous l’influence du serpent (quoi que cette image recouvre). Alors, au lieu de renoncer à porter l’humanité à l’existence, il la porte malgré tout à l’existence mais en créant directement l’univers perturbé, blessé comme conséquence de la désobéissance de l’être humain. Par contre, il prévoit une stratégie de récupération, de sauvetage : c’est la venue de Dieu lui-même dans l’humanité en la personne du Fils : ce sera Jésus, être humain parfait dans l’ordre de la foi et de l’amour de Dieu et des humains, dans l’obéissance confiante et amoureuse à Dieu jusqu’à mourir, et mourir d’une mort infamante sur la Croix, pour être ressuscité dans son humanité et être alors en position d’intercesseur pour tous les êtres humains devenus ses frères en humanité, leur ouvrant ainsi le chemin de la vie éternelle au sein même de Dieu, du Dieu Amour absolu.

      Voilà ce que je lis dans la Bible et qui me paraît être une réponse à vos questions. J’espère seulement n’avoir pas été trop elliptique en essayant de ne pas être trop long.

  3. Rassurez-vous, vous n’avez pas fait trop court. A vrai dire, vous ne m’avez rien appris, j’ai moi-même beaucoup pratiqué ce gloubiboulga pendant des années, du temps où j’étais assez naïf pour accorder foi à ce que des adultes – profitant sans vergogne du manque d’esprit critique qui caractérise l’enfance – m’avaient enfoncé dans le crâne. C’est seulement sur le tard que j’ai eu le courage d’envoyer balader toutes ces sornettes pour affronter simplement la réalité de la condition humaine dans tout ce qu’elle a de tragique. Le croirez-vous ? Il me semble que depuis je suis devenu un humain « plutôt meilleur » (mais je peux me tromper).
    La leçon de ce bref échange est claire à mes yeux : en ce XXIème siècle, un adulte éduqué peut parfaitement adhérer à n’importe quelle doctrine, aussi mal ficelée soit-elle, sans jamais voir la moindre contradiction, à condition de garder une séparation sévère entre les deux plans : le mythe et la réalité. En revanche, s’il s’avise un jour de vouloir articuler les deux…

    PS : avant les rédacteurs de la bible, ce sont les Egyptiens qui ont eu l’idée d’un dieu unique.
    PS’ : Vous me faites de la peine avec vos histoires de chardons et de serpents, j’aime beaucoup les uns et les autres.

    De quoi nourrir votre réflexion (?) trois citations au hasard :
    « L’homme est un animal crédule qui a besoin de croire. En l’absence de raisons valables de croire, il se satisfait de mauvaises. » (B. Russell)
    « Voici de longues années qu’il ne se passe pas un matin où, en me levant, je ne songe d’abord à l’état du monde, pour m’unir un instant avec toute cette souffrance. On réussit pourtant à être heureux, parfois, malgré cela, mais d’une autre espèce de bonheur. » (M. Yourcenar)
    Un des effets vraiment pernicieux de la religion, c’est qu’elle nous enseigne que c’est une vertu que de se satisfaire de ne pas comprendre. (R. Dawkins)

    Pour le reste, je vous renvoie à la réponse précédente et vous souhaite bonne route à vous aussi.

    • Alors, ce n’était que tout ça pour ça ?
      Tout ça pour finir par cette tarte à la crème « je vais coller à ce malheureux naïf de croyant un bel exemple de souffrance bien trash, et il va s’effondrer en larmes parce que jamais il n’avait imaginé que ça puisse exister dans son monde cucul la praline » ?
      Non, franchement, pour quelqu’un qui se réclame de Kant, qui se définit comme majeur et pensant par lui-même, ce n’est pas sérieux.
      Décidément, j’aurais dû le faire, cet article sur le jeune busard bouffé par ses frères en direct sur webcam. Peut-être auriez-vous alors reçu cette révélation sidérante: les croyants ne vivent pas dans une bulle intellectuelle où on s’interdit de penser à l’existence d’un monde qui souffre. Ils ont les deux pieds dans ce monde autant que vous, et les yeux ouverts sur la condition humaine dans tout son tragique. Rencontrez donc un frère franciscain. Vous serez sans doute étonné.
      La seule différence, c’est qu’ils croient que la souffrance n’est pas le monde et qu’elle n’a pas le dernier mot.

      Que cette réponse ne vous satisfasse pas ne me dérange personnellement pas. Que vous n’adhériez pas à la façon dont j’articule ce que vous appelez mythe et ce que vous appelez réalité, non plus. Je n’en conclurai même pas les amabilités réciproques de ce dont vous me traitez dans votre dernier commentaire, que je prends, de même, bien soin d’approuver.

      Et je vous souhaite bonne route.

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