Tweetoizo n°6: la Cigogne blanche

#tweetoizo publié le 27/8/2014 sur @Taigasangare

DONG DONG DONG DONG DONG ou plutôt en l’honneur de notre volatile: CLAC CLAC CLAC CLAC CLAC

Préambule : ce #tweetoizo n’est pas sponsorisé par un office de tourisme de Haute-Alsace.

Nous n’en allons pas moins parler de la Cigogne blanche.

Je ne vous la présente pas, quand même. Par contre, s’il existe des Cigognes blanches, c’est qu’il y en a aussi des noires.

Bien deviné, mon cher Watson. Parlons-en brièvement : la Cigogne noire ressemble au négatif photographique d’une Cigogne blanche.

Elle n’est pas coloniale ni grégaire. Même en migration, on la voit le plus souvent à l’unité.

Elle niche dans les grandes forêts feuillues, où il est à peu près impossible de la débusquer. Elle est rarissime. Laissons-la de côté.

Notre Cigogne blanche, donc, part en automne, au printemps elle est de retour sur les clochers des alentours, et on la trouve en Alsace.

L’ennui, c’est qu’à peu près rien de tout ça n’est vrai. A tout le moins, c’est très incomplet.

C’est qu’il fut un temps où c’était vrai. Il y a une quarantaine d’années, la cigogne avait pratiquement disparu de France.

Pesticides, disparition des prairies humides, lignes électriques, chasse – notamment en zone d’hivernage… avaient presque eu sa peau.

On ne comptait plus que neuf couples en Alsace, un en Bretagne et un dans la Manche. C’était presque fini.

C’est là qu’eurent lieu les opérations visant à sédentariser de force quelques individus, pour les soustraire aux dangers de la migration.

Il y eut aussi quelques réintroductions. Aujourd’hui, on évalue la population française à pas moins de 1200 couples.

La Cigogne blanche a reconquis d’anciens bastions. Cliquez ici pour découvrir son domaine actuel.

Elle peuple désormais la plupart des marais arrière-littoraux, et pas mal de grandes plaines alluviales, dont l’Alsace bien sûr.

Les Cigognes blanches charentaises sont principalement originaires d’Espagne, et les autres, plutôt de la grande plaine d’Europe du Nord.

Pour en arriver là, bien sûr, il n’a pas suffi de réintroduire des spécimens ni même de les mettre « sous cloche ».

Ce résultat est d’abord celui de mesures de protection de son habitat naturel. C’est toujours la clé, quelle que soit l’espèce. #ecologie

On n’est pas les seuls à aimer la cigogne. Toute l’Europe s’y est mise, et cela porte ses fruits jusque chez nous.

Les zones humides sont un peu mieux préservées, on déverse un peu moins de pesticides, on a adapté les câbles électriques meurtriers.

On a aussi posé des plateformes, pour remédier à l’élimination des vieux arbres isolés où la cigogne aimait nicher.

Vous l’avez deviné : la Cigogne blanche aime la plaine avec ses prés humides, ses champs, et au milieu un large cours d’eau.

Elle a besoin de vastes horizons faciles à arpenter « à pied », riches en insectes, amphibiens, lézards, petits rongeurs.

Les petites proies sont gobées, et la Cigogne dégorgera ultérieurement, sur son aire, une volumineuse pelote de réjection.

Quant au nid, avant qu’on invente les clochers alsaciens ou les plateformes, un gros peuplier faisait l’affaire.

Le nid ! c’est le cœur de la vie de la Cigogne blanche. Elle lui reste fidèle et le renforce, année après année.

Un vieux nid peut peser un quart de tonne et accueillir des locataires tels que moineaux, étourneaux, voire Chouette chevêche !

Le mâle est en général le premier à le retrouver à la fin de l’hiver. Il le défend bec et ong… enfin pattes. Jusqu’au sang.

Quant à la femelle, on a des raisons de supposer que c’est aussi à l’appartement qu’elle est fidèle, plus qu’à son propriétaire.

La défense du territoire n’empêche pas l’espèce d’être coloniale. En Suède, des pylônes haute tension peuvent abriter six nids !

Tout dépend de la richesse en nourriture du territoire environnant. Si la table est servie pour tous, on s’accommode de voisins.

Voici mars, la saison des nids commence. Elle va se dérouler au son des castagnettes. #claclaclac

C’est que la Cigogne ne sait pas chanter, ni même pousser un traître cri. Elle se contente de claquer du bec avec vigueur.

Le sac gulaire – le même organe que la poche du bec du pélican – fait caisse de résonance. C’est très mélodieux. Enfin presque.

La célèbre posture tête renversée en arrière, bec vers le ciel, sert à la fois de « salutation » et de menace. Tout est dans le contexte.

La ponte compte généralement 4 œufs. L’incubation commence dès le premier œuf, d’où une éclosion asynchrone, quelque 35 jours plus tard.

Cela signifie que le cadet de la famille partira avec un sérieux handicap, parfois mortel, sur ses aînés déjà âgés de plusieurs jours.

Mâle et femelle, qui sont d’ailleurs impossibles à distinguer sur le terrain, assurent couvaison et élevage à parts égales.

Il leur faut rapidement ramener plusieurs kilos d’insectes et autres bestioles chaque jour pour nourrir tout leur monde.

Peut-être pour cette raison, les adultes nicheurs, sur les zones de gagnage, oublient les querelles de voisinage.

Tout le monde exploite en bonne intelligence les bons coins à grillons… et les décharges, une ressource très utilisée par certaines.

Le recyclage des ordures ménagères compterait même pour une bonne part dans l’expansion de l’espèce en Espagne.

Je vous passe les détails sur la façon dont la nourriture passe des adultes aux jeunes. Sachez juste que le culot (le cadet…)

… le jour où il ne se montre plus assez réactif, risque fort d’être assimilé à une proie et de passer à la casserole.

Au bout de huit à dix semaines, les jeunes décollent et se dispersent. Ils apprennent à se nourrir – seuls.

Au cœur de l’été, l’heure du départ en migration sonne. Notez bien : dans notre pays, le gros du passage des Cigognes c’est le 15-20 août.

Et donc quand votre presse locale titre un 20 août « Des cigognes ! Que c’est tôt, l’hiver sera précoce et rigoureux », c’est un gros mytho.

Le pis est que les cigognes ne passant pas inaperçues, une recherche dans leurs propres archives le leur eût appris.

Sans le savoir, ils auraient eu en main des données établissant la phénologie de passage migratoire de l’espèce…

Les voici en route. La cigogne vole, mais mal. En fait, comme les vautours, elle sait très bien planer, mais c’est tout.

Elle sait à merveille utiliser les ascendances et glisser de l’une à l’autre. Mais qu’il fasse gris et frais, et c’est la panne sèche.

Même chose en mer. La Cigogne blanche est incapable de traverser l’océan, ou même la Méditerranée, sauf à viser les détroits.

Ainsi, les Cigognes blanches d’Europe n’ont que deux voies possibles vers l’Afrique : Gibraltar ou le Proche-Orient.

Pour découvrir tout cela, on a massivement bagué les cigognes, avec des combinaisons de codes couleur lisibles sur le terrain.

Au tournant du siècle en France, il était même devenu rare de trouver une Cigogne blanche non baguée.

Les jeunes suivent les adultes pour apprendre la voie. En février, le retour sera plus direct et rapide. Droit sur les nids.

Le réchauffement et l’exploitation de nouvelles ressources permettent à un nombre croissant d’individus (~1000) d’hiverner en France.

Ne criez pas pour autant trop vite que « le réchauffement a des effets positifs » : il déséquilibre par ailleurs les chaînes alimentaires.

D’autre part, la cigogne n’est pas tirée d’affaire. Pesticides, lignes électriques mais aussi braconnage…

… pèsent comme autant d’hypothèques sur son avenir. Chaque année, des énergumènes tirent des cigognes…

… ou vont tronçonner le support d’un nid, « pour emmerder les écolos ».

C’est ainsi. une espèce menacée ne se refait pas la cerise toute seule, cela nécessite patients efforts et vigilance constante. #maugrey

Pour encore quelque temps, vous pouvez voir passer les migratrices au-dessus de la France…

Vous pourrez alors, avant de courir saisir la donnée sur votre Visionature local, avoir une pensée pour tout ce qui nous les a ramenées.

Merci d’avoir suivi ce #tweetoizo et à très bientôt pour découvrir un autre migrateur, beaucoup moins connu !

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Une réflexion sur “Tweetoizo n°6: la Cigogne blanche

  1. Les cigognes sont presque devenues des oiseaux courants pour moi.
    En vacances sur l’Ile d’Oléron ou dans les marais de Saintonge depuis près de 30 ans, je me souviens que gamin, on devait les chercher longtemps (avec la plaisanterie : « Regardez, un animal blanc et noir là-bas ! Ah non, c’est une vache… »). Mais depuis 10 ans, il y en a sur tous les poteaux de lignes HT…
    Et dans la Bresse, où je suis depuis peu, c’est un festival à chaque automne, jusqu’au printemps, avec des escadrilles de 30, 40 cigognes dans les airs…

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