Recevoir pour mieux donner ? Questions de Pentecôte

Aujourd’hui, notre prêtre est revenu longuement, dans son homélie, sur ces versets bien connus de la seconde lecture de la Pentecôte :
« Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. » (1 Co 12, 4-7)
Ce texte fait bien sûr écho à la Parabole des talents ; et le célébrant de souligner que nous sommes appelés, non à hiérarchiser les dons, ni à envier ceux des autres, ni à nous glorifier des nôtres, mais à rendre grâce pour tant de diversité, de complémentarité, et à faire fructifier notre propre don pour le bien commun.

Voilà bien une parole d’actualité, et fort dérangeante : je reçois, mais c’est pour donner.

Je me souviens avoir lu sur un forum consacré à la précocité intellectuelle des commentaires de ces versets, de cette vision. Dans une communauté de personnes particulièrement placées pour savoir que c’est qu’avoir reçu des dons peu communs – et beaucoup d’ennuis tout aussi peu communs en contrepartie il est vrai ! – dominait une véritable indignation. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de dons qu’on reçoit pour les mettre au service de je ne sais quoi ? Je ne dois aucun service à quiconque, mes talents sont à moi et pour moi ».

Réaction humaine, et des plus répandues. Au premier abord, quel marché de dupes, s’il faut redonner ce qu’on a reçu ! Si l’on ne retire pas de bénéfice de ce qu’on a reçu…

Et pourtant, et justement parce que les dons sont variés, si nous jouons tous le jeu, alors, au lieu de ne recevoir que les étroits dividendes d’une exploitation égocentrée de nos propres atouts, chacun reçoit la grâce qui rayonne des talents de tous.

Reste la difficulté de s’y mettre et de faire confiance à l’autre… mais l’autre, c’est l’Esprit qui l’appelle, comme moi… alors, si je choisis de compter sur moi-même et pas sur Lui… c’est que je crois davantage en moi-même qu’en l’Esprit ?…

Lâcher la prise sur nous-mêmes et sortir d’un comportement de compétition, de jungle, pour une vie de communauté… Une vie aussi où nous ne sommes plus notre propre alpha et oméga.
Et aussi oser annoncer au monde que donner plutôt que garder pour soi, c’est une Bonne nouvelle !

Il y a de quoi alimenter mille révolutions !

L’autre réaction tout aussi humaine est de relire Paul et s’attrister : « mais moi, je n’ai rien reçu du tout… Qu’est-ce que c’est que cette justice distributive… Je fais partie des délaissés, des mal-aimés »…
C’est vrai, quoi, qu’est-ce que j’ai comme don ?
… C’est encore plus difficile, je crois, à résoudre… Bien sûr, il est facile de dire « ouvre tes fenêtres et tu recevras ». C’est vrai, nous pouvons être fermés. Mais il est tout aussi vrai que même en croyant très fort que la grâce et les dons sont réellement donnés à tous en surabondance, qu’il n’est pas possible de n’avoir aucun don de l’Esprit qui nous soit destiné parce que ça n’existe pas, on peut avoir bien du mal à le voir.
Par-delà nos échecs, nos tracas, nos difficultés petites et grandes…
Par-delà un entourage, une société, un milieu qui nous jauge à son aune de « compétitivité » qui, certes, n’est pas l’aune de Dieu…
« Je n’ai aucun talent aux yeux des hommes, des performances des hommes… et pourtant j’en ai reçu de Dieu ! »

Là, on est parti pour une révolution intérieure… et peut-être pour mettre le feu au monde, après cela.

C’est le programme !
Et vous, vous y parvenez comment ?
(et si vous n’y parvenez pas, c’est tout aussi intéressant à partager !)

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Une réflexion sur “Recevoir pour mieux donner ? Questions de Pentecôte

  1. J’avoue que je ne cerne pas bien la question… comment on parvient… à discerner nos dons? Ou comment une fois qu’on les connait les mettre au service des autres?
    Je répondrai aux deux questions.
    Quand j’étais petit, timide comme tout, je me demandais bien quelles pouvaient être mes qualités. Et faut avouer que pour quelqu’un d’un peu rêveur, qui préfère jouer aux jeux de logique que bosser ou lire, mais qui aime bien quand même lire, et qui n’a pas une once de bon sens, doublé d’une certaine lenteur naturel à aborder les choses pratiques quand à côté je comprends les choses théoriques de façon fulgurante… ça fait un sacré mic mac…
    Bref, après avoir survécu au bac puis à mes études supérieures années après années, peu à peu se dégageait plusieurs éléments: ce que j’aime faire, ce dans quoi je m’investis, ce que je réussis à faire, ce que les autres apprécient en moi… une lente maturation.
    Aujourd’hui, je sais que la patience, la prise de recul, l’esprit d’analyse, la vision avec d’autres points de vue et échelles ou même de concept me donne un profil très original qui fait que je suis bien moi et personne d’autre n’est vraiment comme moi. Et je m’aime comme ça: avec mes atouts, comme mes faiblesses; avec mes pleins et mes manques. Si Dieu m’aime pour ce que je suis, j’ai pas trop à me plaindre, et ça me fait une bonne raison de m’aimer, sur mon chemin qui me conduit à être meilleur en cultivant ce qu’il y a de bon en moi!
    Comment déployer tout ça dans le service des autres? Je tattone encore, mais ce qui me rend heureux est ce dans quoi j’ai le plus de bonnes raisons de m’investir. Nul besoin de forcer beaucoup: si j’aime cuisiner et parler théologie, alors préparer les repas à la maison et lire ou discuter spi à l’extérieur sont des hobbies naturels.
    Parce qu’ils me donnent de la joie, je vais vers eux, et ils m’appellent. Mais pour ça, il a fallu que je me bouge un peu, et que j’apprenne longuement à me connaître pour trouver les bonnes pistes.
    Après, si je m’investis un peu davantage, que je quitte un peu mes peurs et que je me lance, que je prenne un peu plus au sérieux ma vie, oui, je mettrais peut-être le feu au monde.
    Mais là où je suis! ^^ Le feu brille loin, même s’il reste isolé dans son phare.
    L’important est de briller au et fort là où on est, non? Au lieu de chercher à aller partout en étant nul part à la fois…

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