Un seul regard d’amour pour la Vie

24 juin. Les chants d’oiseaux s’estompent dans la chaleur de l’été commençant. La saison de nidification s’achève. Et comme le chant des oiseaux n’a d’autres fonctions que de défense du territoire et de séduction, l’heure n’est plus aux envolées lyriques pour nos Pavarotti du bocage. Sous le lourd ciel d’orage, seuls persistent les derniers acharnés : une Fauvette à tête noire, un Verdier, ou la ritournelle métallique du Rougequeue noir en haut du toit.

L’épaisseur des arbres bruit de petits cris étouffés par les frondaisons, de piaillements aigus et brefs. Les mésanges, les pinsons, les sittelles nourrissent leurs dernières nichées, ou bien mènent leurs jeunes tout juste envolés à la chasse aux chenilles.

Seule, ou presque, une espèce vit son apothéose annuelle, le point culminant de son ballet endiablé, pour trois bonnes semaines encore. Si vous suiviez déjà ce blog l’année dernière, vous la connaissez : c’est le Martinet noir. La chaleur, propice aux myriades de moucherons, les jeunes à nourrir, qui dévorent comme quatre et vont bientôt quitter le nid, imposent aux adultes de véritables cadences infernales. Les allées et venues à la colonie s’accélèrent, et cette agitation surexcite les « adolescents », âgés d’un ou deux ans, trop jeunes pour se reproduire et qui se mêlent avec passion à cette activité frénétique. Le ciel est empli de ces centaines de petits arcs noirs, qui parfois se lancent dans une « poursuite stridente » au ras des toits, à grands cris.

Et je reste là à contempler ces cabrioles, ces fragiles acrobates qui pour quelque temps encore emplissent le ciel de vie.

Quel lien avec l’actualité de ce 24 juin 2014, où une instance judiciaire s’apprête à décider la mort ou la vie d’un malade en état pauci-relationnel, me direz-vous ? C’est pareil tous les ans à la même date. Absolument, et prions – et agissons – pour qu’il en soit encore de même de nombreuses années encore.

Le lien ? c’est un même regard d’amour envers la vie.

Parce que la vie est belle, belle dans sa fragilité et mérite intensément d’être vécue et protégée.

Parce qu’elle n’est pas notre propriété, elle est nous, elle est, tout simplement – Création divine, dignité qui nous dépasse, amour incarné.

Elle n’est pas un jouet qu’on jette ou fracasse dès qu’il ennuie ou qu’il ne répond plus tout à fait aux attentes.

Elle est imparfaite. Terriblement imparfaite. Elle ne répondra jamais absolument à tout ce que nous attendons d’elle – de toute façon, nos attentes mêmes sont à la fois infinies et mouvantes.

Elle est belle et digne justement parce qu’imparfaite et fragile, et perpétuellement changeante.

Elle est belle et digne chez le martinet, chez le malade comme chez le bien-portant – et merci de ne pas lire cette phrase comme « ah ben tiens, pour un écolo, un malade ça ne vaut pas plus qu’un martinet ».

Il n’est pas de créature qui ne soit appelée à la Louange. Il n’est pas d’homme que d’autres hommes puissent déchoir de cet appel.

N’est-il pas d’ailleurs spécialement effrayant, que le premier cas d’euthanasie soumis de la sorte à un tribunal ne concerne pas une personne en fin de vie, souffrant et exprimant une volonté, ni même dans un état végétatif en bonne et due forme, mais une personne capable d’un relationnel – certes minimal – ni mourante, ni en état d’exprimer une volonté d’en finir ?

Des hommes ont décidé de légiférer sur le fait qu’un autre homme soit défini comme ayant perdu sa dignité d’humain au point de devoir mourir, à cause d’une perte de fonctionnalités.

On hésite ici à rappeler sur quoi Dieu fonde son amour pour l’homme, cet être insignifiant – il est si aisé à la société civile de clamer qu’elle refuse de suivre l’avis de citoyens qui « se basent sur leurs croyances ». Quoique cela ressemble furieusement à un rejet des droits civiques et d’expression des citoyens ne professant pas le matérialisme athée et scientiste de l’époque…

Quels critères ! S’il ne fait plus, alors il n’est plus.

Peut-on être plus clair sur le terrain où se lance cette bataille, un terrain où ni la vie ni l’homme ne sont considérés pour leur être, mais uniquement pour leur faire ?

Comment ne pas lire là-derrière le spectre d’une sélection utilitaire ?

Vous me pardonnerez de ne pas pouvoir poursuivre.

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2 réflexions sur “Un seul regard d’amour pour la Vie

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