Tweetoizo n°5: le Tarier pâtre

Pour découvrir notre héros du jour, il vous faudra réunir quelques ingrédients.

Prenez quelques belles pâtures à bestiaux, bordées de haies d’aubépine, d’églantier, de prunellier et d’autres arbustes bien de chez nous.

A défaut, une lande sèche, ou même un talus à l’herbe courte, semé de quelques buissons fera l’affaire.

Arrosez généreusement le tout du soleil du mois de mai et vous devriez entendre un petit cri venant de la haie : « Trak… Trak… »

Cherchez à la pointe des arbustes ou sur les piquets de clôture. Vous allez finir par découvrir deux petites boules rousses.

C’est un petit couple de paysans. D’ailleurs, ils s’appellent Tariers pâtres. Ce qui appelle quelques explications.

Mais tout d’abord décrivons-les. La taille et la silhouette ressemblent à celles du Rougegorge, et d’ailleurs, ils sont cousins.

Monsieur ne manque pas d’élégance. Dos brun sombre et tête ébène contrastent avec un plastron carotte et de rutilantes épaulettes blanches.

Camouflage oblige, Madame lui ressemble, mais en version passablement délavée. Une ébauche de collier blanc peut la faire passer pour…

… sa consoeur, Madame Tarier des prés, qu’on peut aussi trouver dans les mêmes milieux, à la même saison, sur un piquet ou un arbuste.

Insectivore, le Pâtre chasse à l’affût. De son perchoir, il guette coléoptères, diptères, papillons et chenilles et leur tombe sur le poil.

Ceux qui ont demandé si les insectes avaient des poils ont gagné le droit de prendre dans leur main une chenille processionnaire. #aïeu

Son attirance pour les prairies pâturées, riches en insectes, lui a valu son nom de « pâtre ». Quant à « tarier », c’est plus compliqué.

Au départ, c’était un Traquet. Le Traquet pâtre. Puis on a découvert que lui et le Traquet tarier, celui qu’on appelle désormais…

… Tarier des prés, étaient cousins entre eux, mais pas avec les autres traquets, comme le Traquet motteux commun dans les alpages.

Du coup, les voilà renommés. Le genre scientifique Saxicola « qui vit dans les rochers » est devenu en français le genre Tarier.

Tarier, de tarière, viendrait de leur propension à creusouiller le sol pour construire leur nid. Ma foi, c’est peu convaincant.

Revenons, sinon à nos moutons, du moins à notre Pâtre.

Dans certaines régions, il est sédentaire. Des couples défendent toute l’année leur coin de prairie.

On peut alors les voir en plein hiver, perchés à peu de distance l’un de l’autre sur leur piquet ou leur arbuste, lançant leurs petits cris.

Plus souvent, il est migrateur. C’est l’un des premiers à revenir. Dès début mars, voire fin février, le mâle retrouve son territoire.

Il chante, bien en vue sur un point haut de son petit domaine, buisson, poteau, voire fil téléphonique. Parfois en un petit vol de parade.

Il pousse une petite phrase aiguë, pressée, un peu confuse, mais qui sent bon le printemps et la campagne, les prés, les fermes.

Rappel : le chant d’un oiseau a deux fonctions: 1/ « Mesdames c’est moi le plus beau le plus fort le père idéal de vos poussins »

2/ « Messieurs, propriété privée, les contrevenants seront poursuivis ». Histoire d’insister, il y a le cri (les fameux trak-trak).

Le soleil, le printemps, toussa… Le voilà qui bombe le torse, étale la queue en éventail, exhibe ses épaulettes. #cestmoilplusbeau

Après la parade et l’accouplement, c’est Madame qui se colle à la construction du nid. Monsieur surveille les alentours. #gender

Le nid est une coupe de végétation assemblée vaille que vaille au sol ou juste au-dessus, bien à l’abri des hautes herbes.

On y accède par un petit tunnel de végétation. Le rembourrage intérieur est fait de poils, de plumes, et de laine de mouton. #ofcourse

Nous voici en avril. Après une quinzaine de jours d’incubation, les poussins ont éclos et la femelle doit les ravitailler.

A ce stade, Monsieur persiste à n’en pas ficher une rame, au motif que, vous comprenez, lui, il fait le guet et à chacun son rôle, quoi.

Je vous avais prévenu qu’il était un peu réac sur les bords. Vous savez, dans les campagnes, toussa. Si m’ame Najat savait ça, quand même.

D’ailleurs, elle a dû venir lui faire la leçon parce que le voilà enfin qui met la main à la pâte. Il faut dire qu’ils grandissent, les bougres.

Au bout de deux semaines, d’ailleurs, ils commencent à déambuler en sautillant autour du nid, toujours à l’abri de la végétation.

Bientôt, ils volettent. C’est donc non plus deux, mais cinq ou six boules rousses qui se piquent à la cime des arbustes.

Tout le monde se tient bien en vue au sommet de la haie. Voilà enfin une nidification qu’on n’aura pas de mal à prouver.

Les parents nourrissent leurs jeunes 4-5 jours après l’envol. Il est facile de les observer. Voyants, bavards, pas discrets pour un sou.

Il faut dire que toutes ces paires d’yeux surveillent aussi les alentours et qu’à la moindre alerte, le couvert de la haie est là.

Cette jolie scène ne dure que quelques jours. Puis les jeunes sont priés d’aller voir ailleurs, car le couple entreprend une seconde nichée.

Les bonnes années, il y en aura même une troisième. Puis tout ce petit monde se disperse à la recherche d’un coin de pré à lui.

Les couples vont souvent rester unis, même les non-sédentaires. On les voit vagabonder ensemble dans la campagne désormais silencieuse.

De vrais couples à l’ancienne, on vous dit. Les deux oiseaux s’éloignent rarement à plus de cinquante mètres l’un de l’autre.

Les Pâtres sont encore, en France, des oiseaux relativement communs. Mais comme tous les petits paysans, leur survie n’est pas assurée.

Souvent, nous ne leur laissons que des recoins, des talus, des bouts de friche dans des paysages tirés au cordeau, d’où la vie se retire.

Il ne cède pas facilement le terrain et se contente de peu, mais le rouleau compresseur du « modernisme » finit par avoir raison de lui.

Ma première obs de Pâtre, c’était en bocage bourbonnais. J’avais huit ans. C’est un oiseau facile à reconnaître même à cet âge.

Ce dédale de prés, de hautes « bouchures » de chêne, et de ruisseaux a tout pour lui plaire. Alors, perché sur son fil, il chantait la Vie.

C’est la bonne période pour partir à la rencontre du Pâtre dans sa haie. A vous de jouer !

Ah, oui, gardez une petite distance de sécurité. S’il commence à trop alarmer, reculez-vous un peu.

Et voilà ! Merci d’avoir suivi ce #tweetoizo 100% terroir, djéundeure et réaque. Ne dites rien au gouvernement.

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Une réflexion sur “Tweetoizo n°5: le Tarier pâtre

  1. Bonjour, je découvre le blog qui me plaît beaucoup… (je le découvre grâce à l’article sur le gobemouche paru sur Le Kiosque Web de la Réserve ornithologique du Teich). Je réagis ici sur le tarier pâtre simplement parce que j’ai été assez surprise d’en trouver tout une colonie aux Baléares dans le Nord de l’île… au bord de la mer, sur une côte rocheuse bordée d’une végétation entre buissons et lande, sans en être vraiment une, avec un peu plus loin un petit bois; de fait j’ai un peu de mal à cataloguer le milieu. Le cadre où ils évoluent est magnifique (pour combien de temps?) et j’ai pu dénombrer quelques autres espèces (fauvette mélanocéphale, pie-grièche à tête rousse, merle noir…). Mon premier tarier pâtre en France c’était ce printemps, un seul individu vu dans le village, puis un autre (ou le même), une autre fois… alors quand on tombe sur tous ces tariers Espagnols, on exulte puis on se pose quand même quelques questions… (même constat avec les autres espèces présentes plus à l’intérieur des terres, toujours à Majorque). Bonne continuation, bonnes réflexions!

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