L’écologie nous concerne… Quelques jalons pour une écologie chrétienne

Chrétiens, l’écologie, ça vous concerne !

Ahurissant, non ? Il y a seulement quinze ans, personne n’y aurait cru. Mais cette fête de Saint François d’Assise n’est-elle pas le jour idéal pour se poser la question ?

Alors… en quoi est-ce que l’écologie nous concerne et quelle écologie nous concerne ?
Avant tout… et bien avant tout… ôtons de notre regard les préjugés et les clivages politiques franco-français : une fois de plus, et une fois pour toutes, le parti politique français qui se réclame de l’écologie ne fera pas partie du champ de mon propos. L’écologie n’est pas une marque déposée, d’une part ; le caractère réellement écologique de la démarche de ce parti est contestable, et contesté – et ce bien avant que l’actualité récente n’engendre le vocable d’écologie humaine et les questionnements afférents ; l’écologie n’a pas vocation à être l’apanage d’une famille politique, ni d’une autre, et n’équivaut pas à adhérer au programme du parti Europe Écologie Les Verts. Je le mets ici de côté. Faites mentalement de même avant de poursuivre la lecture…

Avant tout, il y a le vivant. Si vous avez lu les tout premiers articles de ce blog, vous y aurez lu que l’écologie est avant tout la discipline scientifique qui consiste à étudier les relations d’interdépendance entre les êtres vivants et entre eux et leur milieu. Car, et c’est le point fondamental de toute démarche écologique, dans le vivant, tout est lié : porter atteinte à une espèce, un peuplement animal ou végétal, un habitat naturel, aura un impact non seulement sur d’autres espèces, peuplements ou habitats, mais aussi – et très vite – sur l’homme, sur son environnement de vie, son alimentation, sa vie. C’est là le principal fait scientifique établi par l’écologie et le fondement du sens que ce terme a pris désormais : la volonté de protéger ce réseau vivant en le pensant justement en termes de réseau, de système.

Comment l’approcher et pourquoi notre foi est-elle concernée ?
En nous replongeant dans le sens de la Création.

Le premier pas consiste donc à découvrir – s’ouvrir. S’ouvrir au monde, au monde vivant, nous-mêmes inclus, comme un don, un « existant », à recevoir tel qu’il est, et non tel que je voudrais le voir.

« Vois l’arc en ciel et bénis son auteur »…

Recevoir, découvrir, changer notre regard et apprendre à voir. Il nous manque déjà, et nous le savons, de savoir regarder notre prochain. Dans notre univers artificialisé, et virtualisé, il nous manque encore plus de savoir apercevoir le vivant non-humain. Pourtant, il nous préexiste. Le rencontrer, c’est une façon d’entrer dans la Louange qui est la vocation de l’homme conscient de Dieu. Cette découverte, cette meilleure connaissance amène à découvrir la fragilité de ces équilibres subtils, les menaces qui pèsent sur eux, et les multiples liens qui nous unissent à ces délicats réseaux. Le regard change, l’homme s’émerveille, l’homme conscient de Dieu loue le Créateur pour la Création, non plus seulement pour lui-même, mais pour toute la Création.

Songeons à tous ces passages de l’Écriture où la diversité du vivant nous est donnée comme objet de louange, comme dans le psaume 104 ; comme preuve de la sagesse et de la puissance de Dieu, ou comme dans le livre de Job où Dieu établit sa grandeur en créant et prenant soin d’une nature qui, parfois, nous dépasse et suit une logique plus vaste que notre service : « Qui a ouvert un passage à la pluie, tracé la route de l’éclair et du tonnerre, pour que la pluie tombe sur une terre sans habitants, sur un désert où il n’y a point d’hommes; [pour qu’elle abreuve les lieux solitaires et arides, et qu’elle fasse germer et sortir l’herbe? » (Jb 38, 25-27)

Cet émerveillement, comme l’a bien exposé le regretté Jean Bastaire, fondateur de l’écologie chrétienne de notre temps, n’est pas la sèche et distante admiration d’un esthète : il s’emplit, déjà, d’un sentiment d’appartenance à une Création commune. Il est con-templ-ation qui se résout ensuite en comm-union.

Mais le chrétien ne peut en rester au stade d’une contemplation quelque peu béate : il n’aura pas à chercher bien loin pour se voir appeler à sa responsabilité vis-à-vis de ce monde.

Dans le second récit de la Création, Dieu fait défiler toutes les créatures devant l’homme et celui-ci les nomme – il ne s’agit pas de les étiqueter, ni de se les approprier comme des objets, mais d’en prendre la responsabilité, cette responsabilité que Dieu redit en établissant l’homme dans le Jardin pour le garder.

Aussi, oui, nous y sommes appelés !
Jamais je ne l’exposerai aussi bien, c’est évident, que ne l’a fait Jean Bastaire, dans la magistrale synthèse que vous pouvez lire sur le site Eglises et Ecologie.

Essayons, néanmoins, de poser quelques jalons… Non, Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il survive en combattant le reste de la Création comme une nature sans âme, sombre et « hostile ». Il y a été placé, et c’est elle qui le fait vivre : le rejet de la nature dans les ténèbres de l’in-animé, tout juste bon à être fourré dans nos chaudières, ne vient pas de la parole de Dieu, ni d’une « vision judéo-chrétienne » comme aiment à le prétendre certains… En revanche, il est central chez Descartes, ce fondateur de l’approche scientifique dont, pour cette raison, les mêmes personnes aiment à se réclamer. Un Descartes qui cherchait, certes, à pratiquer une approche « rationnelle », mais qui, sur ce point, est lourdement induit en erreur par l’ignorance totale de son temps en matière d’écologie scientifique.

Seconde petite idée… elle nous vient de Benoît XVI : « Si tu veux la paix, protège la Création ». Protéger « l’environnement », c’est d’une manière très pragmatique défendre le pauvre. Cet appel nous conduit aussi à dépasser la vieille et puérile opposition « protéger l’homme ou la nature ? » qui a si longtemps conduit les « catholiques sociaux » à rejeter l’écologie comme une ennemie de l’homme, à alimenter les fantasmes sur une écologie « nouveau paganisme, adoration de Gaïa » et autres exagérations rhétoriques.

Ainsi, une écologie pleinement humaine ne peut être qu’une écologie intégrale, c’est-à-dire : simultanément de l’homme et de la nature. Notre nature, notre Donné d’êtres humains, c’est la finitude, la fragilité, la dépendance et le lien profond, à la fois biologique et spirituel, à l’ensemble du vivant. Le lien biologique est établi par la science. Le lien spirituel est établi par l’acte divin qui nous confie la Création. Ainsi, cette dépendance n’est pas une chaîne, ni un fardeau : elle est le lien à Celui qui a et qui est la vraie Vie.

Nous sommes appelés à une écologie « intégrale », humaine et environnementale ensemble, jamais opposées, deux jambes d’une même marche. Nos fondements scientifiques seront les mêmes, car c’est aussi une donnée, un Donné de la nature que celle-ci est agressée par notre ivresse de toute-puissance, au point de compromettre son existence et la nôtre avec ; mais ce sera une écologie joyeuse car animée par toute l’Espérance dont le Christ nous rend capables. Cet homme qui fait tout de travers, c’est lui qu’Il est venu sauver. Il en vaut la peine. Comme disait un pasteur, dont j’ai hélas oublié le nom, qui conférait sur une « restauration écologique » avant tout spirituelle, Dieu ne nous laissera pas seuls et les initiatives qui bruissent comme les jeunes plantes qui poussent au printemps en sont la preuve.

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2 réflexions sur “L’écologie nous concerne… Quelques jalons pour une écologie chrétienne

  1. J’aime cette si ample continuité chrétienne qui va de la source première, l’émerveillement devant les beautés et les nuances infinies de la création, qui nourrit la conscience aiguë d’une bienveillante responsabilité de l’homme sous le regard de Dieu, et qui conduit jusqu’au niveau de l’action, y compris politique, au service de la création, donc du créateur.
    Merci à toi pour cette synthèse!

  2. Pingback: Articuler science et foi ? Le témoignage d’un écologue chrétien | Le blog de Phylloscopus inornatus

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