Aujourd’hui, c’est pauvretés

Il y a plusieurs jours que je cogite une note. Une très jolie note avec plein de références bibliques, parce que ça fait très savant. Cela pourrait faire presque aussi savant que le blog de mon ami Pneumatis – quoiqu’en fait, non, ça ne réussirait pas à donner le change plus de deux lignes.
Mais je suis trop fatigué. C’est que la protection de la nature n’est pas qu’une vocation exaltante et portée, si on le veut bien, par l’émerveillement et par l’Esprit. D’une manière très prosaïque, c’est aussi un métier, un travail, et comme tout travail, fatiguant. Le printemps est bien entendu la période la plus chargée. Tous les jours, sauf à ce qu’il pleuve des câbles d’ascenseur, c’est au lever du soleil que les oiseaux s’en donnent à cœur joie et c’est donc là qu’il faut aller les rejoindre, fût-ce à cent kilomètres de notre couette douillette.
Vous me direz que c’est mieux que de se lever à la même heure pour rejoindre une usine grise. Je n’en disconviens pas.
Ce temps, du reste, ne représente guère qu’un tiers du total sur l’année, voire moins. Ensuite, c’est la saisie et l’analyse de toutes ces données, la consignation écrite de toutes ces splendeurs plus ou moins endommagées, et puis, comme un avocat qui aurait bouclé son dossier, la défense, le combat, la plaidoirie pour sauver inlassablement ce qui, du Temple cosmique où Dieu se donne à voir premièrement, a échappé pour encore quelque temps à notre avidité.
Bref : c’est un travail, un vrai, qui n’est pas moins fatiguant qu’un autre, un travail de l’homme avec ses bons et ses mauvais côtés, ses beautés et ses duretés, ses agréments et ses difficultés.
De sorte que généralement, début mai, un protecteur de la nature éprouve le besoin de souffler comme un joueur à la mi-temps.
Et c’est mon cas, manque de chance, en ce jour même où le Christ renouvelle l’appel et nous envoie, de toutes les nations, faire des disciples. Mais lui-même savait aussi leur dire parfois : allez vous reposer.
Aujourd’hui, comme ce papillon aux ailes usées, je n’ai à lui donner, moi, que mes pauvretés, ma fatigue, mon épuisement, ma finitude.

Papillon âgé

Il n’y aura donc pas de note érudite aujourd’hui. Ce sera une bonne journée pour accepter mes limites et lâcher prise de la volonté de puissance qui eût pu m’atteler quand même à cet article qui aurait fait bien. Ce sera une journée de rencontre simple avec le Christ, ce soir, et avec la Création telle qu’elle voudra bien se donner où nous sommes. Dans la phacélie qui a éclos avant-hier et déploie les fastes de sa torche mauve sur le balcon, dans la verdeur de notre cornouiller, ressuscité miraculeux de cet hiver, dans un parc du quartier.
Ce sera la simplicité donnée et acceptée, du moins, je vais m’employer à bien l’accepter, c’est promis.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s