Les oiseaux menacés ne tombent pas du ciel

L’actualité est troublée. La France a peur. Le gouvernement hésite. L’économie vasouille.
Voici pourquoi, avec le sens aigu du buzz qui caractérise ce blog, aujourd’hui, je vous propose un sujet d’actualité criante :

Le comptage national « Oiseaux des jardins ».

Et bien oui. Commenter l’actualité politique et chrétienne, des tas de blogs passionnants le font déjà. Par exemple le blog Visibles et invisibles et tous ceux que vous trouverez dans la colonne liens.

Alors, ici, je vais continuer à parler, plus paisiblement, d’une autre réalité du Vivant, celle que, j’espère, vous prenez aussi plaisir à découvrir, rencontrer, aimer ; mais là, ça va être un petit peu plus technique.

Le week-end du 25-26 janvier sera donc celui du comptage national « Oiseaux des jardins », le précédent étant celui du comptage d’oiseaux d’eau « Wetlands international ».
Des événements qui resteront à jamais inconnus des grands médias, bien entendu – tout le monde s’en fiche : mais l’une des conséquences de ces non-dits, c’est qu’on peut trouver sur des sites politiques très raisonnables des articles qui expliquent, sans rire, que la liste des espèces protégées, avec tout ce qu’elle a de contraignant pour les pauvres citoyens, est fixée grâce à de vagues comptages effectués sur une poignée de réserves naturelles, par des agents assermentés donc avec-vo-zimpôts, et malgré « l’absurdité complète de la chose puisque les oiseaux volent » et font donc rien qu’à aller n’importe où.

Un peu de sérieux ne fera donc pas de mal. Qui dénombre la faune sauvage et comment ?
Je me limiterai aux oiseaux, parce que c’est ce que je connais le mieux, et qu’aux protocoles d’inventaires près, on retrouve la même démarche pour les autres groupes.

Avant tout, clarifions une fois pour toutes deux préalables fondamentaux :
– Les oiseaux volent, c’est entendu, mais ils ne dérivent pas comme les ballons de baudruche de la fête de l’école et ne vont pas n’importe où, à moins d’une forte tempête.
– Les comptages ne sont pas effectués uniquement sur quelques sites non représentatifs, ni focalisés sur une poignée d’espèces en omettant toutes les autres, et pas davantage assurés par les seuls agents de l’Etat. Même si la préservation du patrimoine naturel, ce bien commun, est indiscutablement une mission de l’Etat, et même un service public, ledit Etat, prudent et économe (pour une fois), confie le gros du travail à d’autres.
– Enfin, il ne suffit pas qu’une espèce soit protégée pour qu’on en tienne compte. En taillant votre haie, vous endommagez l’habitat d’une espèce protégée, à coup sûr (la Mésange charbonnière) et on ne vous dit rien. Non que ce soit « bien ». Mais ce qui compte vraiment, ce sont les espèces connues comme rares, menacées, en déclin, ou tout cela à la fois (souvent) : ce qu’on appelle les espèces patrimoniales.

Mais comment savoir qui est quoi ?

Avant tout, on va voir, en ayant en tête ce fondamental que les oiseaux ne vont pas n’importe où.
Vous n’avez nul besoin de ce blog pour savoir qu’on observe rarement des goélands ou même des moineaux en pleine forêt, un Pic vert sur la plage ou un rougegorge sur une falaise littorale. Vous avez donc la notion de ce qu’on appelle l’écologie d’une espèce.
D’autre part, si les oiseaux volent, de même que les hommes ont un domicile, au printemps, ils se reproduisent. Pas n’importe où, donc. Dans leur habitat. Puis, ils y restent, ou ils migrent, par des voies qui changent peu. Ils hivernent, en des villégiatures dictées par leurs besoins en nourriture : en Afrique, en haute mer, ou dans votre jardin. Sans papiers ! Que fait le ministre !

Il s’ensuit que pour compter les oiseaux d’une manière scientifiquement pertinente, il suffit d’aller prospecter leur habitat – ou de l’échantillonner, lorsque celui-ci est trop répandu – lors d’une phase donnée de son cycle annuel, et en priorité la nidification. A partir de là, et à l’issue, dans le cas d’un échantillonnage, d’un travail statistique, vous aurez une estimation relativement fiable, et en tout cas une base de comparaison.
Autrefois, c’était toute une affaire, avec des moyens informatiques rapides comme un éléphant appelé à faire valoir ses droits à la retraite, mais nécessitant un doctorat en SQL et autres langages proto-indo-européens pour exécuter des requêtes. (Pscchhh.) A présent, les bases en ligne Visionature comme Faune-Ile-de-France, Faune-Auvergne ou encore Faune-Loire savent même faire le travail le plus simple toutes seules : cartes de répartition, graphiques d’altitude, phénologie de présence. Par contre, il y a de moins en moins d’oiseaux à compter, hélas.

Le Muséum d’Histoire naturelle coordonne les programmes nationaux, comme le comptage Oiseaux des jardins, mais aussi, voire surtout le STOC-EPS, les fameux « carrés STOC », par lequel plusieurs milliers d’observateurs dénombrent, chaque printemps, les oiseaux, tous les oiseaux, sur un carré tiré au sort. (et d’ailleurs c’est un scandale car le mien s’arrête juste du mauvais côté du marais du Bas Cucurbitançon alors que j’avais bien demandé que et gnagnagna)

Bon, me direz-vous, mais comment savoir si les oiseaux ne vont pas nicher à côté de là où on compte ?
Pas grave : à côté de là où je compte, il y a le carré STOC de mon voisin !
Regardez par exemple les résultats des inventaires du futur Atlas des oiseaux nicheurs de France : cliquez sur les pastilles de la carte et vous obtiendrez la liste des espèces qui se reproduisent là. D’une quarantaine à plus de cent, sur toute la France ! N’en doutez plus : les naturalistes vont partout, et non sur une ou deux réserves imprudemment extrapolées à tout un pays.

… « Et si les oiseaux qu’on ne voit plus à l’endroit prévu avaient juste modifié leurs habitudes ? »
Alors, c’est vrai, certaines espèces sont capables de modifier leurs exigences écologiques, de s’adapter. Si elles ne le faisaient jamais, elles auraient toutes disparu depuis longtemps. Encore faut-il que le défi soit surmontable et c’est tout le fond du problème de la perte de biodiversité. En tout cas, ces modifications n’affectent jamais l’ensemble d’une espèce, d’un coup : c’est un phénomène très progressif. Les données très anciennes attestent, par exemple, de la lente colonisation de nos villes par certaines espèces autrefois liées aux seules falaises, mais aussi du départ d’un nombre encore plus important, des espèces campagnardes qui ont dû vider les lieux quand nos villes ont commencé à devenir réellement minérales.

(Du reste, la plupart de ces adaptations correspondent plutôt au report d’oiseaux expatriés par l’activité humaine sur des milieux de substitution, et le succès n’est pas souvent au rendez-vous.)
Ces phénomènes sont toujours suffisamment lents et progressifs pour que les naturalistes qui battent le terrain s’en aperçoivent et le prennent en compte. Vous trouverez, sur les sites des associations, ou dans leurs revues, quantité d’articles sur ces changements.

Voilà notre réseau en possession d’une masse de données, alimentée en continu… Une masse que ce réseau va pouvoir analyser, disséquer, comparer, convertir en effectifs, en évolutions, en cartes… En listes d’espèces En Danger, Vulnérables, Quasi-Menacées et autres (souvent inquiétants) qualificatifs…
Et voilà comment les associations sont en mesure d’affirmer qu’en tel endroit, les écosystèmes sont, pour telle raison, en danger de ne plus pouvoir remplir leurs fonctions… pour notre plus grand dommage.

Et tout ça principalement avec des bénévoles ou de l’autofinancement… donc sans vos impôts !

Vous pouvez suivre ce flux d’information sur le site Visionature de votre région (la plupart en ont, maintenant…)

Et même contribuer…
En comptant les oiseaux dans votre jardin ce week-end, par exemple ?

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2 réflexions sur “Les oiseaux menacés ne tombent pas du ciel

  1. Pingback: Marcher pour le climat, c’est sérieux | Le blog de Phylloscopus inornatus

  2. Pingback: Oiseaux de France: un atlas qui inquiète – Le blog de Phylloscopus inornatus

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